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Gala Vernhes-Chazeau : “Que reste-t-il lorsque l’on revient à l’essentiel ?”

Elise Arnaud 2 mars 2021
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Gala Vernhes-Chazeau

Gala Vernhes-Chazeau © Mathieu Faluomi

Gala Vernhes-Chazeau explore et questionne nos modes de vies à travers des installations immersives. Rencontre avec cette jeune artiste avant de découvrir son travail lors de l’exposition collective du Prix ICART Artistik Rezo 2021, pour lequel elle est candidate.

Peux-tu présenter ton parcours ?

Je sors tout juste des Arts Décoratifs de Paris où j’ai été diplômée avec les Félicitations du Jury en Scénographie. J’ai également fait un petit peu de Mode et Textile, mais aussi de l’Histoire de l’Art.

Quelle est ta démarche artistique ?

Pour l’instant ma réflexion m’a menée vers une critique de la façon dont nous suivons des désirs et des influences qui nous font aspirer à des modes de vie authentiques, sains et idéaux, alors qu’ils nous sont en permanence vendus et mis en scène. Je questionne donc ces nouveaux désirs qui sont également sources de frustrations. Ils se diffusent partout par le prisme des images, notamment sur les réseaux sociaux. Il s’invite chez nous, s’intègrent au plus profond de nos intimités. Je les mets en scène à travers des installations immersives qui sont vouées à nous saisir et générer des remises en question sur ce que l’on possède, sur ce que l’on souhaite, et surtout sur ce par quoi nous sommes influencés.

Ma pratique, elle, m’a davantage amenée à me questionner sur la valeur matérielle de l’objet, sa force formelle, son aspect, le rapport direct à l’espace dans lequel il se trouve. Finalement à l’inverse de ma réflexion qui me dirige vers des phénomènes de consommation, d’amoncellement, de collection, ma pratique se rapproche de la question de ce qu’il reste, quand on dépouille, quand on revient à l’essentiel d’un objet ou d’un espace.

Que souhaites-tu que le public retienne de tes œuvres ?

En général mes œuvres sont immersives. Ce sont des installations dans lesquelles on rentre dans le but de questionner le visiteur sur l’ensemble de ce qu’il possède et pourquoi il le possède. Le visiteur peut construire une pensée à travers la façon dont cette installation immersive va résonner à ses yeux.

 Quelle est l’œuvre (ou série) dont tu es la plus fière ?

En tant que jeune artiste, je commence ma pratique, mais B A L Buy A Life est l’œuvre, et aussi la série, dont je suis la plus fière. Cette œuvre m’a permis de résoudre des frustrations et de co-construire une pensée avec les visiteurs qui m’ont apporté très intuitivement leur propre vision. Cette installation m’a véritablement permis de faire le lien entre toutes les choses que j’avais réalisées jusqu’alors.

Gala Vernhes-Chazeau

Vue d’installation “B A L Buy A Life” © Mathieu Faluomi

Quelles sont tes références ?

Mes références proviennent à la fois d’artistes liés à l’art conceptuel et d’autres à un art plus contemplatif. J’aime tout particulièrement le travail de Rachel Whiteread, Edmund de Waal, Isabelle Cornaro. Je suis aussi très sensible aux formes de L’arte Povera, ainsi qu’à l’approche plus formaliste des œuvres de Lee Ufan et Robert Morris.

Sur quoi travailles-tu en ce moment ?

Comme je l’ai évoqué plus haut, je découvre aujourd’hui que ce qui m’intéresse dans le prolongement de mon travail est ce qui subsiste lorsque le temps avance, lorsque la période est passée. Je cherche tout particulièrement à dissoudre la mode et la tendance, ainsi qu’à disséquer l’objet : que se passe-t-il lorsque la couleur se délave, lorsque le vernis s’effrite, lorsque les parties les plus fragiles d’une mise en scène disparaissent ?

En parallèle de ma pratique je travaille dans un studio de muséographie. L’aspect archéologique de vestige – ce que l’on choisit de mettre sous vitrine – m’intéresse de plus en plus.

Gala Vernhes-Chazeau

Vue d’installation “B A L Buy A Life” © Mathieu Faluomi

Avec quel(s) artistes aimerais-tu exposer un jour ?

Évidemment avec ceux que j’ai cité plus haut ! Mais plus humblement, et de par mon apprentissage de la scénographie, je sais que les curateurs sont généralement bien placés pour associer notre travail à celui d’autres artistes que nous ne connaissons même pas encore. D’ailleurs, exposer son travail avec de nouvelles personnes s’avère extrêmement enrichissant car cela offre une nouvelle résonance à certains projets. Actuellement, je suis aussi en train d’affermir la présence du corps, et donc de la performance dans mes œuvres. C’est notamment pourquoi je fais partie du Collectif Partout, qui va très certainement m’amener à construire de beaux projets.

Qu’est-ce que « Demain(s) » t’inspire ?

Je crois que demain est un défi. Aujourd’hui tout ce qui nous arrive n’est pas forcément positif, mais je pense que le travail des artistes, même dans cette situation, c’est de s’adapter et d’inventer de nouvelles choses. Nous allons être face à plus de contraintes, de négativité et de morosité, mais c’est avec cette nouvelle matière que nous allons travailler. Il y a certainement de nouvelles règles à inventer, de nouvelles façons d’exposer, de danser, de performer et d’inviter. Je pense que beaucoup de choses vont changer dans le domaine artistique. Demain, c’est construire tout cela.

Propos recueillis par Elise Arnaud

Plus d’information sur le travail de Gala Vernhes-Chazeau

Suivez sa participation au Prix ICART Artistik Rezo

Exposition collective en ligne du 5 au 7 mars

Remise des Prix dimanche 7 mars à 15h30

Modalités d’accueil du public susceptibles d’évoluer en fonction des contraintes gouvernementales (précisions et mises à jour en ligne)

Un événement organisé par des étudiants de l’ICART, l’école du management de la culture et du marché de l’art

À découvrir sur Artistik Rezo :

Prix ICART Artistik Rezo 2021, de Vanessa Humphries

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