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    “Moman ! Pourquoi les méchants sont méchants ?”, une fable lumineuse de Jean-Claude Grumberg

    Hélène Kuttner 29 avril 2024
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    © Thomas O'Brien

    A la Scala de Paris, Jean-Claude Grumberg a choisi de confier à Noémie Pierre cette courte pièce en forme de dialogue ininterrompu entre un fils et sa mère. Clotilde Mollet et Hervé Pierre, les parents de la metteure en scène, incarnent les deux protagonistes avec une fantaisie délicieuse et nous plongent, spectateurs attendris, dans la plus charmante et la plus enfantine des rêveries. 

    Ritournelle

    «-Moman

    – Quoi acore ?

    – J’ai peur !

    – T’as peur ?

    – J’ai poeur Moman, j’ai poeur ..

    – T’as peur de quoi acore ?

    – J’ai peur de me réveiller.

    – Avant de te réveiller j’te ferais dire faut d’abord dormir !

    – Peut-être je dors maman. »

    Ainsi commence cette suite de questions adressées à une Moman par son petit Louistiti chéri, qui ne parvient pas à trouver le sommeil et sans avoir encore enfilé son pyjama. Louistiti a peur, peur du noir et de bien d’autres choses, des avions dans le ciel et des bombardements, sa peur se mêle à l’histoire, la grande histoire des massacres et des guerres, et sa mère doit écouter cette ritournelle de questions. Il n’y a plus de père à la maison, la mère se débrouille avec ce qu’elle peut pour cuisiner, payer le loyer et habiller son enfant. C’est dur mais c’est la vie. Où est parti ce père qui ne reviendra plus ? Derrière ces pirouettes cocasses où les questions incessantes et les réponses lacunaires se percutent dans un langage familier, c’est toute l’angoisse d’un enfant en manque de sécurité et de souvenirs qui apparaît en filigrane. 

    Une histoire d’enfance en morceaux

    (c) Thomas O’Brien

    Jean-Claude Grumberg, l’un de nos plus grands auteurs contemporains, n’a cessé de creuser le sillon de l’Histoire avec des pièces à l’humour dévastateur et à l’imaginaire fécond. L’Atelier, Zone Libre, Demain une fenêtre sur rue, La plus précieuse des marchandises sont des pièces qui toutes racontent comment survivre quand on vu son père et ses grands parents raflés et déportés par la police française en 1942, sans jamais les revoir. Ce traumatisme du petit enfant infuse bien sûr sur scène le personnage de Louistiti, le gamin qui ne parvient pas à s’endormir en harcelant sa mère de questions avec des mots déformés. Mais cette suite de courts dialogues traverse aussi bien des grandes et petites questions, anecdotiques, existentielles,  que se posent les enfants. Progressivement, le rapport de protection entre la mère et le fiston s’inversera. Clotilde Mollet (Louistiti) et Hervé Pierre (Moman) s’emparent de ces deux personnages avec une gourmandise et une simplicité magnifiques. Ils sont installés dans un petit théâtre de foire serti de tentures de tissus gribouillés de dessins d’enfants. Il y a juste une table et une chaise, un tabouret de bois blond. 

    Grands acteurs

    Et ces deux grands acteurs se mettent à jouer l’enfance, l’angoisse et la fragilité d’un monde qui a basculé, avec une finesse et une légèreté qui donnent au spectacle un charme fou. Elle, cheveux blonds hirsutes et pantalon noir trop court, la démarche chaloupée et la fierté d’un jeune garçon en bandoulière. Lui, en long tablier de coton noir, épouse avec suavité les formes girondes d’une maman permanente, qui coure et trime pour faire survivre, avec le plus grand bonheur, sa petite famille. Ils n’en font pas trop, respectent la pureté et la naïveté de cette écriture amusante et surprenante. La mise en scène épouse à la lettre la fantaisie joyeuse et bon enfant du texte en donnant vie aux personnages dans un décor parfait. Un vrai bonheur.

    Hélène Kuttner  

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