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    Lulu – Alban Berg – Opéra Bastille

    22 octobre 2011
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    A l’image du roman Barry Lyndon de l’auteur William Makepeace Thackeray, Lulu traite-t-il de l’ascension et la déchéance d’une femme moderne, voir contemporaine, ou davantage d’un monstre né ?

    La tragédie de Frank Wedekind donnait déjà la réponse à l’heure où d’autres compositeurs représentaient déjà la femme sous les traits d’une dominatrice semant sur son chemin l’effroi et la mort. Le début de la saison 2011/2012 de l’Opéra de Paris a suivi lui aussi ce sentier en présentant, comme le note judicieusement un article de revue de l’opéra En scène, trois opéras où figurent trois femmes séductrices : Salomé, Vénus (Tannhäuser) et Lulu.

    Diminutif d’une Lucienne ou d’une Louise, l’appellation de cette Lulu trouve son origine dans celle du mot: lièvre. Aujourd’hui, Lulu est souvent reliée à l’image d’une femme de joie, autant dire un être qui saute constamment à droite à gauche dans une optique de survie. C’est pourtant bel et bien le destin de notre héroïne qui finira dans les bras (et les mains) de Jack l’Éventreur. Et qui dit prostitution, dit forcément voyeurisme. C’est sur ce détail que repose principalement la mise en scène de Willy Decker.

    Verticalité

    Scindé en deux parties, basse et haute, Decker place ses protagonistes au premier plan et laisse libre champ dans le second à un ensemble d’hommes mystérieux suspendu en hauteur, tour à tour journalistes, fêtards, assassins ou encore proxénètes. Ces hommes vêtus d’un chapeau et d’un manteau noir style année 50 inspirent forcément peu confiance. Ils sont tous l’inverse de nos personnages principaux sortis tout droit d’un cirque ambulant… et déambulant tels des animaux d’attractions.

    Par cette verticalité scénique, les montées et descentes des chanteurs entre les deux parties se juxtaposent parfaitement à la musique dissonante de Berg qui laisse place à un usage particulier du saxophone et du xylophone. Cette sonorité, qui pourrait étrangement avoir des connivences avec la musique des années 80, sert les chanteurs dans un parlé-chanté parfois confus et brouillon, mais qui prend son envol au fur et à mesure des actes, des meurtres et suicides perpétrés tout le long de l’histoire. Il est simplement dommage que le demi-cercle de la partie basse modifie constamment la voix des chanteurs passant d’une sonorité parfaite à une audibilité trop variable.

    Difficile d’accès, mais dont il faut persévérer l’écoute en suivant son histoire, Lulu (comment passer à côté de son final ?) n’en reste pas moins saisissant par sa monstruosité animale qui place cette œuvre dans une contemporanéité sans démesure à l’heure où la crise financière et la débandade bat son plein. Berg avant-gardiste ? Plus que jamais.

    Edouard Brane (Twitter : Cinedouard)

    [Visuel : Opéra national de Paris/ Ian Patrick]

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