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Jean-Guillaume Panis : “J’aime exprimer ma créativité au travers des autres”

Gabin Laurent 19 février 2021
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© Fabrice Bonnet

Rencontre avec le directeur du Hangar 107 à Rouen. Véritable homme à tout faire, Jean-Guillaume Panis incarne les lettres de noblesse du centre d’art contemporain, monumental, surprenant et décalé. 

Quelles sont vos missions au Hangar 107 ?

Elles sont très nombreuses. Je couvre tous les champs administratifs, logistiques, financiers et techniques. Un couteau-suisse.

Comment vous retrouvez-vous dans l’art contemporain ?

À l’origine, j’étais technicien du son. J’ai fini par tourner en rond au bout de huit ans. J’ai alors rencontré une peintre, Beth Anna. J’ai exposé son travail instinctivement, sans connaître le métier, dans un bar à Paris. Et ce fut une révélation. J’ai donc décidé de profiter de la formation professionnelle pour passer un MBA en management de projets culturels à l’EAC en un an. J’avais 29 ans à l’époque. C’est là que j’ai rencontré mon premier mentor, Yves Suty, qui avait une association de promotion des Arts Urbains, Artaq. J’ai donc découvert ce monde et, depuis, je n’ai pas décroché.

Comment avez-vous rencontré Nicolas Couturieux, actuel directeur artistique du 107 et commissaire d’exposition indépendant ?

Lors d’un événement complètement improbable. J’étais consultant au département fine art d’Epson à l’époque. Je travaillais pour Vincent Adam qui avait monté un très beau projet de démocratisation culturelle. J’ai ajouté par erreur Nicolas sur Facebook, le confondant avec un photographe qui avait un nom similaire. Et il a dû accepter sans réfléchir, voyant qu’on bossait dans des domaines très proches. Un jour je vois une publication de Nicolas qui cherchait des collaborateurs sur Paris. On s’est rencontré et on a vite aimé bosser ensemble.

Vous parlez beaucoup du côté humain. Le retrouve-t-on au 107 ?

J’aime exprimer ma créativité au travers des autres. C’est pour cela que ce métier me correspond, car je reste dans l’ombre. J’ai besoin de cet échange, c’est comme une drogue. Il n’y a pas que les artistes d’ailleurs qui me nourrissent. Tous les gens impliqués de près ou de loin dans le 107 me donnent l’énergie d’avancer. J’ai la conviction, contrairement au gouvernement actuel, que l’art est essentiel, car il est l’expression même de tout ce que nous sommes ; des actions les plus simples aux émotions les plus complexes. Étant sans cesse tiraillé par de multiples émotions, doté d’une grande sensibilité, je trouve une forme de stabilité grâce à mon métier, qui apporte aussi de nombreuses réponses à mes questions.

© Julien Tragin

Comment ce centre d’art se démarque-t-il des autres institutions culturelles et contemporaines de la région ?

La première chose qui nous démarquait à la création du centre, c’était notre indépendance financière vis-à-vis des pouvoirs publics. On n’a pas demandé de subventions pour démarrer. C’était une initiative privée. Le COVID a changé la donne et la Région Normandie nous a aidés à traverser la crise en 2020. Notre programmation est aussi très particulière, mais tout centre d’art peut revendiquer la même chose. En tout cas je m’efforce de proposer une façon de travailler très souple, en me concentrant sur les besoins des artistes qui viennent exposer ici. Il faut que ce soit un moment important dans leur carrière.

Rero, Thomas Canto, Tania Mouraud, Craig Costello, Tilt, Daim, Aryz, Momo et aujourd’hui Olivier Kosta-Théfaine : quel est le fil rouge de cette programmation ?

On retrouve de nombreux artistes issus du graffiti. Cela vient du fait que Nicolas Couturieux et moi-même, avons une appétence particulière pour eux. Ils ont fortement évolué depuis les années 2000 et proposent un travail de qualité. Ces artistes méritent des expositions qui soient à la hauteur. Ils sont aussi tiraillés entre le monde de l’art contemporain, qui n’a pas toujours les codes pour les comprendre, et le monde du street art, qui est devenu trop large et difficilement identifiable. On travaille aussi avec des artistes contemporains comme Tania Mouraud qui a réalisé une rétrospective au 107 consacrée à son travail sur l’écriture. Et Olivier Kosta-Théfaine, qui, même s’il a pratiqué le graffiti plus jeune, propose un travail purement conceptuel depuis ses débuts.

Quelle installation vous a le plus marqué ?

Celle avec laquelle j’ai le plus appris est Écriture(s) de Tania Mouraud. Car son expérience et son exigence professionnelle ont nourri ma méthode de travail. Sur le plan technique, le challenger est Momo. Mais en termes d’émotions, c’est Olivier Kosta-Théfaine qui m’a le plus marqué. Son exposition était empreinte d’une grande sensibilité, d’histoires poignantes et de messages touchants. J’ai d’ailleurs vu des visiteurs verser quelques larmes au cours des visites guidées.

© Gayiel Art of Spade

Pouvez-vous nous parler de l’atelier organisé au 107 ?

C’est un lieu de travail et de vie. J’y accueille les artistes locaux avec un deal simple : ils m’aident sur les montages et démontages d’expositions et je leur laisse la liberté d’utiliser l’atelier pour leur travail personnel et ce gratuitement, bien sûr. Les bénévoles et stagiaires sont aussi les bienvenus pour y travailler.

Le mot de la fin ?

Je conseillerais aux lecteurs d’aller à la découverte du travail de l’artiste Lise Stoufflet. J’ai fait sa rencontre récemment. Sa peinture me parle particulièrement, car elle a un aspect psychanalytique. Esthétiquement, les couleurs me fascinent ; la pose des personnages aussi. Le temps est comme suspendu. C’est une grande peintre, je pense.


Propos recueillis par Gabin Laurent

Plus d’infos sur le site Internet , les comptes Instagram du Hangar 107, de l’Atelier, de Jean-Guillaume Panis


À découvrir également sur Artistik Rezo : L’art comme déchiffrement : les écritures de Tania Mouraud au Hangar 107, de Stéphanie Lemoine

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