Faust, une légende allemande – Théâtre du Châtelet
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Faust, une légende allemande (1926) Murnau – Zygel Le 21 septembre 2014 Théâtre du Châtelet |
Le 21 septembre 2014
« J’aime le mythe de Faust, cet homme qui refuse les limites de l’être humain et le passage du temps. Mais le Faust de Murnau n’est ni celui de Goethe, ni celui de Gounod, ni même celui de Berlioz. C’est par amour, et pour soulager ses prochains frappés par la peste, qu’il cède à la tentation satanique. Ses remords, sa faiblesse, son tourment le rendent terriblement émouvant et proche. On aimerait le prendre dans nos bras, et sa rédemption finale nous apaise. Les musiciens sont tous hantés par ce mythe. Et c’est pour défier le passage du temps que nous composons, espérant que nos œuvres soient encore jouées des années après notre mort… » Jean-François Zygel Compléments De tous les réalisateurs qui s’attaquèrent au personnage célèbre, c’est bel et bien Murnau qui sut le mieux transposer le mythe faustien à l’écran. Son film est «peut-être bien le chef-d’œuvre du cinéma de caractère fantastique et légendaire. La traduction du thème faustien n’est ni dans le développement de l’histoire ni dans quelque philosophie verbale, mais dans une composition plastique d’une extraordinaire beauté. Le mouvement des formes, le jeu des ombres et des lumières, les décors, tout ici a valeur de signe et de symbole». (Jean Mitry) C’est à l’évidence l’un des films les plus ambitieux de l’histoire du cinéma tant sur le plan thématique que formel. Murnau, dans son dernier film allemand, a voulu dépeindre l’affrontement de Dieu et du Diable, de la lumière et de l’obscurité, de l’homme et des forces occultes, grâce à une utilisation maximale des pouvoirs du cinéma dans des domaines de l’espace, de la photographie, de l’interprétation. [… ] Toutes les ressources du clair-obscur sont employées ici pour faire vibrer ces espaces et pour qu’à la place d’une expression trop simpliste, schématique et manichéenne des grandes luttes qui façonnent l’univers, surgissent une succession de visions magiques où la lumière et l’ombre s’enlacent, s’empoignent, se mélangeant selon des rapports de forces plastiques et dynamiques toujours changeants et imprévisibles. L’interprétation est dominée par Emil Jannings composant un Méphisto rond, lourd, épais, truculent, glabre, lubrique et ludique, plus proche des représentations nordique et scandinaves du diable [… ] que de ses incarnations italiennes et méditerranéennes, en générale élégante, barbues et longilignes. Dans plusieurs séquences, le grotesque fournit, comme souvent chez Murnau, un contrepoint au tragique et au lyrisme morbide qui émanent, par exemple à la fin du film, de la figure émaciée, de la silhouette élancée et gracile de la débutante Camilla Horn. Dictionnaire du cinéma par Jacques Lourcelles, ed Bouquins / Robert Laffont |
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