“Comment vous racontez la partie” ou le théâtre du monde par Yasmina Reza
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Comment vous racontez la partie De et mise en scène de Avec Zabou Breitman, Romain Cottard, André Marcon ou Michel Bompoil, Dominique Reymond Jusqu’au 6 décembre 2014 Tarifs : de 11 à 36 € Réservation au Durée : 1h50 Théâtre du Rond-Point M° Franklin D. Roosevelt |
Un auteur féminin qui vient de recevoir un prix littéraire, campée à merveille par Zabou Breitman, accepte pour la première fois de participer à une rencontre avec le public dans la salle polyvalente d’une petite ville de province. Il y a là un jeune animateur passionné et poète à ses heures, la journaliste féroce et ambitieuse, le maire dragueur et content de lui. Un trio bizarrement assorti, écrit et mis en scène par Yasmina Reza. Yasmina Reza, dont les pièces sont traduites dans le monde entier depuis le succès d’Art, n’aime rien tant que démonter par le menu, avec une causticité piquante et un humour parfois cinglant, les comportements humains et nos travers les plus pervers. La comédie sociale chez cette talentueuse observatrice se teinte souvent des nuances à la Nathalie Sarraute. Dans Le Dieu du carnage, sa dernière pièce, elle montrait deux couples bobos avec enfants, dont l’un avait terrorisé le second. Bienvenue, semblait nous confier Yasmina, dans l’horreur carnassière quotidienne et cannibale derrière le monde des Bisounours. Comment vous racontez la partie est construite comme une suite de mises en abyme, comme on emboîte à loisir une série de poupées russes. L’auteur s’y révèle naturellement en permanence à travers son double, Nathalie Oppenheim, qui possède la finesse et le charme de Zabou Breitman en romancière fragile, maladroite dans sa robe printanière, mais touchée par la passion du jeune animateur qui l’admire. Les passages du roman intitulé Le Pays des lassitudes, lus par Zabou la romancière, révèlent un univers dans lequel le personnage principal du roman lit elle-même un livre qui s’appelle Comment vous racontez la partie. Et puis, il y a les autres, l’animateur (Romain Cottard), sémillant et gauche, et le maire interprété avec truculence par André Marcon, avec lesquels la rencontre vient s’achever en fête dionysiaque. Dans un élan libérateur des corps et des cœurs, Nougaro chante Nathalie à la gloire de la romancière et Monsieur le Maire valse avec la journaliste. Parodie amère et désenchantée d’une relation factice où chacun est sommé de jouer le rôle qu’on lui attribue. Un miroir grossissant de nous-mêmes, tendu sans complaisance. Hélène Kuttner [Photos © Pascal Victor] |
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