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    Ratur & Sckaro : une histoire de famille

    Stéphanie Lemoine 2 août 2018
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    Du marché des Batignolles au centre-ville de Sète, en passant par la galerie 42b à Paris (Walk through, jusqu’au 28 juillet), l’été 2018 semble vouloir faire la part belle à Ratur et Sckaro.

    Repérés l’an dernier à Toulouse lors du festival Mister Freeze, les deux frères
    confirment leur percée dans le petit monde de l’art urbain, et déclinent une œuvre à
    quatre mains où l’on peine à départir le style de l’un et la marque de l’autre. S’ils mènent
    en parallèle une carrière solo, Arthur et Oscar partagent en effet les mêmes marottes, et
    tracent un sillon commun où l’hyperréalisme des (auto-)portraits se fond dans une
    composition dynamique et colorée, faite de motifs graphiques tendant vers l’abstraction.

    Chez eux, l’art est affaire de fraternité. Avant même qu’ils ne livrent les détails de leur histoire – celle d’une famille recomposée pleine d’artistes et comptant six frères unis comme les doigts d’une main, on devine à les voir peindre ensemble tout ce qui lie Ratur
    et Sckaro. Ne frappe pas seulement leur allure presque gémellaire malgré des physiques pas si semblables, ni leur manière de parler en écho, d’user des mêmes inflexions de voix
    et souvent des mêmes mots. Sur l’échafaudage où nous les rencontrons pour la première
    fois, lors du K-Live à Sète, il y a aussi leur gestuelle ajustée au plus près et leur parfaite
    coordination – le tout sans qu’ils aient eu besoin de définir le moindre protocole. A tous
    ceux qui croisent leur chemin, les frères Maslard donnent ainsi l’impression d’être un
    peu télépathes, et c’est sans doute ce qui explique qu’ils peignent d’un même
    mouvement précis, concentré : devant le mur comme à la ville, ces deux-là font bloc.

    Il faut dire que leur complicité s’est scellée dans l’action dès le plus jeune âge. Nés au
    Havre respectivement en 1983 et 1985, Arthur et Oscar Maslard ont usé leurs fonds de
    culottes sur une planche de skate – activité commune à toute la fratrie et dont on lit
    encore l’influence aujourd’hui, dans le caractère si dynamique de leurs compositions. Ce
    premier contact avec la « street culture » se prolonge, à l’adolescence, dans la pratique
    assidue du graffiti. Les premiers pas de Ratur et Sckaro se font aux côtés de Madkow, qui
    fréquente la même école de graphisme que l’ainé : « j’adorais son travail, et ça m’a donné
    envie de faire pareil », rapporte ainsi Ratur. Après avoir mis le pied à l’étrier à Oscar, il
    fonde avec Madkow le collectif MV3. « On faisait des fresques en terrain, dans des zones
    abandonnées, se rappelle-t-il. On cherchait les plus beaux murs disponibles. » Suivant sa
    mère à Montpellier, Sckaro s’agrège quant à lui au 5.7 crew et arpente les terrains
    vagues aux côtés de Skeum et Sweo.

    Parallèlement, les deux frères découvrent le monde du travail : Arthur conçoit des
    terrains de jeux (ça ne s’invente pas), et Oscar devient vendeur dans un magasin de
    Beaux-arts. S’ils continuent à manier la bombe, ils développent aussi la maîtrise du
    pinceau et s’affairent à conjuguer dans l’atelier l’héritage du graffiti à la peinture de
    chevalet. Quand on les interroge sur leurs influences, un nom s’impose ainsi d’emblée :
    Etienne Sandorfi. Du peintre hongrois, Ratur et Sckaro héritent un même attrait pour
    l’hyperréalisme. Ils partagent aussi son obsession des drapés et son goût pour la
    peinture à l’huile.

    Nul n’étant prophète en son pays, c’est aux Etats-Unis que leurs hybridations
    rencontreront leurs premiers succès. En 2013, Ratur part rejoindre sa compagne trois
    mois à San Francisco, et s’immerge d’emblée dans la scène locale. « J’avais tapé « graffiti
    shop » sur Google car je voulais graffer et trouver des murs, raconte-t-il. Je suis tombé
    sur le site de 1 :AM, qui était à la fois une galerie et un magasin de bombes, et j’y suis allé
    pour me renseigner. Quand je leur ai montré mon travail, ils m’ont proposé d’aller
    peindre sur le toit de l’immeuble. Ils ont apprécié ce que j’ai fait, je suis revenu, je me
    suis fait des copains. Puis j’ai acheté des toiles, je les ai peintes, leur ai montré, ça leur a
    plu. » De ce premier contact, naîtront une série d’expositions. Après « Becoming lucid »
    en 2014, Ratur présente à 1 :AM deux séries de toiles peintes à quatre mains avec Skaro
    : « Catch me if you can » en 2015 et « Tourist » en 2016. Forcément, le retour en France
    des frères Maslard les voit nantis de tout le prestige d’une échappée au pays de l’oncle
    Sam. En février 2017, la galerie 42b leur ouvre ses portes avec l’exposition « Vertigo »,
    soit une plongée (au propre comme au figuré) dans la verticalité des villes américaines.
    Le public parisien découvre alors le style du duo, et se laisse séduire par ses mises en
    scène d’un personnage sans visage, vêtu de blanc et sujet à toutes sortes de poses, de
    chorégraphies, sinon d’acrobaties dont la composition se fait l’écho difracté. Un procédé
    que Ratur décline en quatre saisons dans l’exposition Walking through, à voir muni de
    lunettes 3D jusqu’au 28 juillet rue Notre-Dame de Nazareth.

    Les collaborations de Ratur et Sckaro ne les empêchent pas d’exposer seuls, ni de
    creuser leur veine propre dans la solitude de l’atelier – au Havre pour le premier, à
    Bruxelles pour le second. A cet égard, leur prochaine exposition en septembre et octobre
    à la Kirk gallery à Alboorg (Danemark) devrait souligner non seulement ce qui les
    rassemble, mais aussi ce qui les sépare et fait de chacun d’eux un artiste singulier…

    Stéphanie Lemoine

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