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    La Cenerentola fait triompher Marianne Crebassa

    Hélène Kuttner 26 novembre 2018
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    ©Emilie Brouchon

    C’est l’une des plus belles reprises de la saison. A l’Opéra Garnier, la mezzo-soprano Marianne Crebassa triomphe dans le rôle d’Angelina, la Cendrillon de Rossini avec grâce et virtuosité, aux cotés de Lawrence Brownlee et de Florian Sempey, dirigés dans la fosse par l’excellent Evelino Pidò qui connait son livret par coeur. Le spectacle est une pure merveille.

    ©Emilie Brouchon

    Une mise en scène cocasse et nostalgique

    Avec ses costumes années 60 qui donnent une coloration nostalgique, teintée de cinéma italien, son décor en terre rouge aux façades baroques de palais délabrés signé Eric Ruf, cette Cenerentola s’ouvre sur une place publique napolitaine où Dom Magnifico, le fourbe maître de maison, campé par un Alessandro Corbelli éblouissant de roublardise et de vantardise, règne en tyran. Ses deux filles, Clorinda la prétentieuse et Tisbe la jalouse, se prélassent en mettant leur demi-soeur Angelina à la torture domestique. Chiara Skerath et Isabelle Druet, en robe blanche de gamines gâtées, sont impayables de perversité et de méchanceté. Quand à la souillon Angelina (Cendrillon), on la retrouve par la grâce de Marianne Crebassa, grande fille toute simple et ligne de chant d’une pureté et d’une élégance sidérale, pour exprimer avec une grande sensibilité la douleur et la solitude de l’exclue, rejetée de tous.

    ©Emilie Brouchon

    Princesse des cendres

    La mezzo est magnifique d’émotion retenue, soignant la précision de la partition et les nuances de ses airs sans jamais forcer, en respectant la moire de son timbre chaleureux. Elégante, gracieuse, elle forme avec Don Ramiro-Lawrence Brownlee, le prince déguisé en valet, un magnifique duo vocal et dramatique, tant la clarté du ténor américain, sa liberté savante dans l’interprétation de Rossini apportent un charme évident dans cet opéra aux difficultés techniques évidentes. Florian Sempey, qui incarne Dandini, le vrai valet, tout en se prenant pour son maître, possède l’abattage des plus grands, alliant le jeu, la fantaisie et la malice à une technique vocale ultra-acrobatique dont il se sort victorieux et superbe, comme à son habitude. Enfin, pour compléter cette distribution épatante, l’Alidoro du Tchèque Adam Plachetka, colosse brun aux bras immenses, et à la voix magique, séduit par le velours langoureux de son timbre.

    ©Emilie Brouchon

    Un chef brillant

    Evelino Pidò est brillant, dirigeant dès l’ouverture sans la partition qu’il connaît par coeur. Ses contrastes de rythme, le feu qu’il impulse à l’orchestre, saisissant avec finesse l’intense énergie de l’oeuvre, son dynamisme, mais aussi son romantisme, sont admirables, et il fut longuement applaudi, par le public et par l’orchestre, à la première. Beau travail aussi de la part de José Luis Basso des choeurs masculins et féminins qui composent la foule des villageois. Une Cendrillon haute en couleur et en douceur, pleine d’humour, que l’on pourra savourer durant tout le mois de décembre jusqu’aux fêtes.

    Hélène Kuttner

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