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Germain Ipin célèbre Mordillo

Nicolas Gzeley 27 décembre 2019
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Pour son intervention au M.U.R. d’Oberkampf à Paris, l’artiste Germain Ipin a réalisé une œuvre graphique et conceptuelle en hommage au dessinateur argentin Guillermo Mordillo, disparu au mois de juin dernier.

Les dessins de Mordillo font partie de l’inconscient collectif. Avec son trait tout en arrondis, ses décors colorés fourmillants de détails et ses personnages muets, l’artiste expatrié à Paris en 1963 a décliné mille et une saynètes avec une poésie, un sens de l’absurde et un engagement politique qui transcende les frontières.

Sur l’ancien panneau d’affichage publicitaire qui borde la rue Oberkampf, Germain Ipin trace de longues vagues roses qui s’échappent du cadre gris. À première vue, la fresque ne paye pas de mine. Mais, mise en perspective avec le dessin de Mordillo dont elle est inspirée, elle prend tout son sens et dévoile, avec l’humour sarcastique qui caractérise l’œuvre du dessinateur, une ode au droit à la différence et à la liberté d’expression.

“Ce dessin trône depuis mon enfance dans le salon de mes parents”, explique l’artiste. “Réalisé pour Amnesty International, il est resté gravé dans mon esprit et symbolise à mes yeux la liberté d’agir que j’ai trouvée dans le graffiti et plus généralement dans toute intervention artistique dans l’espace public. Cela faisait longtemps que j’avais envie de faire quelque chose en rapport avec ce dessin. Avec la mort de l’artiste l’été dernier et la proposition du M.U.R. au même moment, j’ai saisi l’occasion pour lui rendre hommage.”

Originaire de Reims, Germain Ipin s’installe dans les Bouches-du-Rhône au tournant du nouveau millénaire. Très vite, il s’éloigne des codes classiques du graffiti pour flirter avec le picto-graffiti, puis avec l’abstraction graphique où son esthétique épurée répond subtilement à l’architecture environnante. Son expérience au sein de la troupe circassienne Komplex Kapharnaum aiguise un peu plus son goût pour un art contextuel et performatif, comme en témoignent ses expérimentations intitulées Fat Poch, réalisées à l’aide d’un canon à peinture. Le plus souvent, les œuvres de Germain Ipin évoquent le désordre, déstructurant par le détail un motif ordonné. “La scène de Mordillo dont je me suis inspiré colle bien avec mes travaux actuels basés sur le motif”, raconte-t-il. “Ici, le désordre ou l’accident que je cherche habituellement est évoqué par le dépassement du cadre. Avec l’échelle et le pot de peinture que j’ai accroché en haut du mur, c’est un peu comme si Mordillo avait cette fois échappé à la police en s’échappant par les toits. Bon vent l’artiste !”

Nicolas Gzeley

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