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Exposition « Talismans » – Fondation Calouste Gulbenkian

Solène Chaillat 27 février 2018
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Le désert entre nous n’est que du sable, prend la forme de l’exposition, de conférences, de performances et de projections. Ce projet s’organise autour de trois axes: l’incommensurabilité du temps après la crise, la réparation et le talisman. Ces approches donneront lieu à un programme de conférences et à une publication.

La réparation démarre avec un constat : les réponses se situent dans des témoignages singuliers. C’est souvent à la lumière de ceux qui ont survécu aux chocs de l’adversité que se dresse la forme de nouvelles réalités possibles.

Dans cette exposition on considère l’apocalypse comme possiblement derrière nous, tel que le décrit le shaman Yanomami Davi Kopenawa dans son livre La chute du ciel. Ce concept est lié à l’idée d’effondrement interne ou à l’histoire d’un peuple qui doit survivre à la destruction et peut s’étendre aux survivants de désastres nucléaires.

Le talisman ici, c’est le lien entre les éléments hétérogènes qui ont un sens particulier pour celui qui les compose. C’est plutôt dans sa dimension d’objet composite que par sa nature ésotérique que cet objet nous intéresse. Ce n’est pas non plus sa capacité de domination sur les personnes au nom de la superstition qui justifierait des actes d’oppression et de violence. C’est sa capacité à créer des histoires, des liens qui aident l’individu à gérer le monde et à créer des mondes. Le talisman est dans notre contexte un prétexte pour prendre un concept d’objet non occidental comme origine à une réflexion sur l’art, un objet qui a une valeur discutable, un effet instable, qui n’est pas forcément contrôlable par les forces du pouvoir et qui, par sa nature, a la capacité de circuler avec ses propriétaires. Avec cette circulation, ses lectures, les sens qu’il produit se transforment.

En cela, le talisman qui nous intéresse établit un rapport entre les choses, il donne une force à celle ou celui qui en a besoin, parce qu’il porte avec lui un sentiment d’appartenance ou d’identification, de projection dans le présent et le futur, qui n’est autre que la capacité de projection du sujet et de ses propres ressources. Toute société a ses fétiches, même notre société occidentale postindustrielle, ce que Bruno Latour, Philippe Pignarre et Isabelle Stengers ainsi que Tobie Nathan ont pu explorer dans leurs écrits. Le talisman dans ce contexte aujourd’hui est souvent un objet qui appartient à des membres de communautés minoritaires, qui doivent se battre pour avoir une place dans le monde ou un sens d’agentivité. Dans certains pays où leur usage est plus commun, parfois toléré, les talismans échappent au pouvoir des religions officielles. Ce sont aussi des invocations, et des poèmes en matière, un palliatif au sentiment d’impuissance, un réconfort, un rappel que même si on ne se sent rien, on peut saisir une force, telle que celle à l’intérieur de soi et la régénérer.

Ce projet a pour fondement théorique une lecture empathique qui recueille les vecteurs et les forces d’attachement, d’effondrement, de détournement, et de retournement, à partir de propositions artistiques, et d’un rassemblement de corpus d’idées. A été essentielle dans sa conception la recherche de théoriciens tels que Boris Cyrulnik, Eve Kosovsky Sedgwick, d’artistes tels que Kader Attia et de poètes comme Adonis.

[ Source : communiqué de presse ; visuel : Isabelle FerreiraPétales (#6 – Diptyque), 2016. Courtoisie de l’artiste. Photo : Rebecca Fanuele]

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