“Apatride (Stateless)” : les photographies de William Daniels exposées à la Galerie FAIT & CAUSE
Bangladesh. Des pêcheurs se préparent à partir en mer, près du village de Shamlapur. Ce sont pour la plupart des réfugiés Rohingyas originaires du Myanmar. Considérés comme d’excellents marins, ils ont tendance à accepter de mauvaises conditions de travail du fait de leur situation vulnérable © William Daniels
Que se passe-t-il quand l’identité d’une personne est réfutée au point de la priver de toute existence ? Elle devient apatride (stateless). Il y aurait 10 millions de personnes apatrides ou à risque d’apatridie à travers le monde. Le droit international définit ces citoyens de nulle part comme des personnes “qu’aucun État ne considère comme [ses] ressortissant[s] par application de sa législation”.
Savoir qui appartient à un État et qui n’en fait pas partie, qui a accès aux ressources et à une protection et qui en est privé, est un sujet brûlant dans notre époque imprégnée de crises identitaires et de populisme exacerbé. Pour Hannah Arendt, la citoyenneté est “le droit d’avoir des droits”. Dans Les Origines du totalitarisme, la philosophe décrivait le processus de déshumanisation auquel sont confrontés les apatrides : la citoyenneté devient une arme pour priver de droits ceux qui peuvent menacer des intérêts politiques, ethniques, économiques.
Si leurs profils varient, les populations concernées partagent une tragédie commune. Sans existence légale, elles n’ont pas – ou peu – accès aux droits fondamentaux, comme l’éducation, la santé, le droit de vote, ni aux services bancaires ou à l’économie formelle. Des exclusions en cascade qui repoussent encore davantage ces individus fragilisés dans les marges et les rendent particulièrement vulnérables à diverses formes d’exploitation.
Les réfugiés qui ont fui leur pays d’origine, poussés à l’exil par les guerres ou les persécutions, et qui ont perdu leur nationalité ou toute preuve de celle-ci, ou ceux dont le pays n’est pas reconnu à part entière, constituent les cas de figure les plus connus. Ainsi, les réfugiés palestiniens au Liban ou les musulmans Rohingyas chassés du Myanmar sont les incarnations les plus emblématiques de l’apatridie moderne. Mais elle a aussi un autre visage. Assez paradoxalement, elle menace des individus qui sont nés et ont toujours vécu dans le pays qu’ils considèrent le leur mais qui rechigne à leur reconnaître une existence légale. Discriminés de longue date et prisonniers de limbes administratifs, ceux-ci sont décrits par les chercheurs et ONG comme “à risque d’apatridie” mais leur calvaire est le même que celui des apatrides.
William Daniels rencontre et photographie depuis plusieurs années des communautés apatrides – ou à risque d’apatridie – dans plusieurs pays.

République Dominicaine. Ana (le prénom a été changé) et ses trois enfants de 5 ans, 4 ans et 8 mois sont d’origine haïtienne mais nés en République dominicaine. À la suite de la décision de la Cour constitutionnelle, ils ont perdu leur citoyenneté dominicaine et sont désormais apatrides. Ana a postulé au plan de régularisation en 2014 et a reçu une carte indiquant qu’elle est de nationalité haïtienne, bien qu’elle ne soit jamais allée en Haïti et que les autorités de ce pays n’aient aucune trace d’elle. Elle pourrait être arrêtée et expulsée en tant que migrante clandestine. © William Daniels
À propos de William Daniels
William Daniels, photographe documentaire français, travaille au long cours sur des populations en quête d’identité, et les stigmates du dérèglement climatique.
Il est membre Explorer de la National Geographic Society, qui a financé la majeure partie du travail exposé.
Il est l’auteur de 4 livres, dont Faded Tulips (2012, autoédition), un voyage dans la fragile démocratie post soviétique du Kirghizistan ; RCA (2017, Ed Clémentine de la Ferronnière), sur la République centrafricaine, l’ex colonie française en proie à une violence extrême et Wilting Point (2019, Imogène Ed,) une réflexion photographique sur la fragile condition humaine faisant dialoguer des images produites dans des zones conflictuelles. Son travail a été récompensé par deux world Press, un Visa d’or, le prix Tim Hetherington et le master award du festival la photographie éthique de Lodi.
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[Source : communiqué de presse]
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