0 Shares 239 Views

    Avignon Festival Off 2026 : nos premiers coups de cœur

    Hélène Kuttner 8 juillet 2026
    239 Vues

    ©Jérôme Cosh

    Ça y est, c’est parti ! Le plus grand festival de théâtre du monde a débuté avec plus de 1700 spectacles en tous genres. Nouveauté 2026, de plus en plus de productions ayant eu du succès cette saison reviennent ici pour faire carton plein, et certains spectacles affichent déjà complets ! Mais d’autres, les créations Avignon 2026, restent à découvrir, à savourer, et nous sommes là pour vous guider. La curiosité, l’ouverture, le goût de la surprise restent des atouts majeurs pour tout amateur de spectacle.

    ©Christophe Raynaud De Lage

    Le Projet Barthes

    Dans un spectacle éblouissant, le comédien Vincent Dissez se glisse dans la peau du sémiologue Roland Barthes durant son séminaire au Collège de France sur la préparation d’un roman. Comment jaillit la littérature ? Comment naît un roman ? Face à des étudiants passionnés et des groupies, Barthes, considéré dans les années 70-80 comme une star de l’analyse littéraire et des mythologies modernes, livre son amour de la littérature en même temps qu’il se dévoile intimement. Sa mère vient de mourir, il commence une nouvelle vie, comme Dante sa Vita Nova et se décide, face à ses admirateurs et ses étudiants, à débuter la « marinade », la « mayonnaise » d’où doit naître un roman. Flaubert, Proust, Chateaubriand, Kafka sont ses complices de réflexion, et dans les infinies digressions de cet amoureux des mots flottent aussi des métaphores croustillantes : la couture, la maille qui lâche, le jardinage, la mayonnaise qui prend ou pas, pour évoquer la naissance de l’inspiration, comme un jaillissement progressif de l’imaginaire. Devant une table- bureau toute simple, éclairé d’une lumière douce, Vincent Dissez se réapproprie l’auteur, avec une gourmandise, un humour et une émotion bouleversante. Avec son metteur en scène Sylvain Maurice, il nous offre le plus beau geste d’amour qui soit envers la littérature : un bouquet de vie.

    Théâtre du Train Bleu, 11h05 (relâches les 10 et 17 juillet)

    ©Christophe MORY

    Un pur chef-d’œuvre

    Et si l’IA infusait tout l’univers du théâtre ? Comment reconnaître les dialogues écrits par un auteur et ceux qui sortiraient d’un ordinateur, concoctés aux petits oignons par de multiples intelligences artificielles, qui savent tout mieux que personne et surtout qui peuvent s’adapter merveilleusement à toute situation et à toute fonction ? C’est le pari fou, enfin pas tant que cela, du dramaturge Alain Sachs, dont le talent, l’humour gorgé de fantaisie et l’intelligence acérée ont façonné une comédie insensée qui fait perdre au spectateur tout repère. Comme lors du jugement dernier, un mystérieux personnage convoque dans un lieu inconnu quatre individus, deux femmes et deux hommes, sans qu’aucun d’eux ne comprenne vraiment ce qu’il fait là. En réalité, on nous aura prévenus, la pièce qui se déroule devant nos yeux sort directement d’un logiciel d’IA ! Mais eux ne le savent pas, apparus comme les Personnages en quête d’auteur de Pirandello, qui échangent de banales naïvetés entre eux en tentant de faire connaissance, moyennant une grosse somme d’argent. Tout cela finit en bouillabaisse, mais l’animateur reprend vite la main et commence à les diriger : amour, haine, désir et rivalités s’en suivent, associées à des noms d’oiseaux qui font le sel de nos vies. Isabelle Tanakil, Léa Py, Emilien Fabrizio, Jacques Fontanel et Stéphane Titeca, accompagnés de l’auteur, campent les joyeux cobayes de cette dystopie vertigineuse qui nous enjoint à conserver notre bien le plus cher : l’imagination humaine.

    Théâtre des 3S, 16h50 (relâche le mercredi)

    ©Pascal Gely / Hans Lucas

    Doléances, la fable de l’écoute

    En 2019, suite à l’émergence du mouvement des Gilets Jaunes lancé en novembre 2018 pour s’opposer à la hausse des prix des carburants, l’Association des maires ruraux de France décide d’ouvrir des Cahiers de Doléance à tous les citoyens désireux de s’exprimer. Des milliers de personnes, de tous âges et de toutes conditions, sont invitées à écrire leur revendications, leurs craintes ou tout simplement leurs opinions. Ce dispositif inédit, qui fait écho aux épisodes de la Révolution Française, est alors intégré au Grand Débat National lancé par la gouvernement pour répondre au mouvement des Gilets Jaunes. Il rencontre un succès spectaculaire : environ 20 000 cahiers ont été utilisés dans près de 17 000 communes pour un total de près de 25 000 contributions. Arrogantes, lucides, informatives, sentimentales, elles constituent un matériau idéal d’une pièce de théâtre par leur spontanéité, leur diversité et leur humour aussi. Avec sa compagnie ARTEPO, Stanislas Roquette a sélectionné et adapté ces textes, déposés aux Archives Nationales, dans une création épatante, jouissive et éclairante interprétée par trois comédiens survoltés. Des prémices du mouvement, que l’on observe sur des vidéos, la scène se transforme en rond-point, en studio télévisé, en mairie grouillante d’idées où des témoignages souvent déchirants évoquent la difficulté de finir le mois quand on est précaire, la suppression des trains où les voitures électriques fabriquées en Corée. Les personnages explosent, se battent, s’invectivent dans des échanges souvent houleux, ça va à 100 à l’heure quand l’absurde remplace le rationnel et que le Président ne semble pas respecter ses promesses. Un spectacle réussi, effervescent d’intelligence et d’une belle clarté démocratique.

    Théâtre du Train Bleu, 14h20 (relâche les 10 et 17 juillet)

    (c) Adrien Berthier

    L’Amour après

    Voici un spectacle brûlant, incandescent, comme l’était l’héroïne qui se raconte, Marceline Loridan-Ivens, « rousse, gauchère et juive », écrivaine, scénariste, réalisatrice, actrice et activiste, déportée à l’âge de 15 ans avec son père dans le camp d’Auschwitz-Birkenau, dans le même convoi que Simone Veil dont elle restera très proche. A 87 ans, avec un magistral élan de vie, traversé par plusieurs tentatives de suicide, Marceline se décide à parler d’amour. La malle qu’elle découvre dans son appartement parisien déborde de lettres d’amoureux, elle a été mariée deux fois, et notamment avec le célèbre documentariste Joris Ivens, de trente ans son ainé, avec lequel elle a tourné en Chine et au Vietnam. L’amour pour elle est un gage de survie, pour « faire taire la voix du camp ». Avec une liberté radicale et un cœur prêt à tout donner, même si le corps, broyé par le traumatisme de la déportation et ses atteintes glaçantes à l’intime, à la sexualité, reste sec, Marceline raconte. Pour incarner cette survivante, « braise au milieu des cendres, la comédienne Mireille Roussel se glisse dans cette enveloppe incandescente de manière prodigieuse. L’espace est celui d’une loge de théâtre, brûlant lui aussi avec ses guirlandes lumineuses, son miroir et sa boule à facettes. L’actrice au corps filiforme de danseuse se coiffe d’une perruque rousse bouclée, Mireille devient Marceline par le rauque et la gouaille de sa voix, son regard malicieux, insolent et nous ballade durant plus d’une heure dans un voyage d’une émotion fulgurante, où la mort s’efface souvent devant des éclats de vie clandestin, où les soirées dans  les bars de Saint-Germain des Prés dans les années 50 permettent d’oublier le malheur et que l’on cache sous sa manche son matricule de déportée. Dans la mise en scène raffinée, délicate et intelligente de Laure Werckmann, l’amoureuse Marceline nous transmet un gigantesque amour de la liberté et de la vie, c’est magnifique.

    Présence Pasteur, 18h20

    Et toujours les reprises coups de cœur  

    Y’a de la joie ! Lucioles, 10h

    Un solo éblouissant de drôlerie, qui navigue finement entre une scatologie bon enfant et la liste scientifique des déclencheurs de la joie, Michaël Hirsch joue toutes les situations et tous les personnages avec un rythme léger et fluide, un sens du rythme et des scènes percutantes. 

    Pourquoi je n’ai jamais été heureux en amour ! Théâtre du Roi René, 15h05

    Dans ce récit où l’on ne sait jamais tout à fait où s’arrête l’autobiographie et où commence le conte, Patrick Massiah explore comment l’éducation façonne nos histoires d’amour, comment la mémoire nous bouleverse… et comment l’humour nous sauve. Émouvant, poétique, hilarant, ce spectacle est une confidence à cœur ouvert, un hommage vibrant aux femmes qui ont marqué sa vie, entre rires, maladresses et tendresse infinie. 

    Le Château d’Orgon, La Factory Roseau Teinturiers, 10h

    Huit jeunes comédiens nous réjouissent dans une comédie acide signée Guillaume Alix, inspirée de Molière et Goldoni, qui raconte la ridicule aventure d’un père de famille veuf, propriétaire d’un somptueux domaine avec château, qui convoque enfants et amis pour leur annoncer son mariage avec une jeune actrice qui veut sauver la planète. Un bonheur.

    L’Accord des dissonances, Théâtre du Chien qui fume, 12h05

    C’est un huis-clos musical et sidérant que nous propose le metteur en scène Thomas Joussier, avec cette adaptation en français de la première pièce de l’auteur américain Jon Marans. Old Wicked Songs fut créé à Philadelphie en 1995 et reçut le prestigieux Prix Pulitzer un an après, consacrant la meilleure pièce de théâtre.

    Avec Tom Novembre en maestro viennois délicieux de mystère !

    Katte, Condition des Soies, 20h50

    Jean-Marie Besset présente sa dernière pièce, une tragédie en cinq actes et en alexandrins, qui raconte l’amour malheureux du prince Frédéric II, contraint d’abandonner son amant à la mort en raison d’un père tyrannique et violent, Frédéric-Guillaume de Prusse, surnommé le Roi sergent. Philippe Girard impose son impérial charisme, entouré d’une distribution parfaite, dans une mise en scène précise et juste de Frédérique Lazarini. Un spectacle à l’écriture somptueuse et au romantisme noir.

    UBU Président, Théâtre de l’Arrache-Cœur, 13h

    Quelle géniale idée que d’adapter la célèbre pièce d’Alfred Jarry, Ubu roi, à notre monde contemporain ! Mohammed Kacimi, excellent dramaturge, et Isabelle Starkier, metteuse en scène engagée, ont astucieusement tricoté cette pochade qu’un tout jeune auteur, Alfred Jarry, composa en 1896. Un spectacle ébouriffant et indispensable avec des comédiens survoltés. 

    Notre Histoire (se répète), Théâtre du Train Bleu, 20h25

    Comment survivre quand on est un couple mixte, un Juif et une Allemande, que nos parents ou grands-parents ont alternativement collaboré, résisté ou péri dans une Europe en conflit ? Jana Klein, Allemande, et Stéphane Schoukroun, Français juif, décident de donner une suite à leur premier spectacle. Un spectacle étourdissant d’émotion, qui répand spontanément des nuages de doutes sur toutes nos certitudes.

     Mémoires d’Hadrien, Théâtre du Girasole, 11h55

    Dans un spectacle d’une pureté absolue, le comédien Jean-Paul Bordes incarne Hadrien, célèbre empereur romain au soir de sa vie, auquel Marguerite Yourcenar consacra son oeuvre la plus célèbre. Renaud Meyer a adapté le texte et met en scène cette solitude héroïque comme une leçon d’humanisme. Une réussite.

    Mehdi DJAADI Couleur Framboise, La Scala, 17h30

    Le comédien Mehdi Djaadi explore avec humour le champ de tous les tabous, religion, sexualité, morale, en questionnant nos résistances et nos désirs secrets. A partir de son propre parcours et de ses difficultés pour concevoir un enfant, il interprète une trentaine de personnages aussi drôles qu’émouvants, pour nous embarquer dans un one man show magistral d’émotions et d’humanité.

    Hélène Kuttner 

     

     

     

     

     

     

     

    En ce moment

    Articles liés

    This Is Lorelei annonce un nouvel opus “The Singer In My Band” et dévoile un premier single “Billy Came Back”
    Agenda
    123 vues

    This Is Lorelei annonce un nouvel opus “The Singer In My Band” et dévoile un premier single “Billy Came Back”

    This Is Lorelei – alias du musicien américain Nate Amos, également membre du duo d’avant-pop Water From Your Eyes – annonce la sortie de son deuxième opus “The Singer In My Band” pour le 11 septembre 2026 via Matador. ...

    Le festival Paris l’été est de retour pour 4 semaines de fête du 11 juillet au 4 août !
    Agenda
    120 vues

    Le festival Paris l’été est de retour pour 4 semaines de fête du 11 juillet au 4 août !

    Du 11 juillet au 4 août, le Festival Paris l’été propose de grands rendez-vous artistiques et culturels, dans tout Paris et sa région. La 36e édition du Festival Paris l’été – créé en 1990 – accueille, comme en 2025,...

    Cet été, “L’Île-de-France fête le théâtre” fête sa 10e édition du 3 juillet au 5 août !
    Agenda
    110 vues

    Cet été, “L’Île-de-France fête le théâtre” fête sa 10e édition du 3 juillet au 5 août !

    Cet été, du 3 juillet au 5 août, “L’Île-de-France fête le théâtre” célèbre sa 10e édition. À l’initiative de la Région Île-de-France, le festival, orchestré par les Tréteaux de France – Centre dramatique national, poursuit son geste fondateur :...