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Le lien problématique de l’art et de l’écologie

Garance Chaudier 6 janvier 2022
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Alice Audouin, fondatrice d’Art of Change 21, organisation internationale en faveur de l’environnement et du développement durable misant sur la créativité, la pluridisciplinarité et la cocréation déclare : “Le secteur de l’art n’est plus dans un rôle de préfiguration du monde de demain, d’anticipation, ni d’accompagnement.” Pourquoi le monde de l’art a-t-il un retard colossal vis-à-vis de l’écologie ?

Pourquoi les deux sont généralement opposés

Pour commencer, le transport des œuvres est très coûteux en consommation de carbone (déplacements généralement faits en camion ou avion). Le bilan carbone est gigantesque quand nous voyons que beaucoup de musées se prêtent et s’échangent les œuvres pour diverses expositions à travers le globe. Un autre point lié au transport est la restauration des œuvres. Certains plastiques sont couramment utilisés dans les musées pour la restauration. Il est pourtant fréquent que ces plastiques libèrent des composés chimiques dangereux (acides ou plastifiants). L’usage d’autres plastiques moins nocifs est donc préférable.

Nous pourrions nous dire que l’une des solutions possibles serait d’acheter sur internet, surtout qu’avec la pandémie, galeries et musées ont fermé, ce qui nous a donc poussé à nous rediriger vers les plateformes en ligne. Pourtant, la croissance démesurée des NFT n’est pas forcément une bonne alternative du point de vue environnemental. L’achat des NFT nécessite un passage par le Bitcoin. Or pour qu’un Bitcoin soit produit, il faut des ordinateurs très puissants et gourmands en électricité. Ces ordinateurs consomment beaucoup d’énergie et puisent dans les ressources de charbon qui émettent énormément de gaz à effet de serre. De plus, les plateformes abritant les œuvres et les ventes aux enchères consomment aussi une grande partie d’énergie. Ce qui veut dire que la solution d’acheter en ligne n’est pas forcément la bonne option. + transports jusqu’au consommateur acheteur.

Architectures peu portées vers le vert

La constructions de gros musées pollue énormément et est très coûteuse ; même si c’est un argument de moindre importance et moins fréquent, il est néanmoins à prendre en compte. De plus, les expositions temporaires sont aussi très polluantes. Montées avec des matériaux généralement non recyclables MDF remplis de formaldéhyde et peints à l’acrylique, les infrastructures, jetées à la benne une fois l’exposition terminée représentent un réel danger.

Enfin, la plupart des bâtiments ne sont pas conformes aux normes. Ils sont souvent anciens, conçus pour d’autres usages que d’abriter des œuvres d’art donc pas adaptés aux normes écologiques (en matière d’éclairage et d’isolation). Ceci est en partie lié au cruel manque de moyen dans l’art, qui peine déjà à joindre les deux bouts et qui donc place en arrière-plan l’impact environnemental. Les propriétaires n’ont pas souvent les moyens de restaurer des bâtiments ou de choisir des matériaux plus écologiques.

Les alternatives possibles

Il est encore très fréquent aujourd’hui, avec un art centralisé sur la “post-pop”, que l’attention se focalise principalement sur l’objet. Pourtant de plus en plus d’artistes avertis prennent leur environnement comme source d’inspiration. Cependant, ces courants artistiques sont souvent difficiles à monétiser car ils sont fréquemment exposés en plein air avec des matériaux qui se dégradent naturellement dans le temps. Il n’y a pas ici d’attrait commercial pour les musées et galeries. Il est donc encore difficile de faire exploser l’art écologique sans changer les anciennes institutions.

Malgré cela, des artistes décident d’utiliser leur art pour alerter et sensibiliser leur public à travers différentes formes artistiques. Plusieurs mouvements sont nés de ces engagements. Pour n’en citer que quelques-uns : l’art écologique, l’arte povera en Italie et le land art.  Généralement exposés en plein air, les artistes utilisent des matériaux pris directement sur le lieu. Ces trois courants socialement engagés mettent en avant la destruction environnementale liée à la surconsommation des habitants. L’art écologique est plus spécifique, il consiste à réhabiliter des endroits détériorés au fil des années. Il existe aussi le mouvement de l’up-cycling art. Il consiste à réutiliser les “déchets” après une exposition ou un évènement artistique dans le but de ne pas gaspiller et polluer.

Par rapport au problème du transport des œuvres, il existe aussi des solutions simples. Au Palais des Beaux-Arts de Lille, un système de déplacement groupé est mis en place depuis un certain moment. Pour éviter les aller-retour inutiles, plusieurs œuvres partent en même temps.

Ne pas tomber dans le “green-washing”

Une autre solution importante serait de s’adresser à des spécialistes. Il existe des ingénieurs spécialisés pour dresser un bilan carbone des expositions, foires ou ventes aux enchères. Pour l’instant, seul Art Basel le fait chaque année. Les autres institutions se contentent d’organiser des conférences et interventions sur le sujet du climat mais gardent le silence vis-à-vis de leur consommation.

Néanmoins, il faut aussi faire attention au green-washing dans le milieu de l’art. Le fait de vouloir tout mettre au vert ne veut pas forcément dire être éco-responsable. Certains suivent la “tendance” pour être dans le politiquement correct, sans le faire vraiment.

Les acteurs et actrices de ces avancées

Pour conclure, voici quelques artistes très touchés par la cause environnementale et qui contribuent à la sensibilisation de cette crise.

Le célèbre graffeur Banksy a toujours montré sa dévotion pour le combat contre le réchauffement climatique. Une de ses œuvres les plus connues, Show me the Monet réalisée en 2005 en est la preuve. Nous voyons le célèbre jardin de Monet au style très romantique, perçu comme une ode à la nature, mais l’artiste à décidé d’y rajouter des déchets comme des cadis. C’est une façon de montrer notre impact néfaste sur la nature.

Show me the Monet (2005) © Banksy

Il y a aussi le duo Guerra de la Paz, basé aux États-Unis. Ils utilisent des matériaux recyclés, en particulier des vêtements pour façonner leurs œuvres. Ils questionnent notamment notre consommation textile et l’impact qu’elle a sur l’écologie.

Tribute, 2002 © Guerra de la Paz

Enfin Patricia Johanson, artiste américaine connue pour ses œuvres à grande échelle en plein air. Elle se focalise notamment sur l’aspect pratique de son art, au service des endroits urbains. Elle a une vision de “l’écologie pratique”. Nous pouvons le constater avec Cyrus Field, son premier projet où elle incorpore une route en bois et en marbre en pleine forêt.

Cyrus Field, 1969 © Patricia Johanson


Garance Chaudier

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