Éloïse Labarbe Lafont, vérité et rêve à travers “American Album”
crédit photo : Léa Millet
À l’occasion de son projet American Album, Éloise Labarbe Lafont nous a présenté son travail à la Polka Galerie à Paris. Elle confectionne un univers insaisissable, romantique et peut être même dans un univers un peu Female Gaze…
L’artiste Éloïse Labarbe Lafont fut mise à l’honneur à la Polka Galerie jusqu’au 25 octobre dernier, avec son projet American Album. Celui-ci ayant répondu à la nécessité, comme elle le confie dans une interview accordée à Vogue, “de prolonger la réflexion amorcée avec Chambre 42″. Réalisé en 2024, ce projet mettait en scène l’artiste quarante-deux fois dans autant de chambres d’hôtels américaines. C’est de cette exploration qu’est née American Album : une véritable maïeutique artistique, un projet ayant donné naissance au suivant.
Insaisissable… voici ce qui m’est venu à l’esprit lorsque j’ai contemplé pour la première fois ces œuvres. Ces photos-peintures s’inscrivent dans le prisme du rêve, même du songe, puisque celui-ci semble être vécu mais demeure tout de même insaisissable. Inspirée du road movie, l’artiste nous emmène dans sa cavale amoureuse sillonnant les terres Américaines en évoquant des moments du quotidien. Le contemplateur est alors plongé dans une authenticité mentionnant les besoins nécessaires de l’humain: manger, se laver et aimer toujours. Le folklore américain imprègne ces étendues désertiques dont le calme évoque un futur apocalyptique. Il se manifeste également dans l’apparence des protagonistes, coiffés de chapeaux et chaussés de bottes de cow-boy, mais aussi dans ces espaces du quotidien tels que les diners et les chambres d’hôtels où se rejoue tout un imaginaire collectif propre aux États-Unis. Les deux amants semblent n’être présents qu’à travers leur quête énigmatique, leurs corps apparaissant souvent spectrales. Ainsi, l’artiste nous suggère des souvenirs aussi vrais que rêveurs et c’est ainsi qu’on pourrait penser qu’elle travaille: par conversation.

© Léa Millet
Son œuvre nait d’un dialogue entre photographie argentique et peinture. Aucun choix n’est fait, les deux co-existent et créent une passerelle hors du commun se situant entre réalité et fiction. Ses photos argentiques en noir blanc témoignent d’une réalité qui est transcendée, dépassée par la couleur. Elle mêle deux médiums pour ré-écrire l’histoire. La sélection chromatique, par sa résonance universelle orchestre l’immersion du spectateur, déclenchant ainsi un processus d’interprétation. C’est de cette expérimentation qu’un autre dialogue nait indéniablement, celui qui lie par une frontière infime l’objectivité de la photographie à la subjectivité de la peinture. La douceur de ses photos-peintures co-habite avec la tension du monde qui les entoure, de vastes étendues de terres tels des déserts qui renvoient une atmosphère presque apocalyptique. Une dimension romantique se perçoit, le paysage semble refléter l’état intérieur des deux amants seuls au monde. Les protagonistes ont l’air d’errer sur ces étendues de terres qui n’ont à offrir que du vide tout en étant en quête d’un idéal aussi énigmatique qu’insaisissable. Cependant, ils détiennent la liberté de vivre leur cavale amoureuse. Et c’est surtout ce que l’on retient du travail d’Eloïse Labarbe Lafont, son souffle de liberté.
Son œuvre traduit d’elle même qu’elle est une femme et artiste libre. C’est dans une approche élégante mais surtout authentique qu’elle se représente elle-même dans son travail. C’est une femme vue à travers les yeux d’une femme ce qui entraîne, peut être involontairement, une vague de female gaze. Ses photos-peintures font penser aux oeuvres d’une femme artiste bien connue des années 1920: Suzanne Valadon qui a su s’imposer dans un monde impressionniste d’hommes. Cette artiste du 20ème siècle fut l’une des premières à représenter le nu féminin à travers des scènes quotidiennes relevant de l’intime comme le moment du bain, sans y ajouter aucun artifice ni suggestion à la tentation ou à l’érotisme contrairement, elle appuie sur les traits des visages de ses modèles. Bambivader (pseudonyme Instagram de Éloïse LL) s’inscrit dans cette même dynamique, elle se représente nue, dans une simplicité honnête, flottant dans sa baignoire mais soutenant le regard sur l’objectif. C’est une extirpation de la nudité objet et une réhabilitation de la dignité humaine, à l’image du style de Suzanne Valadon. Le nu par sa présence traduit tout simplement le quotidien.
Ainsi, les photos-peintures d’Eloïse Labarbe Lafont par l’alliance des médiums nous invite sans cesse à converser avec nous-même et à rêver toujours un peu plus loin.
Où contempler son travail prochainement ?
À Paris photo au Grand Palais dès le 13 novembre jusqu’au 16 novembre.
Léa Millet
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