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    Une Médée électrique au vingtième Théâtre.

    7 mai 2009
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    navarre

     

    Créée en 1946, et montée par Andrée Barsacq en 1953 pour la première fois, Médée de Jean Anouilh est une pièce fondée notamment sur le discours de Médée elle-même, racontant son histoire, nous livrant ses sentiments, sa souffrance, seule ou accompagnée de sa nourrice. On pouvait donc s’attendre à une mise en scène dépouillée, et une performance d’Élodie Navarre, presque seule avec nous. Mais alors que l’on entend une voix aguerrie nous parler de l’histoire de Médée pendant que les lumières sont en train de s’éteindre, la pièce commence avec une folle énergie et tous les personnages de la pièce s’affairent pendant quinze seconde dans un brouhaha infernal à reproduire le chaos du décor en plaçant des objets dans tout les sens. On croit au n’importe quoi, mais tout est réglé au centimètre : une mise en bouche décapante.

     

    On est alors immergé dans un espace non identifié ou se trouve des bidons, des chaises pliantes, un feu timide qui peine à chauffer les personnages, bref un vrai décor d’air d’autoroute, ou les conducteurs se seraient trop longtemps installés. Puis après quelques minutes, arrive la roulotte dans laquelle Médée est censée vivre avec ses enfants. Une caravane dans laquelle un grand nombre d’actions vont avoir lieu. La roulotte fait office d’isoloir. On y voit à travers les vitres et on y entend tout ce qu’il s’y dit. C’est l’endroit clos de la scène, c’est l’espace de confidence, comme si le dehors n’offrait pas les mêmes conditions d’intimité. La caravane est aussi l’endroit ou les enfants de Médée dorment. C’est le lieu de repos, de calme, totalement en opposition avec le vacarme environnant. La roulotte est le refuge de Médée, son château, sa tour dans laquelle elle y loge tout ce qu’elle a de plus précieux : ses prises de guerre, ses enfants, sa vie.
    Chaque arrivée de nouveau personnage est l’occasion pour le metteur en scène de nous immerger dans une ambiance différente. En effet, lorsque Créon arrive, l’espace scénique se fige, et une musique en accord avec l’état de Médée retentit. On découvre alors, avec plaisir et étonnement,  les capacités chorégraphiques d’Élodie Navarre.

    Les gestes vifs de Médée et des autres personnages de la pièce sont réglés au millimètre. L’illusion de violence est saisissante. Une violence non artistique, une violence de tout les jours, une violence de femme qui souffre.
    Les états seconds de Médée sont soulignés par un jeu de lumière musclé et enfin l’espace est occupé magnifiquement. On sent que Ladislas Chollat a trouvé en la silhouette d’Elodie Navarre un sublime totem qu’il place à sa guise à tous les endroits de la scène.

    Le jeu est vif, les phrases jaillissent, les échanges sont brutaux et rapides. Le rythme de la pièce ne laisse aucun moment de répit. Élodie Navarre en Médée est absolument saisissante. Une Médée qui à chaque phrase fait gicler toute la souffrance qu’elle couve. Elle est féline, absolument insupportable avec sa nourrice, féroce avec Créon et manipulatrice avec Jason.  Malgré la haine que dégage Médée, elle parvient à devenir touchante lorsqu’elle perd définitivement celui qu’elle aime. En plus d’être d’une beauté troublante, Élodie Navarre donne une incandescence à cette Médée qui brûle tout ce qui l’approche.
    Benjamin Boyer est un Jason désenchanté et paradoxalement assoiffé de vie. Il tient très bien face à cette boule d’énergie destructrice notamment pendant ce monologue ou Jason revisite sa vie avec Médée. Il redevient alors, l’espace de quelques secondes, l’homme sanguinaire qu’il était. Un moment de théâtre formidable. On notera aussi l’interprétation extrêmement touchante de Sylviane Goudal en nourrice perdue et pourtant dévouée jusqu’au bout. On regrettera pourtant la composition de Gildas Bourdet en roi plus proche du proxenet repenti que du monarque assagie. En effet, habillé d’un costume noir et blanc de mac, son jeu est trop intérieur, on ne sent pas l’aura d’un roi mais plus les tergiversations d’un malfrat qui veut se ranger.

    Une pièce tonitruante, épatante, enivrante où le talent est partout, que ce soit dans la mise en scène, dans le jeu ou évidemment dans l’écriture.

    Mathieu Metral

     

    Mise en scène : Ladislas Chollat

    Avec : Elodie Navarre, Gildas Bourdet, Sylviane Goudal, Benjamin Boyer, Grégory Vouland et Gilian Petrovski.

     

    29 avril au 14 juin 2009

    A 21h30

    Réservations : 01 43 66 01 13

    Tarifs: 12 euros 17 euros 22 euros

    Durée: 1h30

     

    Vingtième Théâtre

    7, rue des Plâtrières

    75020 Paris

    Métro Mesnilmontant

    http://www.vingtiemetheatre.com

     

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