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“Insuline et Magnolia” : une danse entre la vie et la mort qui s’appelle la poésie

Hélène KUTTNER 11 avril 2025
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©Ludo-

Stanislas Roquette monte sur la scène du Théâtre de la Reine Blanche pour raconter son parcours et conter comment, à partir de la découverte de son diabète, l’art, le théâtre et Fleur, sa muse voyageuse, l’ont révélé à la vie. Entre Insuline et Magnolia, le pseudo de Fleur, le comédien virevoltant danse avec les mots et les émotions pour nous offrir un spectacle en forme de don du ciel.

Renaissance

Quand à l’âge de 15 ans, Stanislas découvre qu’il est atteint d’un diabète de type 1, et qu’il doit se piquer à l’insuline à vie, l’adolescent bascule dans un monde où la gravité, le sérieux et la responsabilité d’une vie remplacent l’insouciance d’une existence étourdie et légère. Solaire, notre jeune héros devient taciturne, sombre et lunaire. Mais Fleur, une jeune camarade de lycée qu’il rencontre fortuitement, et qui s’adresse à lui en latin, lui laisse un souvenir vivace. Elle a de l’allure, parle comme un livre, tricote du grec avec du latin et de l’ancien Français, avec une grâce de poète. Elle cite Verlaine, Baudelaire et Hugo, quand il ne connaît que Cyrano de Bergerac. Qu’importe, c’est la flamme qui embrase le jeune homme avec des mots, du théâtre et de la poésie, qui le nourrissent soudain passionnément. Elle est Chimène, il est Rodrigue, et leurs parents n’ont pas grand chose à dire. Mais la belle poétesse disparaît après le bac, loin, très loin au sud des Amériques, et son expédition, nourrie de recherches archéologiques et géologiques, la mènera autour du monde. Durant trois années, ce sont des lettres, nombreuses, que Fleur et Stanislas vont s’échanger, avant de se revoir à Paris.

Comme Sharon Stone

©Ludo-

Le comédien Stanislas Roquette raconte sa propre vie à travers un texte magnifique, qu’il a publié sous forme de récit autobiographique chez Actes Sud Papiers. Sur scène, il interprète tous les personnages, avec une fébrilité et une agilité impressionnante. Il est ce gamin grandi trop vite, qui se cache sous la table pour ne pas montrer à ses camarades qu’il doit se piquer et se tester trois fois par jour. Il est le médecin goguenard qui l’éveille à une autre réalité, celle des malades qui vivent quotidiennement sous surveillance et sous traitement, comme la splendide Sharon Stone et comme des millions d’autres. Stanislas bondit comme un chat sur le plateau, rêve et converse avec sa dulcinée et tombe réellement amoureux du théâtre et de la poésie, capables tous deux de transcender son existence. 

©Ludo-

Sa gourmandise à citer les textes, les vers, et ses propres poèmes, lui procure une extrême vitalité physique et psychique. Pour soutenir cette présence vibrante, drôle et tragique à la fois, la musique de Christian Girardot déploie une composition à la flûte traversière, aussi délicate et fraîche que la jeunesse adolescente, aussi fragile que les affres de la passion amoureuse. C’est un spectacle enthousiasmant, d’une vitalité joyeuse, d’une poésie gourmande, gorgée de désirs et de rêves, que nous propose le comédien durant ce court moment ou acteur et spectateurs ne font qu’un, unis pas le même goût des mots, du jeu et du théâtre.

Helène Kuttner  

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