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    Boris Hoppek – interview

    5 décembre 2014
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    Boris Hoppek

    Boris Hoppek

    Boris Hoppek s’amuse. Pour cet Allemand né en 1970, et installé à Barcelone, le monde de l’art est avant tout un vaste terrain de jeux. Peinture urbaine, installations, vidéos, photos : il a exploré de multiples directions, toujours avec le même sens de l’ironie. Mais aussi au fil de quelques obsessions qui sont sa signature : le personnage noir de « Bimbo », au regard rond, qu’il a promené sur les murs (y compris, récemment, pour une collaboration avec Miss Van) et fait évoluer en trois dimensions. Ou encore la nudité féminine, inlassablement photographiée et dessinée. Dialogue.

    Vous avez raconté que vous avez grandi dans un milieu un peu hippie. Vous vous imaginiez déjà en artiste ?

    Non ! Je n’étais pas tellement attiré par l’art. Ce n’était pas mon truc. Ca ne l’est toujours pas ! Je ne vais pas tellement dans les musées, et il faut me traîner pour aller voir une exposition…

    Alors comment tout cela a-t-il commencé ?

    A l’époque, j’apprenais le dessin technique dans une usine. C’était très ennuyeux ! Cinq jours par semaines, je pointais, je travaillais, je pointais, je rentrais chez moi. Un ami qui bossait juste à côté de moi m’a parlé de graffiti. Il en avait entendu parler à la télé et il pensait que ça pouvait me plaire. Il m’a fait acheter des bombes et m’a poussé à sortir la nuit et à tagger. Il surveillait mes arrières, mais il n’a jamais taggé lui-même – alors que techniquement, il était meilleur dessinateur que moi ! Le street art, c’est la rapidité. C’est apprendre, travailler et exposer en temps réel, avec un retour instantané. Ce n’est pas comme Facebook. C’est fait pour que tout le monde le voit, y compris les gens qui ne veulent pas. Les ignorants. Les paresseux. Les gosses et les animaux. Là, pas de censure, pas de politiquement correct.

    Pourquoi avoir exploré d’autres supports ?

    En fait, j’ai fait des photos, des vidéos et des installations avant le graffiti. J’ai fait du webdesign et du graphisme pour gagner de l’argent. Mais très vite, je me suis concentré sur le graffiti. Parce que c’est rapide, facile, pas cher, direct. Et je peux le faire tout seul. Je garde les films, les vidéos, les installations et la sculpture pour plus tard. Quand j’aurais l’argent, l’expérience, les contacts…

    Qu’est-ce qui vous a poussé à vous installer à Barcelone ?

    L’énergie y était très spéciale. A l’époque, le graffiti était accepté par la mairie. Aujourd’hui, c’est encore plus illégal que partout ailleurs. Mais le surf, le skate et la nourriture sont toujours sympas…

    Comment est né votre personnage « Bimbo » ?

    Il vient de mon besoin de parler du racisme. Et c’est pour cela qu’il existe encore. Il symbolise et combine tous les aspects de mon travail : le sexe et le racisme, mes principaux thèmes !



    Il s’inscrit aussi dans une forme d’épure, de simplicité des lignes, très présente chez vous…

    Oui, je me donne beaucoup de mal pour susciter des interprétations multiples et contradictoires, avec des moyens réduits, une simplicité primitive.

    Pourquoi cette obsession pour le corps féminin ?

    Je n’essaie jamais d’être dans la provoc – quel ennui ! Simplement, je fais ce qui me plaît, je montre ce dont il me paraît important de parler. J’ai commencé la série des « lavagina magazine » quand j’ai pris conscience que beaucoup de femmes ne se sentent pas à l’aise vis-à-vis de leur propre vagin. Beaucoup d’hommes, aussi, en ont peur. Plein de filles sont dégoûtées à l’idée de regarder leur propre sexe de plus près ou de jouer avec. Cela m’a donné à réfléchir ! Les sexes d’hommes sont partout, j’ai choisi de me concentrer sur celui des femmes – évidemment, c’est aussi parce que je les aime.

    Diriez-vous qu’il existe dans votre travail une rencontre entre crudité et innocence ?

    Oui, ça me rappelle ce que quelqu’un a dit de moi : « son travail est entre l’innocence perverse de dessins d’enfants sortis d’un camp de réfugiés, et le nihilisme d’un adulte qui en sait trop long pour croire en quoi que ce soit. »

    Comment travaillez-vous avec les galeries ?

    Ce sont elles qui viennent vers moi, et je les vois comme des boutiques où je vends des produits. Des dessins, des photos, des objets… Comme les souvenirs dans les boutiques des musées.

    Vos prochains projets ?

    Aller surfer.

    Sophie Pujas

     
     
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