Gabriela Diaz Lopez : “L’art n’est pas un luxe, c’est une nécessité”
Tolderias et Pampas, Pierre du Zimbabwe
Gabriela Diaz Lopez, artiste sculpteur, nous dévoile son regard face à un monde de plus en plus normalisé, digitalisé et virtuel.
Qui es-tu Gabriela ?
Je m’appelle Gabriela Diaz Lopez, je suis née en Argentine, et arrivée en France en 1980. J’ai toujours adoré le milieu de l’art, que ce soit le chant, le théâtre, la peinture et la sculpture.
Peux-tu me dire quel a été ton parcours ?
En arrivant en France j’étais autodidacte, je n’ai pas fait d’école d’art. J’ai rencontré maitre René Coutelle qui était le président de la Maison des Artistes, par l’intermédiaire d’une de mes amies sculpteur, je lui ai montré mon travail et il m’a engagé dans son atelier. J’y ai travaillé pendant 20 ans.
Paican et Elea, marbre blanc de carrare.
Comment qualifies-tu ton art, à quel style appartient-il ?
Je taille surtout la pierre, mais également le bois, la terre et je peins. Pour ce qui est de mon style, les étiquettes me rendent très nerveuse. Mes œuvres sont contemporaines car elles datent “de maintenant”. Pour aller plus loin, il y a une partie de mon travail qui est abstraite et l’autre figurative. Je ne suis pas limitée à un seul style car je ne sais pas où ma recherche affective va me mener. Le fil d’Ariane de mon travail est le royaume du minéral, du végétal et de l’animal mélangé avec une touche onirique qui me donne beaucoup de liberté.
Pour toi, quelle place occupe l’art dans notre société ?
L’art contrairement à ce que beaucoup de personnes pensent, n’est pas un luxe c’est une nécessité. L’art, sous toutes ses formes, demande de l’imagination, et sans l’imagination, sans le rêve, l’humanité deviendrait folle. On ne donne pas suffisamment de place à l’art dans l’éducation, en tout cas dans notre société. Que ce soit à l’école ou dans les loisirs des enfants, c’est un moyen inestimable pour les rendre libres dans leurs expressions.
Nous vivons dans une ère où beaucoup de métiers sont remplacés par des machines. Penses-tu qu’un jour, les métiers d’art pourront disparaître ?
Non. Sans sensibilité, il n’y a pas d’art. Même si l’art demande aussi du travail et de l’effort bien sûr mais sans imagination il n’y a pas d’art. Il est présent pour dévoiler les choses sensibles, les choses cachées de la pensée collective et ça, aucune nouvelle technologie peut le faire. L’art peut être reproduit, comme par exemple si je prends une photo du Baiser de Rodin et si je l’imprime grâce à une imprimante 3D. Le sensible est simplement la vision de l’être humain et de rien d’autre. La technologie n’est pas munie de sensibilité donc elle n’est pas faite pour la création et par conséquent pour l’art.
Pour finir, quelle place occupe la sculpture dans ta vie, que représente-t-elle ?
Comme la plupart des artistes, j’ai un travail à coté pour vivre décemment. Parfois je ne touche pas une pierre pendant deux mois, à ce moment là l’envie de recherche et l’appel de la créativité se fait sentir de façon évidente. Si je ne sculpte pas, je n’actualise pas qui je suis et je perds une partie de moi, une partie de mon équilibre disparait. De manière imagée, je suis une besace pleine de sculptures à l’intérieur de moi et qui s’ouvre chaque fois que je taille la pierre ou le bois. C’est un canal d’expression de qui je suis, qui m’est indispensable.
Propos recueillis par Clara Bouillon
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