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    « Allons Enfants », Stéphane Demoustier

    Mathilde Cannarella 14 avril 2018
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    Après Terre Battue, sélectionné à la Mostra de Venise en 2014, Stéphane Demoustier réalise son second long métrage Allons Enfants. Cette aventure espiègle et éveillée – qui aborde la place de l’enfant dans Paris sous la menace des attentats – a reçu une mention spéciale du Jury de la Berlinale 2018 – Génération.

    © Norte Distribution

    Dans le Parc de la Villette de Paris, véritable agora contemporaine où se frôle, se rencontre, se divertit une population hétérogène, les jumeaux de trois ans, Cléo et Paul, se lancent dans une partie de cache-cache, sous l’œil bienveillant de leur nounou. Mais, prise dans l’euphorie du jeu, Cléo s’éloigne et se perd. Paul, qui part à sa recherche finit aussi par s’égarer. Chacun de leur côté, les enfants font du Parc leur terrain de jeu. La seule règle : retrouver l’autre.


    Les enfants possèdent le monde

    Misant sur un dispositif filmique léger qui permet des plans simples et naturels, le film parvient à capturer l’imaginaire des enfants : leurs aventures naïves, leur vitalité innocente. D’ailleurs, c’est leur impulsivité qui rythme les plans, notamment lorsque Cléo – perdue dans la foule – marche de manière saccadée entre les jambes des gens, ou encore quand Paul s’amuse avec un bâton près d’un cours d’eau. On entre véritablement dans leur monde plein de fantaisies, où chaque petit objet peut devenir le motif d’une grande aventure onirique.

    Suivre ainsi le parcours irrationnel de ces enfants nous fait perdre nos repères temporels. Le seul rappel est le jeu d’ambiance entre les plans de jour, baignés de lumières naturelles, et les plans de nuits où règne l’éclairage artificiel. Un travail sur les lumières vraiment sensible et poétique !

    L’enfant est un personnage particulièrement intéressant, d’autant plus lorsqu’il n’est pas contraint par une autorité parentale. Ici, Cléo et Paul sont animés par une quête : chercher l’autre et… le trouver. Toutefois, figures de la liberté en pleine situation d’urgence (plan Vigipirate), ils se libèrent du poids de l’éducation, de la morale, des lois et, paradoxalement, de presque tous les dangers.


    Portrait d’un monde d’adultes tourmentés


    Allons Enfants
    insiste sur la césure entre le monde des enfants et celui des adultes. Face à la tentation des écrans, Cléo et Paul deviennent des anonymes dans une foule d’individus absorbés par leur téléphone. Paul, qui engage le dialogue avec un militaire, passe sous le radar de celui-ci, trop focalisé par une possible menace terroriste pour remarquer que le petit garçon est seul et perdu.

    Cléo, aussi, devient invisible aux yeux des adultes. L’enfant voit ses repères engloutis dans une ville sans cesse en mouvement, comme si elle n’avait pas sa place dans ce monde désenchanté. Tout bascule au moment où elle attrape une jeune femme par les jambes : Louise. Celle-ci, forcée de s’occuper d’elle, lâche son téléphone et entraîne la petite fille dans sa propre aventure : rendez-vous avec un ex, jeux sur les bords de Seine, visite d’appartement… Louise se responsabilise au fur et à mesure du film, en donnant le bain, habillant et hébergeant Cléo.

    Allons Enfants dresse ainsi le portrait d’un monde d’adultes dépassés par leurs propres responsabilités et où l’enfant devient le moyen de se reconnecter avec la vie.

    Avec ce film remarquable, Stéphane Demoustier se lance dans une aventure cinématographique complexe et fascinante : filmer ses propres enfants. Cléo et Paul, âgés de seulement trois ans, ne sont pas des acteurs qui peuvent être mis en scène, mais plutôt les interprètes d’un jeu qui devient une fiction. Et c’est vertigineux.

    À découvrir au cinéma le 18 avril 2018 !

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    Mathilde Cannarella

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