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    A Chaillot, la troupe de Pina Bausch en format XXL

    Thomas Hahn 27 juin 2019
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    Tanztheater Wuppertal, Alan Lucien Øyen : Bon voyage, Bob © Mats Bäcker

    Le Tanztheater, la danse-théâtre, était le royaume de Pina Bausch. Dix ans après son décès, le Norvégien Alan Lucien Øyen est l’un des premiers chorégraphes à être invités pour créer une grande pièce avec la célèbre troupe de Wuppertal. Les interprètes, jeunes ou anciens, y brillent comme acteurs autant que par la danse.

    On avait découvert ses spectacles comme Kodak à Chaillot – Théâtre National de la Danse. Il y revient aujourd’hui, dans le cadre de la saison du Théâtre de la Ville. Avec Bon voyage, Bob, Alan Lucien Øyen voit large. Comme Pina Bausch. Au revoir, Bob est une pièce avec entracte, dont chaque partie dure une heure et demie, c’est rare dans le monde de la danse. Mais pour être précis, le jeune Norvégien a son propre style entre danse et théâtre.

    Alan Lucien Øyen : Bon voyage, Bob © Mats Bäcker

    Harmonie de l’ancien et du nouveau

    Et on sait parfaitement que les interprètes du Tanztheater Wuppertal sont aussi de grands acteurs. Certains le prouvent depuis des décennies et sont de véritables vedettes, aussi connus que les étoiles des plus grandes compagnies de ballet, d’autant plus que personne ne les oblige à partir à la retraite dans le plus bel âge d’interprète, comme c’et le cas à l’Opéra de Paris. Dans Bon voyage, Bob on voit donc Rainer Behr, Nazareth Panadero, Andrey Berezin, Nayoung Kim et autres Héléna Pikon, bonifiés par le temps. Ces visages-là sont inséparables de l’histoire de la troupe.

    Alan Lucien Øyen : Bon voyage, Bob © Mats Bäcker

    Et puis, il y a une nouvelle génération qui apporte une énergie très contemporaine. La relève est là, et elle est toute aussi internationale. Le fait d’inviter de nouveaux chorégraphes à créer avec la troupe est toute aussi nouveau et répond à l’épineuse question de l’avenir d’un ensemble qui a été dirigé par un.e chorégraphe vedette et n’a jamais interprété d’autres œuvres que celles de sa directrice (ou de son directeur). Après tout, on ne voudrait pas qu’une troupe devienne un mémorial vivant. En même temps, il faut que la troupe de Wuppertal continue à jouer les œuvres de Pina Bausch. Aujourd’hui, la troupe a trouvé un bel équilibre entre les deux.

    Alan Lucien Øyen : Bon voyage, Bob © Mats Bäcker

    Couples, espionnage et mystères

    Dans Bon voyage, Bob, Øyen qui travaille autant come metteur en scène que comme chorégraphe, adopte d’emblée une approche beaucoup plus théâtrale que Pina Bausch en son temps. Il tend des fils narratifs qui ne cessent de se croiser, de s’entrechoquer, de se perdre et de ressurgir. Il les tisse à partir d‘histoires de couples, d’espionnage, de coups de fil, de mystères et de la présence de la mort. Où chaque interprète est autant acteur que danseur, où on parle, où les prénoms sont les mêmes à la scène et à la ville, où la danse surgit comme de l’inconscient, quelque part entre le réel et le rêve, rappelant les ambiances et la sève poétique d’une Carolyn Carlson.

    Alan Lucien Øyen : Bon voyage, Bob © Ursula Kaufmann

    Tous ces fils suggérés dans la première partie auraient mérité d’être démêlés après l’entracte. A la première, donnée à Wuppertal en juin 2018, la pièce perdait alors le fil, dans les souvenirs et les émotions des protagonistes ou dans des évasions superflues. Entretemps, Øyen et la troupe ont eu une année pour resserrer les boulons de la dramaturgie. Le voyage de Bob continue…

    Thomas Hahn

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