Filer la mémoire : deux femmes, deux récits entremêlés à la Sainte Anne Gallery
Valentine Prissette, "Rosalie's handkerchiefs" © Nicholas Opfermann
La Sainte Anne Gallery réunit deux générations de femmes pour l’exposition “Threads”, dans le IIᵉ arrondissement de Paris. Les artistes Béatrice Kohler Starakis et Valentine Prisette forment un Duo Show tendre, à la frontière de l’intime.

Vue d’exposition Threads © Nicholas Opfermann
Un dialogue intergénérationnel
Béatrice Kohler Starakis, née à Athènes en 1938, et Valentine Prissette, née à Libourne en 1998, entretiennent toutes deux un rapport intime au textile et créent des œuvres empreintes de mélancolie. Les deux artistes produisent des objets fragiles, modelés par les aspérités du temps. Valentine collecte et réutilise des objets porteurs d’un vécu, tandis que Béatrice fabrique des sculptures de papier qui semblent avoir été transformées par l’érosion du temps.Valentine est encore en pleine construction de sa pratique, tandis que Béatrice présente le travail d’une vie. Deux regards et deux temporalités différentes sont réunies au sein d’un même espace.
- Béatrice Kohler, vue d’expo © Nicholas Opfermann
- Valentine Prissette, vue d’expo © Nicholas Opfermann
La simplicité du geste

Valentine Prissette, “Crown thief, pour beaks” © Nicholas Opfermann
Béatrice compose des petits paysages intimes qui saisissent par leur sincérité. Ses œuvres évoquent des fleurs fanées, dont chaque pliage et chaque ligne peuvent se lire comme une trace : le sillage d’une larme, une cicatrice, le creux d’une ride, une fissure…autant de signes du temps qui glisse sur la peau.
Ainsi, le travail de l’artiste est un journal intime sans mots, dont la délicatesse bouleverse. En assumant pleinement cette fragilité, elle affirme un art vivant et non immuable : le papier s’effrite doucement, comme les souvenirs qui s’étiolent.
La justesse et la pureté de ses sculptures de papier rappellent que la vie est éphémère, et que même la mémoire est vouée à s’altérer.

Béatrice Kohler Starakis, “Sans titre 6” (1980) © Nicholas Opfermann
Un héritage de femme à femme
Valentine a d’abord hérité des draps de sa grand-mère, puis de ceux de Micheline, une femme rencontrée dans une brocante. Depuis, elle poursuit cette démarche : elle récupère les draps d’autres personnes et noue, à travers eux, de nouveaux liens. Valentine puise dans le quotidien domestique, ce qui confère à son art une intimité absolue. Des femmes lui lèguent les draps dans lesquels elles ont dormi. Ainsi, le tissu conserve la mémoire du corps et devient, à son tour, un corps vivant. L’oeuvre de Valentine est un art de la transmission.
Laissez-vous envelopper par l’atmosphère feutrée de la Sainte Anne Gallery et vivez une expérience au cœur des œuvres.

Valentine Prissette, “Joe’s grandmother’s nap” © Nicholas Opfermann
Anaïs Pedro
Articles liés

« Dans le couloir », un duo sublime au bord de la vie
Au Théâtre Hébertot, Christine Murillo et Jean-Pierre Darroussin sont deux octogénaires qui voient revenir, à leur grande surprise, leur fils âgé de cinquante-ans. La pièce est signée Jean-Claude Grumberg, qui a cousu des personnages pour ces acteurs magnifiques, dirigés...

Deux femmes sur scène pour “La fin du courage” de Cynthia Fleury au Théâtre de l’Atelier
« Première règle. Pour reprendre courage, il faut déjà cesser de chuter. Deuxième règle : il faut accepter de prendre son temps. Troisième règle : Il faut chercher la force là où elle se trouve. Quatrième règle : faire...

“Cyrano, rêver, rire, passer” : Jacques Weber interprète le célèbre personnage au théâtre La Pépinière
Jacques Weber traverse son histoire avec Cyrano de Bergerac. Avec José, son répétiteur, ami, habilleur, assistant, psy, ensemble ils disent racontent et jouent Cyrano. Ils interprètent, à eux deux, la si célèbre pièce d’Edmond Rostand ! En 1983, plus...







