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    Hamlet de William Shakespeare, dans une mise en scène de Thomas Ostermeier – La critique

    8 février 2009
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    La folie gagne Hamlet. Le roi, son père, est mort subitement d’une maladie étrange et sa mère s’est remariée un mois plus tard avec le frère du défunt. Les nuits d’Hamlet sont peuplées de visions : le roi lui affirme qu’il a été empoisonné par son propre frère et lui intime la vengeance. Afin de camoufler ses plans meurtriers, Hamlet décide de passer pour fou, mais il finira par perdre pied. Le monde devient à ses yeux un marécage putride, le désir et la sexualité des abîmes menaçants et sans fond ; les amis qui l’entourent sont devenus des espions manipulés par son beau-père pour le surveiller, même Ophélie, sa bien-aimée, fait partie du complot. Le vengeur se sent traqué : derrière chaque tenture, derrière chaque rideau se cachent des traîtres.

     

    Sublime spectacle qui force l’admiration. Thomas Ostermeier reprend Hamlet avec six comédiens extraordinaires sur la scène des Gémeaux transformée en cimetière. À l’avant-scène, la terre battue recouvre le plateau et en fond de scène figure un banquet où apparaissent les jeunes époux et la cour du Danemark. Une scène de mariage de province avec un époux qui remercie ses invités avec un micro. D’emblée, Hamlet, rebelle, recrache son repas, et meurtri, il sidère en se jetant la face contre terre sur le tombeau de son père. De nombreuses scènes sont filmées par les comédiens et la caméra projette les visages déformés par le désir et la concupiscence sur le mur du fond. La musique, très présente porte les comédiens dans un jeu extrêmement physique. Avec humour et distanciation, Hamlet se bat contre lui-même et les autres, il doit agir mais en est incapable.

    T. Ostermeier coupe, déplace les scènes pour les mener à leur paroxysme. Dans ce conflit d’intérêts, meurtres, délations, manipulations et passions dévorantes sont les seules armes du pouvoir. Deux heures trente d’extrême tension et de plaisir. Des trouvailles formidables : le costume d’Hamlet comporte des bourrelets artificiels signe de faiblesse et de léthargie. Claudius devient le fantôme grâce à cette caméra qui multiplie l’image sur l’écran. Des feuilles tourbillonnent sur un rideau de franges dorées qui s’écartent et déchirent le visage et le corps des protagonistes. Le sang  est projeté sur les personnages protégés par une bâche transparente. Gertrude chante Carla et devient Ophélie en enlevant sa perruque blonde et ses lunettes de soleil noires. Polonius s’exprime avec une rapidité exacerbée digne de tout ministre. La pluie est omniprésente sur scène grâce à un jet d’eau. Tout est critique de notre monde quotidien, tout est Shakespeare, tout est merveilleusement recréé et distancié. C’est unique ! À voir et à revoir !

     

    Marie Torrès

     

    Hamlet de William Shakespeare,  dans une mise en scène de Thomas Ostermeier.

    Surtitré en allemand

    Jusqu’au dimanche 8 février 2009

    Théâtre Les Gémeaux

    49 avenue Georges Clémenceaux

    92330 Sceaux

     

     

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