La nuit de l’iguane, Tennessee Williams par Georges Lavaudant, Symphonie de iguane en mode mineur
C’est sur la côte mexicaine, au Costa Verde – endroit perdu entre jungle et océan – que se déroule l’action à l’été 1940. Shannon, ancien pasteur reconverti en guide touristique, vient chercher refuge dans l’hôtel que gère Maxine, une amie de longue date. Shannon se retrouve au centre d’un tourbillon de femmes : il est poursuivi par les ardeurs sensuelles de la jeune Charlotte qu’il a séduite comme par les ardeurs vengeresses de Mademoiselle Fellowes, responsable du groupe de touristes auquel appartient Charlotte. Il l’est également de manière plus insinueuse par Hannah, peintre itinérant arrivée à l’hôtel avec son grand-père, mais aussi par Maxine, avec laquelle il entretient une relation sibylline. Hanté par sa vocation spirituelle initiale en proie avec le désir qu’il a de la chair, Shannon est assailli par une femme-araignée à quatre têtes jusqu’à suffoquer au point de devenir fou.
Dans la mise en scène qu’en fait Georges Lavaudant, cette tension grandissante, cet étouffement croissant qu’est celui de Shannon dans la lourdeur de l’air mexicain, et qui devrait être celui du spectateur à la fin de la pièce, est peu frappante. Ceci est dû au rythme insuffisamment cadencé, d’où certaines longueurs, principalement le jeu de Tcheky Karyo incarnant Shannon. Peut-être sa longue expérience cinématographique lui a-t-elle fait oublier le minimum de technique à avoir sur les planches. Tcheky Karyo nous offre un Shannon en constante apnée avec une réception diluée de ce qui se passe sur le plateau. La force et la folie rampante d’un personnage comme Shannon, pourtant rappelées par l’aridité sinueuse des cactus géants plantant le décor, disparaissent presque totalement. Ce jeu se retourne rarement en sa faveur, comme dans la scène des confessions intimes de Hannah, qui elle aussi, devient sincère à ce moment. Maxine est attachante par sa détresse, quand bien même il lui manque l’intensité et la gouaille d’une Ava Gardner dans le film de John Huston.
La nuit de l’iguane mise en scène par Georges Lavaudant est une pièce qui se laisse voir et écouter, mais qu’on aurait aimée plus aboutie. La beauté du texte de Tennessee Williams et de ce qui émane de sa simplicité ne nous fait pas regretter de l’avoir vue. Qu’est-ce qu’un iguane sinon un homme qui essaye d’échapper à son destin ? La libération de l’iguane par Shannon n’est-elle pas affirmation du libre-arbitre ?
Solène Zantman
La nuit de l’iguane
Tennessee Williams
Georges Lavaudant
Scénographie, costumes Jean-Pierre Vergier
Lumières Georges Lavaudant
Son Jean-Louis Imbert
Coiffure, maquillage Sylvie Cailler
Assistant à la mise en scène Jean-Romain Vesperini
Assistant costumes Brigitte Tribouilloy
Avec Astrid Bas, Anne Benoît, Pierre Debauche, Roch Leibovici, Bernard Eylenbosch, Sara Forestier, Ianis Guerrero, Anne-Lise Heimburger, Tchéky Karyo, Roch Leibovici, Emilien Marion, Giovanni Ortega, Ariane Pirie, Dominique Reymond, Christophe Vandevelde
Du 9 mars au 5 avril 2009
Du lundi au samedi à 20h30 – dimanche à 15h30
Relâche les mercredis et jeudis
MC 93
1, bd Lénine
93000 BOBIGNY
Métro Bobigny-Pablo Picasso
Parking gratuit et surveillé
Réservations 01 41 60 72 72 / www.mc93.com
Tarif plein 25€ / Tarifs réduits de 9 à 17€
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