“Red Carpet” : l’éblouissante performance d’Hofesh Shechter à Garnier
©Julien-Benhamou-OnP
Pour sa première création destinée aux danseurs de l’Opéra de Paris, le chorégraphe israélien Hofesh Shechter, qui vit à Londres, nous offre une fabuleuse expérience immersive dans un cabaret géant baigné de rouge, avec 13 danseurs à la virtuosité extraordinaire et dans des costumes signés Chanel. L’alliance du brut et du luxe, torride !
Une danse pour survivre
Il y a chez Hofesh Shechter, danseur et chorégraphe né en 1975 à Jérusalem, formé à la musique et à la danse, passionné par la danse folklorique et la batterie, et qui signe lui même ses propres musiques avec son fidèle complice le batteur Yaron Engler, un désir d’embrasser la vie, dans ce qu’elle a de plus violent et de plus jouissif. Installé depuis les années 2000 à Londres où il dirige sa compagnie, cet artiste cosmopolite propose une danse unique, exigeante, traversée de pulsions et d’émotions, dans un flux électrique qui saisit le corps des danseurs, créatures hybrides, rampant entre terre et ciel, poissons de mer ou oiseaux nocturnes. Avec le ballet de l’Opéra de Paris, il poursuit une histoire d’amitié passionnée, nourrie de l’exigence et de l’implication physique et émotionnelle que ces danseurs, formés au classique, offrent à ses créations insolites, qui cassent les codes. Depuis l’entrée au répertoire de The Art of Not Looking Back en 2018, ces danseurs, dont la technique et l’adaptabilité sans faille sont mondialement reconnues, se coulent dans le monde du chorégraphe avec une intelligence et une force émotionnelle d’une puissance magistrale.
Ronde des émotions

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Alors qu’un premier rideau de scène s’ouvre de chaque côté, dans des lumières brumeuses et sublimes de Tom Visser, treize danseurs nous embarquent dans la plus séduisante des transes, le corps et les hanches happés par la gravité, les bras tricotant un langage céleste, mains expressives comme des papillons et haut du corps ouvert. Leurs silhouettes ondulent, se brisent en se dissociant, obéissant au langage de la rupture, du paradoxe, propre à l’artiste. La musique rugit, roule des harmonies de rock oriental, la batterie nous secoue. Ces personnages, costumés comme dans une fête décadente, entre le Berlin des années 1920 et les raves parties, dont celle tristement célèbre du 7 octobre 2023, surgissent par éclats, dans les robes pailletées écarlates, des fuseaux argentés et des pantalons de smoking, ou des shorts découvrant des jambes d’homme avec des chaussettes noires à pinces ! Dans cette danse qui traverse les siècles, rythmée par une musique qui flirte avec le hard rock et la techno, le Rnb ou le Groove, ce groupe de jeunes gens enfiévrés ne nous offrira aucun répit. Alors qu’un second rideau de scène découvre, comme sur un podium en suspension, en fond de scène, les quatre musiciens qui jouent en live cette partition flamboyante.
Des artistes qui se dépassent

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Acteurs de ce chaos minutieusement organisé, qui ménage cependant nos coeurs haletants avec des plages musicales plus languides, des mouvements chorégraphiques plus apaisés, comme un ciel bleu après l’orage, le repos après la tension extrême, Olivier Koundouo au violoncelle, Sulivan Loiseau à la contrebasse, Brice Perda aux instruments à vent et Yaron Engler à la batterie, sont exceptionnels d’engagement et de talent. Ce cœur battant, qui secoue et fédère les spectateurs, irradie le corps des danseurs qui semblent y laisser leur peau. Clémence Gross, Caroline Osmont, Ida Viikinkoski, Laurène Lévy, Adèle Belem, Marion Gautier de Charnacé pour les filles, Antoine Kirscher, Alexandre Gasse, Mickaël Lafon, Hugo Vigliotti, Takeru Coste, Julien Guillemard et Loup Marcault-Derouard, pour les garçons, sont magnifiques d’engagement et de créativité artistique. Durant une heure et cinq minutes que dure le spectacle, on reste abasourdi, et on traverse une multitude de sensations et d’émotions. Le lendemain on y pense toujours.
Hélène Kuttner
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