0 Shares 494 Views

Catel, l’illustratrice des femmes clandestines de l’histoire

Rencontre avec Catel, célèbre illustratrice de BD dédiées aux femmes ayant marquées l’histoire. Avec José-Louis Bocquet, ils forment le duo le plus connu de la bande dessinée féministe.

Quel est votre parcours professionnel et artistique?

Je m’appelle Catel Muller, dessinatrice et illustratrice, diplômée des Arts décoratifs de Strasbourg. J’ai débuté ma carrière en publiant des albums pour enfants. J’ai fait plus d’une cinquantaine d’ouvrages illustrés. J’ai dessiné également pour L’Encyclo des filles chez Plon. J’ai commencé pour la première fois à m’adresser aux adultes en 2000 avec la série, Un gars une fille, puis la série Lucie, c’est comme ça que j’ai dirigé mon intérêt pour la bande dessinée féministe. J’aime travailler sur des sujets contemporains et aussi historiques.

Comment procédez-vous avec José-Louis Bocquet lorsque que vous créez une BD ?

Pour commencer nous choisissons ensemble le sujet de la BD. Ensuite José-Louis Bocquet commence par la documentation, c’est-à-dire à rechercher et lire les biographies qui sont parues sur le personnage. Puis, nous partons tous les deux en repérage, les lieux fréquentés et emblématiques du sujet. Par exemple pour la BD sur Joséphine Baker nous sommes allés aux États-Unis sur les traces de son enfance, de ses spectacles ou au Casino de Paris, à Monaco… Ensuite, José-Louis écrit tout le scénario de la BD, et dès qu’il a terminé nous établissons un story-board, c’est le découpage du livre en dessins. José-Louis me raconte l’histoire qu’il a écrite et je dessine au fur et à mesure qu’il me raconte. Par la suite, je dessine tout au crayon de papier puis je passe à l’ancrage où je reprends mes coups de crayon d’un seul trait à l’encre de Chine.

Quel est le plus beau souvenir de ta carrière pour le moment ?

J’en ai plusieurs, d’un point de vue strictement professionnel, nous avons reçu José-Louis Bocquet et moi, le prix du public pour la BD Kiki de Montparnasse au festival d’Angoulême, et ce fut un moment formidable car nous n’avions jamais pensé que ce livre remporterait un prix aussi prestigieux.

Une rencontre qui m’a aussi énormément touché fut la rencontre avec un des fils de Joséphine Baker, Jean-Claude Bouillon Baker. Avec José-Louis, nous avions depuis longtemps envie de faire une BD sur la vie de cette artiste mais nous trouvions que nous n’avions pas la légitimité de le faire en tant que “blancs européens”. Nous étions persuadés que c’était un personnage important et primordial dans notre oeuvre, mais nous ne savions pas comment aborder ce sujet. Puis Jean-Claude m’a appelé et m’a dit quelque chose de tout à fait formidable “ma mère ne voyait pas les couleurs, ce qu’il faut c’est quelqu’un qui sache dessiner, qui sache raconter” et nous nous sommes lancés dans cette aventure à dessiner la vie de cette merveilleuse artiste.

Vous avez sorti une série de BD où les personnages principaux sont toujours des femmes, héroïnes de l’histoire, pourquoi ?

Quand je me suis demandée ce que j’avais envie de transmettre dans ma vie d’illustratrice, j’ai compris que je voulais m’inspirer et travailler sur des modèles féminins. Nous manquons cruellement de références féminines, que ce soit dans la fiction mais aussi dans la vie, dans l’actualité. Je me suis rendue compte que dans les livres d’histoire, il y avait très peu de modèles féminins, alors que beaucoup de femmes ont fait des choses incroyables et ont même changé le cours de l’histoire.

Nous avons donc choisi des artistes méconnues, ou plutôt mal connues, la première a été Kiki de Montparnasse. Elle a posé pour Man Ray, elle est devenue l’icône du surréalisme. Le violon d’Ingres est la photo la plus vendue au monde mais pourtant personne ne sait qui était Kiki. Puis Olympe de Gouge, l’une des premières féministes du 18ème siècle, qui a écrit les droits de la femme et de la citoyenne, l’auteure de la phrase “les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits”. Nous sommes très fiers car depuis la BD, Olympe rentre dans les livres d’histoire. Pour finir sur la BD dédiée à Joséphine Baker, nous voulions montrer au delà de ses danses avec sa ceinture de banane, les combats qui ont accompagné sa vie, la tolérance, la lutte contre le racisme, la fraternité et l’égalité. Nous appelons ces femmes, des clandestines de l’Histoire.

Quel est votre prochain projet ?

Notre prochaine BD sera sur Alice Guy, qui est la première réalisatrice de l’histoire du cinéma. Elle a fait plus de 500 films et a fondé la société Gaumont avec Léon Gaumont. Elle aussi a totalement disparu des livres d’histoire et de cinéma, nous faisons également un film pour Arte sur sa vie.

Propos recueillis par Clara Bouillon.

Articles liés

Les révolutions du cinéma
Cinéma
133 vues

Les révolutions du cinéma

À l’image du cinéma avant-gardiste des générations d’après-guerre, le cinéma est plus que jamais engagé : il donne une nouvelle vision du monde pour changer le regard du spectateur. Réalistes, humanistes, provocateurs ou satyriques, les films se font l’échos...

Jérémie Thomas : “Le spectateur d’une œuvre d’art a son mot à dire, il la fait vivre”
Art
191 vues

Jérémie Thomas : “Le spectateur d’une œuvre d’art a son mot à dire, il la fait vivre”

Jérémie Thomas ne transmet pas l’art visuellement mais émotionnellement. Dans son podcast “Sens de la visite”, il interroge des personnalités complètement différentes et leur demande de décrire, de raconter les sensations qu’elles ressentent face à l’art. Aujourd’hui, c’est lui...

Agne Jonynaite “Plus personne ne sait comment les vêtements sont fabriqués”
Art
154 vues

Agne Jonynaite “Plus personne ne sait comment les vêtements sont fabriqués”

Designer textile lituanienne, elle se lance dans une entreprise créative qui allie mode et durabilité. On vous emmène à la rencontre d’un projet authentique et actuel. Quel est ton parcours dans le monde de la mode et du textile ?...