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    La Khovantchina – Opéra Bastille

    3 février 2013
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    La Khovantchina est le dernier opéra de Moussorgski. Il est inachevé à la mort du compositeur, à l’âge de 42 ans. Rimski-Korsakov proposera le premier une orchestration brillante de mille couleurs. Mais c’est celle de Chostakovitch que nous entendons ce soir, beaucoup plus âpre et portée sur les timbres instrumentaux bruts.

    Œuvre politique et patriotique, à l’époque de l’éveil des nationalismes, la Khovantchina est une fresque historique en cinq actes et six tableaux de près de trois heures trente.
    Pas de rôle principal, mais plusieurs rôles de première importance, tous défendus par de magnifiques chanteurs (russes pour la plupart, ou bien ukrainien, moldave et bulgare). Le chœur tient le premier rôle. Il représente tour à tour le peuple, l’armée, ou les femmes. Sa sonorité est toujours pleine, et il est scéniquement dirigé de telle sorte que chaque tableau représente à lui seul une composition achevée. Décors luxueux, danseurs, drapeaux, on se croirait presque au TNP de Jean Vilar dans les années cinquante. Un opéra populaire, en somme.

    5730_019-copieLe premier tableau représente la Place Rouge, avec en arrière plan, la Cathédrale Basile-le-Bienheureux. Le rouge des militaires (les « Streltsy ») ressort au milieu de la foule.
    Nous admirons, l’un après l’autre, le Clerc (Vadim Zaplechny) et Charkloviti (Sergey Murzaev) dont la voix est plus en retrait. Puis apparaît sur son noble char Ivan Khovanski (Gleb Nikolsky), dont la voix admirable traverse l’œuvre. Belle basse profonde, il a chanté Boris à de nombreuses reprises. Dans le premier tableau de l’acte IV qui lui est presque entièrement consacré jusqu’à sa mort, son emprise dramatique est totale. Il subjugue le ballet des esclaves persanes à demi nues.
    Andreï Khovanski (Vladimir Galouzine), célèbre ténor, joue le rôle d’un personnage difficile et ingrat. Très fragmenté, on ne sait pas bien s’il s’agit d’un second rôle ou non. On aurait aimé l’entendre beaucoup plus, mais cet opéra est ainsi fait. Son air de l’avant-dernier tableau est prodigieux.
    La jeune Nataliya Tymchenko (madame Galouzine dans le civil) en Emma, une soprano au timbre léger mais aux aigus puissants.

    Marfa (Larissa Diadkova) et sa belle voix profonde et patinée par le temps. Il y a ici une adéquation idéale entre une chanteuse et son rôle.
    Enfin, Orlin Anastassov chante Dosifei, le plus applaudi, en prêtre « vieux-croyant » à la sagesse mystérieuse. Il a lui aussi chanté Boris. Il domine le dernier acte, dans des tons clairs-obscurs, de sa voix feutrée.

    5731_12-0920-copieSi l’on peut noter des longueurs dans la partition, notamment au deuxième acte, un récitatif dialogué, on ne s’en formalise guère. C’est aussi le caractère historique et politique de l’opéra. Golitsine (Vsevolod Grivnov) y apparait en baryton au timbre quelque peu étroit. Mais son rôle n’est pas très avantageux puisqu’il n’a aucun air véritable.

    Le troisième acte voit revenir le chœur et une très belle « ballade de la Médisance » chantée par Vasily Efimov.

    L’orchestre est également une réussite sous la direction de Michail Jurowski (père de Vladimir et de Dimitri).

    Laurent Torrès

    La Khovantchina

    Gleb Nikolsky Prince Ivan Khovanski
    Vladimir Galouzine Prince Andrei Khovanski
    Vsevolod Grivnov Prince Vassili Golitsine
    Sergey Murzaev Chakloviti
    Orlin Anastassov Dosifei
    Larissa Diadkova Marfa
    Marina Lapina Susanna
    Vadim Zaplechny Le Clerc
    Nataliya Tymchenko Emma
    Yuri Kissin Varsonofiev
    Vasily Efimov Kouzka
    Vladimir Kapshuk Strechniev
    Igor Gnidii Premier Strelets
    Maxim Mikhailov Deuxième Strelets
    Se-Jin Hwang Un confident de Golitsine

    Andrei Serban, Mise en scène
    Laurence Fanon, Chorégraphie

    Orchestre et chœur de l’Opéra national de Paris
    Maîtrise des Hauts-de-Seine / Chœur d’Enfants de l’Opéra national de Paris
    Michail Jurowski, Direction musicale
    Alessandro Di Stefano, Chef de chœur

    Prix des places : 5€ // 15€ // 30€ // 50€ // 70€ // 90€ // 115€ // 140€

    Les 6 et 9 février 2013 à 19h

    Opéra Bastille

    Diffusion en direct et en UER le 09/02 sur France-musique

    www.operadeparis.fr

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