“Encore une journée” : nouvelle exposition de la jeune artiste Joséphine Paul au Cœur de Ville de Vincennes
Joséphine Paul, "L'assoupissement"
Encore une journée, série composée de huit toiles, est la nouvelle exposition de l’artiste Joséphine Paul, fraîchement diplômée d’un master en Arts plastiques à Paris I Panthéon-Sorbonne. L’exposition est à voir actuellement, jusqu’au 3 janvier 2026, à Vincennes, au Cœur de Ville.
Dans le silence feutré d’un salon où la vie s’égrène doucement, Joséphine Paul s’exprime avec couleur et intensité. Devant elle, huit toiles comme huit heures de lumière, miroir d’un monde que l’on pourrait croire immobile. Et pourtant, dans la pudeur des gestes quotidiens de ses grands-parents, le temps respire, s’étire, se répète avec la constance d’un cœur fidèle.
Le marché, le déjeuner, l’assoupissement, le chien : quatre scènes pour dire la ronde d’une journée, quatre actes pour célébrer la fragilité des jours, les journées simples que peuvent vivre les personnes âgées. Rien d’héroïque, seulement la beauté du geste qui persiste, le souffle discret de l’habitude, la chaleur d’un rayon qui caresse la table, la main, la tasse encore tiède. Dans cette simplicité s’inscrit la profondeur du vivant. Les échanges sociaux, les rencontres sont matérialisés sur la toile. Le temps est traité sous le prisme de la journée, mais également sous celui du temps de la vie, de la mort.

Joséphine Paul, Le Deuil
À l’origine, il y a la photographie, témoin du réel, trace immédiate des instants que la mémoire efface trop vite. Photographies de famille, photographies de voyage en Hongrie et témoins d’instants de vie, de mémoires… Mais la peinture, chez Joséphine Paul, vient transformer l’image en émotion. Par le jeu des pellicules contrastées, des aplats lumineux et des courbes frottées, elle invente un espace où le souvenir se réinvente. Se souvenir, c’est oublier. Oublier, c’est se souvenir à nouveau, voilà ce que convoque Joséphine Paul dans son travail.
La couleur ne décrit pas, elle embellit ; elle se fait tendresse, forme de résistance à l’oubli. Chaque toile porte la présence invisible de la famille, un regard posé, une exclamation douce, le murmure d’un “tu l’as bien saisi”. Peindre devient alors un acte d’amour, un moyen de retenir encore un peu ce qui s’efface.
Entre structure et effacement, Joséphine Paul maintient la physicalité du souvenir – comme si, à chaque coup de pinceau, elle disait : “Voici ce que la mémoire retient du temps qui passe.” Encore une journée n’est pas seulement une peinture du quotidien ; c’est une élégie du temps vécu, un hommage à la lente beauté des choses qui durent, même lorsqu’elles s’effacent.
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Inès Chaouachi
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