Darmon et Lellouche à la recherche du temps perdu à la Madeleine
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Tout à refaire De Philippe Lellouche Mise en scène de Gérard Darmon Avec Gérard Darmon, Philippe Lellouche et Ornella Fleury À partir du 21 janvier 2016 Du mardi au samedi à 21h, matinées les samedis et dimanches à 16h Tarifs : de 21 à 52 € Réservation en ligne Durée : 1h30 Théâtre de la Madeleine M° Madeleine |
À partir du 21 janvier 2016
Philippe Lellouche a écrit une comédie délicieuse pour son ami Gérard Darmon dans laquelle deux vieux copains, invités par la charmante Ornella Fleury, s’interrogent sur le temps qui passe, le charme secret des femmes et les malheurs du passé transformés en bonheurs présents. Personnages cocasses, rendez-vous coquins, querelles de garçons tissent le spectacle qui est drôle, tendre et spirituel. Quand deux vieux copains se donnent rendez-vous en terrasse d’un bistrot méridional, il y a fort à parier qu’ils vont y causer femmes, emmerdes ou s’inventer un sujet pour parier de l’argent. Jean (Philippe Lellouche) est un quinquagénaire encore très frais et qui le sait. D’ailleurs, il ne rate aucune occasion de faire savoir à Joseph (Gérard Darmon) que, malgré ses beaux discours, sa “tuyauterie” est à revoir, que le temps n’est plus aux effeuillages de marguerites par un Dom Juan de supermarché et qu’à leur âge il est bon de se ranger comme on prépare son épargne retraite. Le seul problème à cette conversation décousue d’égocentrés généreux, c’est qu’ils sont épiés par une jeune femme armée d’une clochette à remonter le temps, comme pour vérifier le bien-fondé de leur nostalgie. Les deux gaillards propulsés dans leur passé vont vite se rendre compte que leur vie regorge d’événements douloureux et que le présent, finalement, est à réinventer tous les jours. Les dialogues de Philippe Lellouche naviguent allègrement entre deux eaux, le comique et l’amertume, le sucré et l’acide, en revisitant les moments forts d’une existence : la mort d’un père, la rupture avec un ami, le divorce entre deux époux, le mariage de son meilleur ami avec une femme qu’on a aimée. Les deux comédiens interprètent une galerie de personnages dans lesquels nous nous reconnaissons et l’interprétation de Gérard Darmon, dans le personnage d’une épouse à la veille de son divorce, au Palais de Justice, qui revoit son époux, est juste hilarante. Que ce soient des épisodes de jeunesse ou la méchante prédiction d’un proviseur français antisémite déclarant au jeune pied-noir d’Algérie qu’il ne serait jamais avocat, les deux comédiens offrent aux spectateurs un bain d’humanité et d’humour qui se laisse déborder par une autodérision délicieusement sympathique et légèrement subversive. Bien entendu, on ne peut faire abstraction de leurs personnalités publiques et Gérard Darmon déploie des trésors de tendresse avec un franc-parler qui lui appartient, séducteur en diable et cœur en bandoulière, protecteur et maternel, tandis que Philippe Lellouche dissimule son angoisse existentielle derrière un flegme britannique. L’équilibre de ce duo est mis en balance par la jeune Ornella Fleury, véritable révélation du spectacle, longue plante brune à la tunique coquelicot qui marche en dansant et n’a peur de rien. Avec son bagage de soliste comique, la belle tient la dragée haute aux deux stars masculines qui n’ont qu’à bien se tenir. Une complicité sincère et désarmante les unit, alors que les spectateurs se laissent embarquer dans un roman de leurs vies avec effets spéciaux et fumigène dans les lumières de Jacques Rouveyrollis. Beaucoup d’émotion donc dans ce spectacle qui offre en tous les cas une belle tranche d’humanité, servie avec la simplicité d’artistes généreux et justes. C’est assez pour les saluer. Hélène Kuttner [embedyt] https://www.youtube.com/watch?v=IIZGVGyIiVM[/embedyt] [Photos © Bernard Richebé] |
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