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    Zéro de conduite, un film révolutionnaire

    24 avril 2020
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    © Boris Kaufman

    Un père révolutionnaire, un enfant qui a vu de ces propres yeux l’assassinat de Jean Jaurès, un cinéaste inconnu du grand public. Qui se souvient encore de Jean Vigo ? Lui qui pourtant a influencé de grands réalisateurs tels que Truffaut. Avec Zéro de conduite, tel père tel fils, c’est l’évidence d’un esprit rebelle.

    Zéro de conduite est un classique du cinéma français, un film dont le réalisateur fut un génie avant-gardiste, capable de provoquer la société, avec une poésie et une connaissance du cinéma muet comme du cinéma parlant. Imaginez que la première scène, par exemple, est entièrement muette ! Elle pourrait être à elle seule un court métrage. Cette œuvre est selon moi incontournable. Chaque scène regorge de secrets et de messages. Ce film critique ouvertement les plus gros défauts de notre société : l’incompétence du système éducatif, la pédophilie banalisée dans les internats, ainsi que le tabou de l’homosexualité qu’il va complètement banaliser. L’homosexualité, une pratique normale ? Quel choc à l’époque !

    C’est l’histoire de quatre adolescents en 1933 (Caussat, Colin, Bruel et Tabard), élève dans un internat de campagne en 1933.

    L’idéologie de l’internat et des professeurs va être complètement cassée, avec des scènes où nous voyons tous les soirs les enfants qui chahutent, des batailles de nourriture dans la cantine, mais aussi celle lors de laquelle le surveillant Huguet laisse les élèves s’extérioriser.

    Habituellement punis d’un « zéro » de conduite, ils décident de se rebeller. Tabard, de manière très inattendue, dit « merde » à l’autorité et déclenche une insurrection.

    Le film est interdit dès sa sortie (et ce jusqu’à la Seconde Guerre mondiale.) Il ne passera que très rarement à la télévision. C’est un film très dur, avec des scènes très violentes, un film révolté contre le système éducatif, ce qui est très compliqué à montrer en 1933. Cependant, s’il est très violent, il est aussi très poétique, et en même temps complètement obsessionnel.

    J’ai aimé par-dessus tout le fait que la révolution est accessible à tous, ainsi que la rébellion. Il est clair que Vigo a voulu montrer la réalité de ce qu’il a vécu dans l’internat militaire. C’est un film extrêmement touchant, il donne énormément d’espoir. Il montre que des enfants peuvent renverser l’ordre établi, leur voix a autant, voire plus, de valeur que celle d’un adulte. Ils reprennent la place qui leur est dû dans la société, ainsi que le pouvoir qui l’accompagne.

    Ce que j’ai moins aimé c’est l’utilisation du nain pour rendre le principal ridicule. D’un point de vue moral, associer le nanisme au ridicule relève, à mon sens, de la moquerie. De plus, le son est très mauvais, le film est quasiment inaudible, il a été tourné seulement 5 ans après l’arrivée du son. Sans sous-titre il est difficile de comprendre la totalité des dialogues. Heureusement que le travail de restauration a été très bien réalisé.

    Pour finir, Zéro de conduite est encore aujourd’hui un film toujours d’actualité. Beaucoup d’écoliers peuvent s’y reconnaitre. Cela fait maintenant 90 ans qu’il a été tourné, mais seulement quelques années qu’il est disponible et accessible à tous. Je recommande ce film à tout le monde, passionné par le cinéma ou non, car cette œuvre est un bijou de l’art français.

    Titou Granier

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