L’artiste Madame inaugure le M.U.R. Bastille
Tous à Bastille pour la Saint-Valentin, pour commencer en délicatesse et poésie, cette programmation du nouveau M.U.R. Bastille : “modulable, urbaine et réactive”.
Elue par L’Œil l’une des 50 artistes du XXIe siècle, Madame est une collagiste maniant l’image aussi bien que le langage. Ces œuvres, poétiques et spirituelles, déclinent sur les murs de la cité une histoire de nos relations humaines dans ce qu’elles ont de plus intimes mais aussi de plus universelles. Entre maximes et mises en garde, les petites phrases qui jalonnent ses oeuvres ont valeur d’oracles. Toujours bienveillantes, souvent malicieuses, elles enchantent ses assemblages d’images et en constituent l’articulation même. Les oeuvres de Madame offrent des réparties à nos vies.
L’œuvre : “Et l’on boira le calice jusqu’à la lie pour enfin se repaitre de la vie”
Etrange étreinte à laquelle se livre ce couple hybride. De l’homme on ne verra qu’un dos qui se termine en une toison féline. Sa tête, dans une révolution contorsionniste, nous fait face sous le masque d’un tigre. D’elle, on peut admirer le visage aux yeux clos et ses membres élastiques qui enlacent le corps de l’aimé. A lui le pelage, à elle le plumage. De cette embrassade fusionnelle nait une métamorphose des corps ; l’amour est animal. Cependant, les flèches qui transpercent ces deux êtres ne sont pas celles d’Eros mais de Saint-Sébastien, martyr et guérisseur, invoqué pour éradiquer la peste. Piqués au vif, bravant les interdits et les gestes barrières, ces amants d’une nuit fauve, s’embrassent pour mieux s’étreindre. Leurs larmes de sang perlent à chaque impact, exsudant le mal, éloignant l’épidémie. Prophétique, Madame nous assure qu’un jour cessera toute cette agitation. Auréolés d’or, ces saints profanes d’une société moderne, accomplissent un syncrétisme. Si leur hybridité nous vient des tréfonds de l’Antiquité, ils empruntent leurs attributs à l’iconographie chrétienne et héritent leurs postures des cadavres exquis surréalistes.
Confectionné à partir d’images du passé, l’art de Madame est résolument contemporain. Il sonde, interroge et met en abyme nos modes de vie, nos façons d’être, nos aspirations et nos envies. Image et langage sont intimement liés. Son usage de la langue sert d’articulation à ses subtils collages. La rue lui offre la scène du théâtre de nos vies où elle nous donne la réplique. C’est une Bastille nocturne et festive qu’elle célèbre ici. Celle des bars et des bals, des rues de Lappe et de la Roquette. Mais ici nulle nostalgie. Les temps heureux sont temporairement suspendus. Madame nous incite à garder espoir car la parenthèse sanitaire bientôt se refermera.
[Source : communiqué de presse]
À lire également sur Artistik Rezo : “Figures de graffeuses” : la suite attendue de “Graffeuses”, par Audrey Derquenne et Élise Clerc
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