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    Cartes blanches à Yan Pei-Ming et Pierre Buraglio – Galerie des Gobelins

    6 septembre 2012
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    mobilier national

    Yan Pei-Ming, dans un triptyque au format spectaculaire, montré pour la première fois à Paris, s’inspire du thème de la crucifixion.

    Pierre Buraglio, pour sa part, réalise des œuvres intimes questionnant les thèmes de l’Ancien Testament. La signification du texte biblique refait surface dans une interprétation contemporaine qui s’appuie sur la réduction du format.

    Les deux artistes reprennent ainsi chacun à leur manière la question du format et de la destinée humaine qui est présente dans l’exposition Poussin et Moïse. Histoires tissées (depuis mai 2012) actuellement à la Galerie des Gobelins. La peinture de Poussin, intime, et de format modeste, a été transposée pour former un imposant style narratif et décoratif dans le cadre de la commande des tissages aux Gobelins vingt ans après sa mort.

    Peintres modernes et contemporains, tous prenant appui sur la Bible, de manière directe ou détournée, dialoguent à travers le temps.

    Carte blanche à Yan Pei-Ming, Nom d’un chien ! – Un jour parfait

    Yan Pei-Ming est un peintre et, comme il se doit, il utilise la couleur pour représenter un sujet. Dans cet apparent travail traditionnel, (du point de vue de l’art occidental), l’artiste a su tirer bénéfice de son origine chinoise. La bichromie, mais surtout la texture de la matière picturale, constituent le fondement de son art. Plus précisément, ses sujets sont indissociables du matériau : les paysages, les portraits, les scènes représentés sont comme de la glaise, imprégnés par la couleur, fixés à jamais dans la pâte. Pei-Ming a jusqu’à présent représenté des sujets qui s’incarnaient dans la couleur, comme soudés l’un à l’autre, la couleur emprisonnant le sujet, le recouvrant comme un voile de matière.

    Or, dans Nom d’un chien ! – un jour parfait, Yan Pei-Ming innove à double titre. Le personnage représenté émerge de la couleur. Il est en lévitation, suspendu, aérien, sans support, perdu dans l’étendue de la couleur. C’est une œuvre de rupture, nouvelle dans la production de l’artiste. Est-ce lié au sujet représenté ? L’artiste a souvent interrogé la figure du condamné à mort, de cet instant suspendu où la vie attend la mort. Dans cette suspension du temps, l’artiste exprime révolte et renoncement, refus et acceptation, point fermé, tête renversée et bras ouverts, tête abandonnée. Telles les allégories de la Renaissance qui représentaient les âges de la vie, Pei-Ming traduit ces deux moments de la vie, sursaut, force vitale et déchéance, inertie de la fin. Ici, le trouble provient de l’absence de référence clairement visible : sommes-nous devant un condamné, devant le Christ sur la croix, avant d’expirer ? Ou sommes-nous en présence d’un acte de sursaut ? De défiance face à la vie ?

    Le format n’y est pas pour rien. La hauteur démesurée du triptyque, comme certaines des tapisseries présentées dans l’exposition des Gobelins (Poussin et Moïse : histoires tissées) théâtralise le temps suspendu. L’artiste est un habitué du gigantisme, mais ici, autre innovation, il déploie la scène en verticalité et non en horizontalité, comme dans ses productions précédentes.

    Le spectateur assiste à une dramaturgie, devient acteur d’un temps à la fois décomposé et suspendu. La composition en trois panneaux construit cet enchevêtrement et la taille de l’œuvre écrase l’observateur, tout en relevant le doute de la question posée par l’artiste : condamné ou en quête de plénitude ?

    Carte blanche à Pierre Buraglio, D’Après…Autour…Avec…Nicolas Poussin (et Simon Vouet) aux Gobelins

    L’exposition « Poussin et Moïse : histoires tissées » dans la Galerie des Gobelins est l’occasion d’inciter Pierre Buraglio à travailler d’après les maîtres et notamment autour de Nicolas Poussin et Simon Vouet.

    Si le peintre s’est déjà confronté à Nicolas Poussin, par le dessin (L’Automne, musée du Louvre, et Orion aveugle se dirigeant vers le soleil levant, M.E.T., New York) et par l’écrit (Le Pêcheur à la ligne (Notes éparses sur Nicolas Poussin réunies l’hiver 2002), Michel Chandeigne, 2003), c’est la première fois qu’il reçoit une invitation singulière : les dessins qu’il propose font le chemin inverse des œuvres montrées. Pour la réalisation de la tapisserie, les liciers partent du dessin, puis de la peinture à l’huile pour finir par le tissage. Il y a donc dans ce processus une transposition de médium, du graphisme à la fibre.

    Pierre Buraglio, pour cette exposition, part du résultat tissé pour remonter à la source du trait. Son souci, à l’instar de Matisse, semble un pari : « […] j’espère arriver à perdre pied ». Dans ce processus, il s’est rendu devant les œuvres, en se confrontant à la grandeur des tissages. Par la suite, grâce à Pierre Buraglio, D’après…Poussin-Orion aveugle, 2001-2002, crayon ; photo : Alberto Ricci des reprises selon différents modes en atelier, il tente de rendre dans la taille réduite de l’esquisse certains épisodes de l’histoire de Moïse. Ce jeu des formats – tout en précisant que Nicolas Poussin avait une prédilection pour la taille intime de ses huiles sur toile – a pour enjeu la question de la réduction : telle une musique, Pierre Buraglio s’exercera à réduire l’étalement des scènes réalisées en tapisserie.

    Le peintre a également recours à l’impression numérique (au Studio Bordas) pour réaliser quelques « Variations » sur des supports différents, suivies de rehauts et des montages manuels. Ces travaux sont présentés sur des supports originaux disposés dans la galerie en regard des scènes de la vie de Moïse tissées. Dans un premier temps, avec Arnauld Brejon de Lavergnée et Marc Bayard, ont été privilégiés quelques œuvres caractérisées par leur force plastique. Pour aller plus avant, le peintre a choisi certains épisodes pour la permanence et l’actualité qui recèle à ses yeux les thèmes présents dans le récit de L’Exode, notamment Moïse sauvé des eaux : l’artiste y voit, selon ses propres termes, « un enfant juif sauvé par un Juste ».

    Quant à la scène du Veau d’Or, le peintre y décèle les nouvelles idoles du nihilisme consumériste. Il s’arrête également sur l’imbrication des gestes et des corps dans Moïse enfant foulant la couronne de Pharaon : la violence est affaire de représentation, d’imbrication des formes, d’ordonnancement du désordre. L’œuvre de Simon Vouet (Le retour de Jephté) a également retenu l’attention de Pierre Buraglio, en raison du défi à la couleur et du thème : l’imprudence de Jephté, qui avait voué à l’holocauste la première personne rencontrée (ce sera sa fille).

    Cartes blanches à Yan Pei-Ming et Pierre Buraglio – galerie des Gobelins

    Direction artistique de la Carte blanche : Marc Bayard

    Du 15 octobre 2012 au 20 janvier 2013
    Ouvert tous les jours sauf le lundi de 11h à 18h

    Galerie des Gobelins
    42 avenue des Gobelins 
    75013 Paris

    www.mobiliernational.fr

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