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Justine Lemaire : “Je trouve la gestuelle qui émane d’un moment de vie partagé intéressante”

"Rhyming Party"- Huile sur toile de coton tendue sur châssis bois, 50x50 cm, 2021.

Rencontre avec Justine Lemaire, une artiste peintre normande et indépendante. Découvrez comment, grâce à ses œuvres, elle parvient à retranscrire des moments anodins et pourtant si forts.

Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

Je m’appelle Justine Lemaire, j’ai 27 ans et je suis artiste peintre. Cela fait maintenant trois ans que j’ai choisi ce fabuleux métier. Je n’ai rencontré la peinture que tard au cours de mon existence. En effet, j’ai une formation purement scientifique. Afin de mieux comprendre mon cheminement en peinture, je pense qu’il est important d’avoir conscience de cette dimension scientifique. Je n’avais jamais envisagé la possibilité d’exercer un métier hors du domaine des sciences… et encore moins un métier artistique. Un jour, on m’a offert un nécessaire de peinture et quelques toiles vierges à l’occasion de l’un de mes anniversaires. J’ai décidé de m’essayer à la pratique de la peinture, sans autre prétention que de décorer moi-même mon intérieur. Un ami artiste peintre m’a rendu visite quelque temps plus tard et a su voir en mes premières maladresses quelque chose d’intéressant. Il m’a vivement conseillé de contacter son ancien professeur de peinture et de dessin d’observation, Pascal Follet, afin d’enrichir mon expérience sous le regard bienveillant d’un professionnel. C’est grâce à cet enseignement que mon travail progresse jour après jour. Je suis désormais artiste peintre à plein temps, et vends mon travail moi-même, notamment par le biais des réseaux sociaux.

Comment décririez-vous votre travail ?

L’exercice de décrire son travail est compliqué, mais je vais essayer de transposer au mieux ce qui se passe dans mon esprit chaque jour. Je cherche à retranscrire sur mes toiles ce qui percute mon regard de peintre dans le réel. J’utilise principalement la peinture à l’huile pour la réalisation de mes œuvres, plus rarement la gouache. Lors du choix de mes sujets, je m’attache à percevoir et analyser leurs caractéristiques plastiques : je réalise plusieurs études préparatoires à l’aide de croquis et de petites huiles sur papier. Ce travail me permet de déterminer les dynamiques, les valeurs ainsi que les harmonies colorées présentes sur le sujet. Je sélectionne ensuite les motifs pour lesquels il me semble intéressant d’envisager un format plus ambitieux. J’adapte ensuite ce format à mon parti pris. En bref, je ne réfléchis pas ou peu sur mes toiles, j’organise plutôt mon travail grâce à une large réflexion et un panel de directions envisagées en amont. J’y laisse en revanche place à mes intuitions, mes choix spontanés, toutes ces petites manifestations qui rendent l’ensemble vibrant. Je passe énormément de temps à fréquenter la peinture de manière générale, qu’il s’agisse de reproductions photographiques d’œuvres de maîtres de la peinture, ou bien de travaux d’artistes vivants ; j’entraîne mon “œil” à l’observation de compositions élaborées. Je pratique également la peinture directement sur le motif, qu’il s’agisse de plein air ou de modèles vivants. Si je n’ai pas mon matériel à portée de main, je réalise des croquis ou prends des notes afin d’immortaliser mes perceptions et de les re-capturer à l’atelier. Dans un premier temps, mes choix chromatiques sont conditionnés par le sujet, l’ambiance, mais aussi et surtout la nature de la lumière qui le traverse. Il y a des lumières qui appellent des gammes chromatiques chaleureuses, et d’autres qui nécessitent des tons plus froids. Il arrive également fréquemment que la peinture en elle-même appelle d’autres couleurs. Je pense pouvoir affirmer que, d’une certaine manière, mes peintures me parlent.

Human Body I, huile sur papier, 30×40 cm, 2021

Quelles sont vos influences artistiques ?

Mes influences sont plus que nombreuses et s’étoffent à mesure que mes connaissances se précisent. J’aime découvrir le travail d’autres artistes. En général, je suis bien souvent très admirative de leur interprétation du réel. Comme je l’ai déjà évoqué, j’admire profondément le travail des maîtres de la peinture. Je découvre quotidiennement de nouvelles œuvres qui m’émerveillent. J’ai quand même quelques grands favoris, qui sont : Anders Zorn, Berthe Morisot, Maurice Denis, Thomas Eakins, Toulouse-Lautrec, Félix Vallotton, John Singer Sargent, Joaquín Sorolla… Et tant d’autres !

Vos toiles représentent souvent des choses anecdotiques. On pourrait presque parler de scènes de vie, de genre contemporaines dans Warm up routine, Morning Routine and Stripes, ou encore Nocturnal Concerns. Vous choisissez de peindre des corps, des éléments du quotidien, pourquoi ?

Je ne choisis pas mes sujets uniquement pour ce qu’ils représentent en tant que tels, mais plutôt pour ce qu’ils ont à m’offrir en tant que peintre. Je choisis des sujets qui me semblent être une base intéressante pour produire une peinture : je cherche le mouvement, les rythmes… Je me plais à cultiver l’originalité tout en sachant opter pour des sujets plus classiques. J’aime centrer l’humain au cœur de la plupart de mes compositions, mais j’aime également travailler sur des paysages. J’oriente tout de même souvent mon travail sur les corps, et principalement sur les dynamiques relationnelles qui les régissent. Je trouve la gestuelle qui émane d’un moment de vie partagé intéressante d’un point de vue plastique. Les directions que prennent les membres des protagonistes lors d’un échange de moments créent d’harmonieuses dynamiques, vibrantes et pleines de vie, que je tente de saisir d’abord sur papier à l’aide de mon matériel de dessin, puis sur toile grâce à la couleur.

Nocturnal Concerns, huile sur toile de coton tendue sur châssis, 115×75 cm, 2020

On retrouve beaucoup de mouvement dans vos œuvres, pourquoi ?

Il est vrai que mes œuvres sont vivantes. Je pense que mon traitement y est pour beaucoup : lorsque je peins mon travail a été correctement préparé en amont, ce qui permet à mon geste d’être vif et sûr. Ainsi je peux conserver un traitement vigoureux, ce qui amène forcément une dimension plus vivante à ma peinture. Mais cette impression de mouvement n’est pas uniquement due à ce geste. Comme je l’ai stipulé précédemment, mes choix de sujets sont guidés par les lignes dynamiques de ces derniers. En général, ce sont les diagonales et les verticales qui attirent mon œil d’artiste. J’ai pu apprendre lors des cours auxquels j’assiste que les lignes diagonales favoriseront la notion de mouvement, tandis que les lignes verticales et horizontales auront plutôt tendance à stabiliser l’image. Dans un premier temps, c’est donc par la ligne que se construit mon travail. Entre ensuite en scène la couleur, qui viendra appuyer puis sublimer les lignes dynamiques.

Warm up routine, huile sur toile de coton tendue sur châssis bois, 40×50 cm, 2021

Question technique pour les amateurs de peinture : quels sont vos outils de prédilection ?

J’utilise différents outils lors de mon travail, outils qui interviennent dans un ordre précis au cours des différentes étapes qui le constituent. En amont de la peinture, pour ce qui est de la partie qui a trait au dessin, j’essaie de varier au maximum les outils que j’utilise : des simples crayons à l’encre de Chine, en passant par le fusain, la pierre noire, la sanguine… Je bâtis ensuite le dessin de ma peinture grâce aux pastels à l’huile, et parfois directement au pinceau. Je peins ensuite avec des brosses larges moyennement souples, et j’essaie de conserver ce type d’outil tout au long de la réalisation de l’œuvre. J’apporte enfin les dernières touches avec un outil plus précis de type pinceau, et les textures grâce à un jeu de brosses de différentes tailles en soie de porc, plus rêches. À l’atelier, c’est toujours le sujet qui appelle le format. Il m’arrive également de travailler sur du papier afin de réaliser de petites études que je pense d’abord préliminaires, mais qui parfois ne déboucheront pas sur un format plus grand. Il m’arrive aussi de choisir de très petits formats afin de me contraindre à une simplification plus efficace, et par conséquent, à une peinture plus forte.

Lights over a cityscape, huile sur toile, 60×80 cm, 2021.

Quels sont vos futurs projets ?

J’ai quelques expositions prévues entre mi-mai et la fin de l’été 2021, mais je ne me suis pas spécialement consacrée à cet aspect au vu de l’incertitude qui règne dans le monde de la culture actuellement. En revanche, j’ai beaucoup de projets picturaux en cours. Je fais actuellement de nombreuses recherches artistiques sur des thèmes que j’affectionne particulièrement, et notamment à propos de scènes de vie passées et présentes…

Retrouvez Justine Lemaire sur son site Internet et son compte Instagram.

Propos recueillis par Roxane Thomoux  

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