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Kimiko Yoshida : “Être ou ne pas être ?”

Héloïse Haberberg 23 avril 2020
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© Kimiko Yoshida

Kimiko Yoshida est une artiste japonaise, de réputation internationale, qui vit et travaille en France. Elle a déjà produit une œuvre importante, qui fait l’objet de nombreuses expositions dans le monde. À travers ses autoportraits, tant en photographie qu’en sculpture, l’artiste travaille sur l’énigme de la représentation de la présence ou de l’absence de soi.

Kimiko Yoshida a étudié la littérature française à l’université Chuo de Tokyo, puis la photographie au Tokyo College of Photography. À son arrivée en France, elle a étudié à l’École nationale supérieure de la photographie d’Arles. Enfin, elle a fait partie de la première promotion du Studio national des arts contemporains Le Fresnoy. Sa première exposition personnelle dans un musée (Herzylia Museum of Art) date de 2000.

Dès l’année suivante, l’artiste décide de ne s’exprimer qu’au moyen de l’autoportrait, d’abord avec la photographie, ensuite avec la sculpture. Son travail, très singulier, consiste toujours à mettre en scène des autoportraits stylisés, thématisés et déclinés à travers les objets de différentes cultures du monde.

© Kimiko Yoshida

Conceptuel

Depuis 2001, elle a réalisé plus de 500 autoportraits photographiques. Elle ne change jamais, ni son sujet (autoportrait), ni son dispositif technique (lumière indirecte), ni son principe esthétique : même cadrage (visage et buste de face), même unité chromatique (elle se peint de la même couleur que le fond), même tirage au format carré.

Et le résultat est saisissant : plus c’est pareil, plus ça change… Souvent, le regardeur s’y trompe : on pourrait croire que le modèle change pour chaque photographie, avant de comprendre que l’artiste se met elle-même en scène, à chaque fois. Un protocole conceptuel respecté à la lettre.

© Kimiko Yoshida, Écriture (Le Silence de Yves Klein). Autoportrait, 2010

Références

Dans son œuvre, il est manifeste que l’autoportrait n’est assurément pas le sujet. Comme le souligne Jean-Michel Ribettes, tout le mystère et l’attraction de cette artiste viennent de ce que, dans son œuvre, “elle est là où elle n’est pas”. Kimiko Yoshida fait de l’autoportrait un matériau qui, loin de l’enfermer sur elle-même, lui sert à s’adresser au monde.

Son travail dégage une impression de pureté. Mais un regard plus attentif fait apparaître que cette épure est en réalité bardée de références, références qui sont parfois explicitées par les textes qui accompagnent l’œuvre. Ces textes montrent l’intense réflexion qui précède la conception de chaque photo. Les références sont tellement variées qu’elles peuvent aller de Pokémon à Lacan, de Mickey à Joyce.

© Kimiko Yoshida. Autoportrait de l’artiste en Louis XIV du Bernin (1665, Château de Versailles), 2010 et peinture (La boudeuse de Watteau), autoportrait, 2010, Courtesy Paco Rabanne’s Heritage

Épure et délicatesse

Dans ses photographies, Kimiko Yoshida met en scène une lumière indirecte et délicate. Cette lumière subtile que décrit Tanizaki dans son Éloge de l’ombre. Elle cherche à retrouver la lumière spécifique de la maison japonaise traditionnelle des samouraïs, où elle a passé son enfance.  Elle utilise un éclairage doux (deux simples ampoules au tungstène de 500 watts) que les professionnels emploient habituellement pour photographier des natures mortes.

Les photographies sont réalisées en prises de vue directe sans Photoshop ni retouche numérique. La couleur monochrome est le résultat d’un maquillage très élaboré qui demande quatre heures de préparation à l’artiste avant chaque prise de vue.

© Kimiko Yoshida, Tombeau, Autoportrait, 2005

Actuellement, les œuvres de Kimiko font l’objet de plusieurs expositions en Amérique du Sud. Ces expositions ont évidemment été reportées à une date ultérieure. Se tenir informé des actualités de l’artiste ici.

Héloïse Haberberg

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À découvrir sur Artistik Rezo :

Kimiko Yoshida – Maison Européenne de la Photographie, de Karine Marquet

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