Le Temps et la chambre : une dislocation réussie à La Colline
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Le Temps et la chambre De Botho Strauss Mise en scène d’Alain Françon Avec Antoine Mathieu, Charlie Nelson, Gilles Privat, Aurélie Reinhorn, Georgia Scalliet (de la Comédie-Française), Renaud Triffault, Dominique Valadié, Jacques Weber, Wladimir Yordanoff Jusqu’au 3 février 2017 Du mercredi au samedi à 20h30 Le mardi à 19h30 Le dimanche à 15h30 Tarifs : de 8 à 30 € Réservation au Durée : 1h30 La Colline M° Gambetta |
Les êtres humains sont dispersés en un petit espace perdu dans l’immensité du monde : la thématique de la pièce de Botho Strauss parle du non-sens de la matière humaine, hissé par Alain Françon en une dislocation réussie. Cette pièce phare du théâtre contemporain s’ouvre sur une chambre où deux hommes dont on ne sait rien, ni âge ni passé, ni même ce qui’ils font là, seront rejoints par une jeune femme aperçue par la fenêtre et nommée Marie Steuber. D’autres hommes et femmes vont ensuite se mêler à eux dans un vertige étrange et captivant, vertige de croisements existentiels, d’échanges impossibles et de rencontres aussi insaisissables que l’écoulement du temps. La chambre flotte sous des lumières changeantes et le monde extérieur qui arrive par trois hautes fenêtres sur la gauche interfère mystérieusement sur l’espace du plateau. Julius et Olaf, ici immenses Jacques Weber et Gilles Privat, semblent trôner comme deux rois désorientés dans leurs larges fauteuils de cuir. Leurs dialogues discontinus surfent sur la cassure des souvenirs et du présent, hors de toute intrigue classique. Aussitôt démarrée, la combinaison intemporelle entre rêveries, mémoire et fantasmes ne cesse de progresser et l’atmosphère emporte le spectateur dans un désordre feutré qui rend la mélancolie foisonnante. Marie Steuber, qu’interprète avec grâce Georgia Scalliet, entame une suite de scènes qui font intervenir des patrons, des coursiers, des amants, des amoureuses, tous autant les uns que les autres égarés dans ce labyrinthe aux faux airs d’appartement. Dérisoires et gigantesques particules, les êtres qui se rencontrent sur le plateau errent à travers le non-sens, mais leur verbe – ou celui de Botho Strauss –, ainsi que leurs mouvements, leurs regards, leurs gestes, tissent imperceptiblement autour d’eux le voile inestimable de ce qui constitue l’humain.
Emilie Darlier-Bournat
[Photos © Michel Corbou] |
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Jusqu’au 3 février 2017
Alain Françon donne à l’absurdité une couleur aussi vive que celle du rouge qui tapisse la chambre ainsi que la colonne centrale. Il rend palpable le caractère désespérément aléatoire de l’existence tout en le recouvrant d’une nappe sensuelle, attachante, très drôle quelquefois et même baignée d’espoir. À partir de ces multiples fragments de vie, il compose une impossible histoire, décousue et cependant émouvante. Pour cela, il s’est entouré de comédiens lumineux, outre ceux déjà cités, Dominique Valadié, Wladimir Yordanoff, tous parvenant à revêtir la déconstruction initiale d’une sensation qui jette envers et contre tout sur ce grand vide une persistante et belle humanité.





