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    Love, Love, Love, que reste-t-il de notre insouciance ?

    Hélène Kuttner 7 décembre 2018
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    © ludo leleu

    C’est par cette chanson des Beatles que débute cette création de Nora Granovsky d’une pièce inédite de l’Anglais Mike Bartlett. Quatre jeunes comédiens épatants balayent des tranches de vie depuis les années 70 à nos jours, sur fond de névroses libertaires et de luxe mal digéré. Passionnant et déroutant à la fois.

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    Une écriture cinglante

    Henry attend sa petite amie Sandra tandis que son frère Kenneth, censé suivre les cours de l’Université d’Oxford, se la coule douce dans son canapé, avachi sur un verre de whisky. Le premier est sérieux, travaille déjà et écoute de la musique classique. Le second est jouisseur, paresseux et plus rock, mais a l’avantage de plaire à Sandra qui débarque de manière totalement libre et délurée. « Love, Love, Love » des Beatles fait vibrer le tourne-disque, et quelques joints plus tard ils se retrouvent tous deux enlacés et à moitié nus, au grand dam de Kenneth. Les dialogues de Mike Bartlett sont cinglants à souhait, vifs, d’un humour vachard et envoient des flèches qui percutent le réel en le cernant de plus près. On retrouve ensuite les personnages, vingt ans plus tard, en 1990 sous Margaret Thatcher, installés bourgeoisement dans un quartier résidentiel lors d’un anniversaire qui va mal tourner.

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    Des comédiens épatants

    Scènes violentes, échanges trépidants, tirades assassines, la saveur de ce texte acide est porté par un quatuor de jeunes comédiens que Nora Granovsky dirige de manière très juste, très libre, qui fait penser au groupe TgStan. Jeanne Lepers, grande fille au corps élastique et au regard fluorescent, est de ce point de vue assez sensationnelle, d’un engagement et d’une présence sans temps mort, terrible et drôle à la fois dans le personnage de la mère, égocentrique et hystérique. Plastique lui aussi, d’une finesse et d’une intelligence de jeu remarquable, Bertrand Poncet passe du beatnik de luxe au père de famille désaxé mais sacrément cliché, tandis qu’Emile Falk-Blin, présence féline et sauvage, devient le fils précoce et marginal, héritier de la névrose familiale. 

    © ludo leleu

    Le règlement de compte des héritiers

    De quel monde les enfants des soixante-huitards héritent-ils ? Et où sont passées les utopies de leurs parents ? Juliette Savary, qui joue Rose, la jeune violoniste malheureuse en amour, viendra dans la dernière partie, à l’époque actuelle, celle des subprimes et des retraites capiteuses, demander des comptes à ses parents, réclamer elle aussi une part du gâteau familial, Dans ce spectacle des égoïsmes successifs, l’auteur pointe aussi une crise des valeurs sociales, des parents qui se comportent comme des enfants et vice versa, un manque de responsabilité à tous les niveaux. Du théâtre remue méninges qui nous réjouit par sa vitalité et qui va droit au but, comme sur un ring de boxe, plaisir du spectateur garanti.

    Hélène Kuttner

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