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    Stabat Mater, au Lucernaire

    17 mai 2010
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    Stabat_mater_Lucernaire

     

    La maternelle et gouailleuse révolte de Marie dénonce violemment l’arbitraire d’une justice dévoyée par la raison d’Etat. Tarantino, homme touche à tout, délaisse l’image traditionnelle du Nouveau testament pour revisiter le mythe chrétien avec fougue et rage, soutenu par une actrice, Annie Mercier, qui bouleverse et subjugue, accomplissant une performance époustouflante… Les propos de Stabat Mater sont forts, dérangeants sans doute pour beaucoup, cruellement quotidiens pour d’autres. Un renvoi à l’amour maternel pour tous.

     

    Stabat mater est une séquence, pièce de la liturgie catholique romaine, évoquant la souffrance de Marie lors de la crucifixion de Jésus Christ. C’est la mère qui se tient debout devant la douleur. C’est un texte puissant d’Antonio Tarantino, qui déverse, au rythme diabolique de la répétition au hachoir, l’impuissance, la cruauté d’une vie, le désespoir que personne n’entend, que personne n’écoute car il met mal à l’aise. C’est Marie, cette femme disgracieuse, mangée par la vie des bas-quartiers de Turin. Cette ancienne prostituée à qui on a refusé l’amour, à qui on a donné puis repris un fils, cette femme qui contemple sa solitude misérable avec un désarroi, une vague de panique et parfois une surprise hagarde insoutenables.

    Tarantino nous renvoie avec brutalité et impudeur un texte qui a le goût du réel, de ce réel que chacun porte en soi en puissance, de se faire avoir par la vie.

    Une mise en scène qui sort des entrailles mêmes du texte, évoque une cuisine de rez-de-chaussée, avec sa table en formica et sa cafetière italienne, ses interludes musicaux faussement joyeux, qui ne font qu’accentuer les thématiques de la solitude et de la misère silencieuse.

    La voix sifflante d’Annie Mercier, tonitruante parfois, glace le sang dès les premières minutes. Le souffle lourd, la taille épaisse, la blouse passée, elle est majestueuse, et personnifie la douleur d’une femme qui a perdu sa beauté, d’une mère qui a perdu son fils. Une violente spontanéité se manifeste alors dans ce flot de paroles mêlant à des références religieuses injures, obscénités et jargon provincial.

    Une femme qui demande peu, et qui n’a rien. C’est un monologue à verser des larmes d’impuissance devant celle qui en symbolise tant d’autre. La reprise du thème religieux lui donne une dimension de martyre, tandis que le spectacle dans son ensemble, le langage utilisé surtout, nous offrent une réalité cruelle. De ces femmes dans l’ombre dont on parle si peu, dans la vraie vie ou au théâtre.

    Un spectacle troublant, donc, dans lequel les mots vomis par Annie Mercier transpercent les entrailles grâce à une plume sincère et sans pitié pour le spectateur.

     

    Sophie Thirion
     

     

    Stabat Mater

    D’Antonio Tarantino

    Avec Annie Mercier

    Mise en scène : Eric-Gaston Lorvoire

    Traducteur : Michèle Fabien

    Décor : Alain Denize

    Lumières : Christian Mazubert

     

    A partir du 10 Mars

    Du Mardi au Samedi à 21h30

     

    Théâtre le Lucernaire

    53, rue Notre Dame des Champs

    75006 Paris

    Métro Notre-Dame des Champ (ligne 12)

    www.lucernaire.fr

     

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