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    Lily Rault : “L’art, c’est une évasion poétique mais c’est aussi un outil politique très fort”

    Léa Héron 17 mai 2020
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    lily rault

    Lily Rault est photographe. À travers son travail, elle questionne et rassure. Artiste féministe, engagée et voyageuse, on découvre dans ses photographies, de l’excentricité et de la douceur. Elle nous parle ici de son travail.

    Bonjour Lily, peux-tu te présenter en quelques mots ?

    Je suis Lily Rault, psychosociologue, photographe et réalisatrice. J’ai lancé depuis peu, un studio d’art digital qui s’appelle le “RAW Studio”.

    Pourquoi as-tu décidé de devenir photographe et comment t’es-tu lancée ?

    La photographie est un art qui m’a toujours intéressée. J’ai commencé à prendre très discrètement des photos lorsque je me suis mise à voyager seule, à 25 ans. Un peu plus tard, on m’a offert un vieil appareil argentique et c’est là que s’est affirmée mon affection pour l’outil, notamment à travers le travail de double exposition. Je me suis d’abord lancée en amatrice, en ouvrant un compte Instagram sur lequel je partageais les clichés argentiques de mes voyages. En 2016, j’ai cofondé une agence d’art et de communication digitale, Nømad Life, grâce à laquelle nous avons pu obtenir nos premiers contrats en tant que photographes. C’est en rentrant en France, après deux ans de vie nomade autour du monde, que j’ai été contactée par un grand groupe de l’industrie musicale et que j’ai commencé à réaliser des clips et à diversifier mon travail, en tant que photographe et réalisatrice.

    Récemment, tu as réalisé une exposition en ligne de ta série TABOU.E où l’on peut voir ton travail artistique autour de la vulve. C’est un sujet très peu photographié, qui peut surprendre. Pourquoi ce sujet ? Comment est venue cette idée ? 

    TABOU.E est un travail qui a pour objectif de mettre en lumière l’intimité des femmes et  des minorités de genre car elle est très peu, ou mal, représentée. Les douleurs qui y sont associées sont très souvent silencées, minorisées ou tournées en dérision, il fallait s’emparer du sujet pour reprendre le pouvoir et se réapproprier nos corps.

    Cette exposition suscite la curiosité. Quels ont été les retours ?

    Les retours sont impressionnants, nombreux et très positifs. J’ai commencé TABOU.E en tout petit comité, je n’aurais jamais imaginé qu’un projet si intime prenne ces proportions, mais il semble que cela parle à beaucoup de monde donc c’est une bonne chose.

    Par le passé, tu as aussi réalisé des séries avec des esthétiques bien différentes comme Poetry of Childhood, Struggles ou Year 4037 – Resistance. Y a-t-il un fil conducteur à travers tous tes projets, des valeurs particulières que tu aimes partager ?

    Ce que j’aime dans la photographie, et dans l’art en général, c’est le pouvoir de créer un univers, que ce soit à travers la mise en scène, les costumes ou par l’édition photo. Toutes les séries que j’ai créées racontent une histoire, projettent dans un monde onirique ou surréaliste, questionnent ou dérangent, et j’adore ça. L’art, c’est une évasion poétique mais c’est aussi un outil politique très fort.

    Quelles sont tes inspirations au quotidien ?

    Absolument tout. (Rires)

    Penses-tu approfondir ton projet autour de TABOU.E ? Si oui, de quelle façon ?

    TABOU.E 2.0(20), c’est déjà la deuxième année et édition du projet. Dans un premier temps, je vais laisser vivre l’exposition virtuelle tout l’été, en l’alimentant avec de nouveaux contenus, jusqu’à ce que les galeries rouvrent et que je puisse la réaliser en physique, avec les conférences prévues initialement. J’ai eu des retours de professeurs qui souhaitaient utiliser le contenu pour leurs cours d’éducation et de santé sexuelle, j’ai été extrêmement touchée et je serais ravie de pouvoir rendre le projet encore plus accessible aux jeunes générations. Autrement, je pense déjà aux sujets de la troisième édition, probablement pour 2021.

    Quels sujets aimerais-tu aborder à l’avenir ?

    Je continuerai toujours à travailler sur des sujets engagés et qui ont du sens pour moi. Disons que l’avenir nous le dira !

    Le mot de la fin ?

    Allez faire un tour sur https://www.lilyrault.com/  et visitez l’exposition virtuelle.

    Plus d’informations sur le compte Instagram de Lily Rault.

    Propos recueillis par Léa Héron

     

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