0 Shares 1626 Views

    L’Etranger d’après Albert Camus à L’Espace Marais

    13 juillet 2010
    1626 Vues
    camus

     

    Se confondant avec l’Existentialisme très en vogue, c’était la victoire de l’homme qui pour la première fois osait repenser sa manière de vivre, loin des poncifs et de l’hypocrisie. Et cette recherche de la vérité tournait à l’absurde, se résumant aux mots de l’auteur dans la préface de l’édition américaine : « Dans notre société, tout homme qui ne pleure pas à l’enterrement de sa mère risque d’être condamné à mort. »

     

    La scène avec son praticable ressemble à un plateau de cinéma. Pas de décors. Sissia Buggy a misé sur le jeu des comédiens. Leurs gestes. Et ce texte qui émeut dès la première réplique, alors que Meursault est face au juge d’instruction. Meursault, c’est Joseph Morana, qui ressemble plus à un pied-noir que pouvait l’être Albert Camus en personne ou Marcello Mastroianni dans le film de Visconti. Son regard est sombre et en même temps lointain. Son visage madré et les cheveux un peu frisés comme un Espagnol ou un Maltais.

     

    Les dialogues pétaradent et, devant nous, l’Algérie reprend couleur avec ses coups de soleil, ses ombres et cette chaleur intolérable. La plage réapparait avec sa source d’eau fraîche et ses corps tentateurs. Marie, la femme que le héros – ou l’anti-héros – a rencontré peu après l’enterrement de sa mère, n’est pas visible, mais elle est très présente par les détails avec ses petits seins fermes qui pointent sous le corsage.

     

    Outre Meursault, campé par Joseph Morana, deux autres acteurs qui endossent plusieurs rôles : Dominique Valsérot, un peu figé comme le personnage qui sort d’un album, et Philippe Houillez, tout en nuances et en crescendos. Dans son rôle de magistrat, il y a du Porphyre de Crimes et châtiments qui arrive à tout faire avouer et des magistrats du Procès de Kafka sombrant dans l’absurde.

     

    Car finalement l’homme qui joue sa tête ici est beaucoup plus condamné parce qu’il n’a pas joué le jeu de la société. Une société qui exige l’authenticité de tout être humain. Authenticité et responsabilité, il va sans dire.

     

    Morana encore une fois, et pris souvent dans une lumière zénithale qui l’envahit tout entier, est parfait. Car non seulement il est cet Etranger, mais aussi son auteur. Il  nous donne rendez-vous à l’automne – toujours en compagnie Sissia Buggy – pour un Camus et moi où il se livrera encore plus.

     

    Pierre Bréant

     

     

    L’Etranger d’après Albert Camus

     

    Jusqu’au 1er août 2010

    Informations : 01 48 04 91 55

     

    Théâtre Espace-Marais

    22 rue Beautreillis

    75004 Paris

    Métro Saint-Paul

     

    www.theatreespacemarais.com

     

    En ce moment

    Articles liés

    Ce week-end à Paris… du 8 au 10 mai
    Art
    42 vues

    Ce week-end à Paris… du 8 au 10 mai

    Art, spectacle vivant, cinéma, musique, ce week-end sera placé sous le signe de la culture ! Pour vous accompagner au mieux, l’équipe Artistik Rezo a sélectionné des événements à ne pas manquer ces prochains jours ! Vendredi 8 mai...

    “Nullipare” : un spectacle qui explore les tabous de la parentalité au Théâtre Antoine
    Agenda
    88 vues

    “Nullipare” : un spectacle qui explore les tabous de la parentalité au Théâtre Antoine

    Nullipare : femme qui n’a jamais accouché, qui n’est pas mère biologiquement. Que ce soit par choix, par renoncement, par hasard, par nécessité, avec conviction ou avec regrets, ne pas avoir d’enfant reste quelque chose de tabou dans notre...

    Retrouvez l’artiste canadienne Geneviève Racette à bord de la Péniche Antipode
    Agenda
    100 vues

    Retrouvez l’artiste canadienne Geneviève Racette à bord de la Péniche Antipode

    Une soirée, deux voyages : De la chanson cinématique à la folk-pop lumineuse. Préparez-vous à une double affiche d’exception qui promet de suspendre le temps. Entre tensions orchestrales et confidences folk, cette soirée est une traversée musicale rare. 20h00...