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    Alexandre Yang : “Mon travail est une sorte de bulle dans laquelle on entre et on ressent un vécu”

    Tamika Couedor 16 octobre 2020
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    © Alexandre Yang

    Le peintre Alexandre Yang, d’origine Hmong  nous ouvre les portes de son univers singulier et nous offre un regard particulier sur son art. 

    Comment avez-vous découvert votre attrait pour la peinture ?

    De base j’étais surtout intéressé par le dessin aux crayons de couleur et l’aquarelle. Même si ce n’est plus une artiste que je suis actuellement, j’étais vraiment un grand fan d’Agnes-Cecile quand j’avais 15 ans. C’est en voyant certaines œuvres de grands maîtres de la peinture comme Bouguereau, Von Amerling ou plus simplement Monet que j’ai décidé de m’y mettre. Étant réputée comme étant difficile à maîtriser, je me suis moi-même lancé le défi d’apprendre seul la peinture à l’huile, et même si le début est véritablement laborieux aujourd’hui il s’agit de mon médium de prédilection.

    Comment décrirez-vous votre univers artistique ?

    Même si c’est difficile de juger son propre travail, je le qualifierai de très personnel, une sorte de bulle dans laquelle on entre et on ressent un vécu : en peignant uniquement des amis proches, j’explore des thèmes qui parfois peuvent être intimes comme par exemple l’enfance ou certains traumatismes. Malgré tout, j’essaie de faire en sorte que mes peintures n’aient pas un aspect trop austère ou trop monotone en y ajoutant des éléments modernes ou incongrus ou même des “easter eggs”, qui sont également à des évènements qui se sont produits ou des allusions à la culture populaire : quand on voit ma peinture, je veux que les personnes se rendent rapidement compte que c’est une peinture crée par une personne jeune, ou plus précisément une personne de la génération Y ou Z.

    © Alexandre Yang

    Sur quel support travaillez-vous ? Avec quel matériel ?

    J’utilise exclusivement des toiles de lin ainsi que de la peinture à l’huile. Afin d’obtenir un aspect texturé j’emploie principalement des pinceaux à poils forts.

    Pour mes recherches, j’utilise surtout de l’aquarelle.

    Que cherchez-vous à montrer dans vos œuvres ?

    En tant que membre de la diaspora asiatique et plus particulièrement de la minorité Hmong, mon travail et mes recherches portent logiquement sur les sujets qui nous entourent, qu’il s’agisse du racisme, des guerres passées, de notre relation avec la famille, de la perte et/ou du mélange de nos cultures mais surtout de nos histoires individuelles : nos luttes, nos souffrances, notre parcours et ce que nous sommes aujourd’hui.

    En tant qu’Asiatique “de la diaspora”, ayant grandi dans un environnement occidental, j’essaie également dans ma peinture de créer une nouvelle représentation asiatique dans les médias : pas de clichés moqueurs, pas de caricatures du péril jaune auquel nous sommes habitués depuis notre enfance. Mais ma représentation n’est pas seulement une représentation, il s’agit avant tout de supprimer l’essentialisation à laquelle nous sommes soumis depuis la nuit des temps en rappelant que chacun d’entre nous est concernée par sa propre histoire, ses propres difficultés, qui seront toujours plus ou moins différentes de celles des autres. Plus important encore, ce que je traite dans mes peintures concerne des gens ordinaires et qui existent réellement, pas de personnages héroïques ni folkloriques et certainement pas des peintures occidentales où les personnages ont été remplacés par des asiatiques : simplement des gens comme vous et moi et des histoires de la vie quotidienne qui seront magnifiées par la peinture, parce que pour moi la représentation dont nous avons le plus besoin est celle qui vient de nous-mêmes et surtout des gens ordinaires, avec lesquels beaucoup plus d’entre nous peuvent s’identifier.

    (Cependant, mon travail n’a pas vocation à être centré sur le fait de représenter des minorités ou autre. Il s’agit par dessus de tout de peindre mes amis ou des gens de mon entourage proche et de les représenter tels que je les sens, avec tous leurs vécus et leur comportement.)

    © Alexandre Yang

    Quels artistes vous inspirent ?

    Je suis un admirateur de William Bouguereau qui est pour moi un des meilleurs peintres de son époque (L’Orientale à la grenade, Dante et Virgile) J’aime aussi beaucoup les portraits d’André Derain qu’on peut voir à l’Orangerie comme La Nièce du peintre ou encore ceux de Lucian Freud qui est un de mes peintres préférés : ses peintures reflètent tant de maîtrise et de sensibilité. Je m’inspire également de la touche épaisse de l’artiste contemporain Emilio Villalba.

    Il y a-t-il un projet que vous rêvez de réaliser ?

    J’aimerais plus tard agir pour faire en sorte de faciliter l’accès à l’art pour les personnes défavorisées qui le désirent. Le monde de l’art est actuellement très élitiste : la majorité des classes préparatoires (quasiment obligatoires pour entrer en école d’art) sont privées et tout à fait hors de prix pour une personne avec peu de moyens, en découle alors une population dans les écoles d’art extrêmement embourgeoisée. Même si je ne prétends pas pouvoir changer les choses, j’espère un jour avoir assez d’influence pour rendre les choses plus faciles à certaines personnes, étant moi-même encore étudiant boursier et ayant fréquenté une des quelques “prépa” publiques de France.

    Si vous pouviez être une peinture laquelle seriez-vous ?

    Je serai un des paysages de Provence d’André Derain.


    Propos recueillis par Tamika Couedor

    Vous pouvez suivre Alexandre Yang sur son Instagram, ici

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