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    Tempête clinique à la Comédie Française

    Hélèn Kuttner 18 décembre 2017
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    © Vincent PONTET

    Le grand metteur en scène canadien Robert Carsen, que l’on connaît surtout pour ses productions à l’opéra, monte « La Tempête » de Shakespeare dans un univers totalement clinique et cérébral. Elfes, fées et démons shakespeariens laissent donc la place à une plage blanche avec projections vidéos. Comme toujours, les comédiens s’en tirent très honorablement.

     

    © Vincent PONTET

    Une pièce symphonique et mystérieuse

    Sur une ile enchantée, Prospero, qui est en réalité le Duc de Milan écarté du pouvoir il y a douze ans par son frère Antonio, prépare une terrible vengeance à l’encontre des usurpateurs de son propre pouvoir. Antonio, Alonso le Roi de Naples et son frère Sebastian se retrouvent échoués sur l’ile de Prospero avec l’aide d’Ariel, un diablotin à son service, alors que Caliban, démon née d’une sorcière, revendique aussi son règne sur l’ile, où vivent aussi ses compagnons de beuverie Stephano et Trinculo, de pauvres diables complètement imbibés de vin et de grivoiserie. Seuls personnages candides et romantiques, la belle Miranda, fille de Prospero, et le jeune Ferdinand, fils d’Alonso, vont finalement filer le grand amour sous le pouvoir ensorcelant du magicien Prospero.

     

    © Vincent PONTET

    Une tempête bien calme

    Loin de l’imagerie fantastique de la Renaissance, qui puisait sa richesse dans l’émerveillement des grandes découvertes, les innombrables  voyages en mer et les colonies naissantes de la couronne britannique, le metteur en scène et son scénographe Radu Boruzecu ont dessiné une grande boite toute blanche, royaume mental d’un Prospero en pyjama blanc, atteint de neurasthénie et traumatisé par la perte de son pouvoir. Si ce n’était les projections vidéos des vagues marines en fond de scène, on pourrait imaginer une tempête entièrement mentale. Michel Vuillermoz, qui incarne Prospero, semble s’extraire de son lit d’hôpital (ou d’enfant ?) au terme d’un long sommeil sans que ce réveil ne soit totalement assuré. Pourtant, c’est bien à sa fille Miranda, campée par Georgia Scalliet, virginale dans sa robe blanche, qu’il s’adresse avec le plus grand sérieux, avant que la bande d’ivrognes de Caliban ne débarque, joués par Stéphane Varupenne, Jérôme Pouly et Hervé Pierre.

     

    © Vincent PONTET

    Sobriété monacale

    Dans ce décor tout blanc où viennent pleuvoir, lors du second naufrage, des carcasses de bouteilles en plastique, les comédiens nous font voyager dans la poésie puissante du texte multiforme de Shakespeare qui signe ici sa pièce la plus personnelle. Pour peindre la corruption du pouvoir, Robert Carsen projette des visages en noir et blanc, avec la lumière brouillée des films noirs des années 50, comme l’avait déjà fait Ivo von Hove dans « Les Damnés », alors que les rivaux de Prospero sont habillés à l’identique comme des militaires de la marine. « Nous sommes faits de la même étoffe que les songes, et notre petite vie, un songe la parachève » nous dit Shakespeare dans une pièce d’une profondeur et d’une richesse formidable. A défaut de songe, il nous reste les mots.

    Hélène Kuttner

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