Les remakes sont-ils le symptôme d’un cinéma en crise ?
"Le Roi Lion " de Jon Favreau © The Walt Disney Company France
Remakes, reboots, suites : le cinéma semble regarder sans cesse dans le rétroviseur. Mais cette obsession du passé est-elle vraiment le signe d’un manque de créativité ? Derrière ces films familiers se joue surtout l’avenir d’un cinéma de plus en plus frileux face au risque.
À chaque annonce de remake, la même réaction revient : lassitude, ironie ou encore colère. Le cinéma manquerait d’idées, recyclerait son passé faute d’imaginer l’avenir. Pourtant, réduire la vague des remakes à un simple déficit de créativité serait trop facile. En effet, derrière ces films qui ressuscitent des œuvres connues se cache un phénomène plus profond, une industrie en mutation de plus en plus frileuse face au risque.
Le cinéma n’a jamais été un art totalement détaché de l’économie. Mais aujourd’hui, la pression financière est devenue centrale. Budgets colossaux, concurrence des plateformes et un public fragmenté. Chaque sortie est un pari risqué. Dans ce contexte, le remake agit comme une assurance. Il repose sur un titre connu, une histoire déjà identifiée et une nostalgie exploitable. L’enjeu n’est plus de raconter une nouvelle œuvre mais de capitaliser sur un nom déjà installé. Un film reconnaissable se vend mieux qu’un concept original, surtout dans un marché saturé d’images et de contenus.
Paradoxalement, cette stratégie sécuritaire alimente la fatigue qu’elle tente d’éviter. Le public n’en a pas forcément assez des remakes en tant que tels mais de ce qu’ils représentent, l’impression d’un cinéma qui tourne en rond. Le problème n’est pas de revisiter une œuvre mais de le faire sans regard neuf. Lorsqu’un remake se contente de reproduire l’original, il rappelle brutalement ce que le cinéma pourrait être sans jamais l’atteindre. Ce sentiment de répétition nourrit alors le discours d’une “crise créative”, largement relayé sur les réseaux sociaux.

Aladdin © 2018 Disney Enterprises, Inc. All Rights Reserved / Daniel Smith
Pourtant, accuser les remakes revient à confondre le symptôme et la maladie. Le cinéma ne va pas mal parce qu’il produit des remakes, il en produit parce qu’il va mal ou plutôt, parce qu’il doute. Doute sur ce que veut le public, sur ce qui peut rassembler ou encore sur ce qui mérite un investissement massif. Le remake devient alors un choix par défaut, un compromis entre ambition artistique et sécurité économique.
Ce phénomène ne signifie pas que la créativité a disparu. Elle s’est déplacée. Films indépendants, productions à budgets moyens, propositions plus audacieuses qui trouvent parfois leur place mais loin des projecteurs. Le cinéma grand public, lui, concentre désormais le risque sur quelques événements très balisés. Dans ce paysage, le remake apparaît comme un outil de gestion, pas comme une déclaration artistique.
Finalement, la question n’est peut-être pas de savoir s’il faut ou non faire des remakes mais ce qu’ils disent de notre rapport au cinéma. Peur de l’échec, culte de la nostalgie, difficulté à créer des mythes nouveaux : le remake agit comme un miroir. S’il dérange autant, c’est sans doute parce qu’il reflète une vérité inconfortable. Le cinéma n’est pas à court d’histoires, mais à court de confiance.
Noah Puyodebat
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