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Rencontre avec La Grenade Égarée

Cie La Grenade Égaré © Émile Rivet

Un vent nouveau souffle sur la scène artistique française, et La Grenade Égarée a bien décidé d’y participer. Compagnie d’art, regroupant théâtre, cinéma ou encore musique, ces jeunes artistes font leurs preuves sur la scène normande. Rencontre avec Flavien Beaudron, président de l’association.

La Grenade Égarée est une compagnie d’art qui regroupe à la fois le théâtre, le cinéma, la musique… Comment cette idée est née ? Combien d’artistes êtes-vous ?

Nous nous sommes rencontrés, pour la plus grande partie d’entre nous, sur les bancs de la fac en Arts du spectacle. On a commencé par monter une pièce ensemble : Lucrèce.s Borgia. Puis on a décidé de mener ce projet plus loin. Alors on a réfléchi à la forme que pouvait prendre notre groupe : nous sommes devenus une association loi 1901. On est une quinzaine de membres « historiques » et nous avons aussi des membres « intervenants » qui participent à certains projets. Nous n’avons pas décidé de nous spécialiser dans une seule discipline. On estime que l’art vivant est forcément pluridisciplinaire et qu’on ne souhaite pas s’enfermer dans une case, autant collectivement qu’individuellement. Le collectif est né d’un projet de théâtre en 2018, mais depuis sa mise en activité, nous avons créé et soutenu des projets cinéma, danse, théâtre. C’est un point centrale de notre fonctionnement.

Quelle est votre ambition dans le milieu artistique ? Et quelles sont les valeurs que vous défendez avec La Grenade Égarée ?

Nous n’avons pas une ambition précise… Nous avons plutôt la détermination de continuer ce que l’on fait, le plus longtemps possible. Nous sommes jeunes, pas professionnels, mais nous voulons créer. Et c’est ça notre moteur depuis le début. Faire le mieux possible pour pouvoir rencontrer un public et nous enrichir sur le plan artistique et humain. Nous apprenons énormément en créant ensemble, et nous continuons d’apprendre en parallèle de nos études. Le but est d’allier la pratique et le théorique. Notre plus grand rêve est de pouvoir un jour vivre ensemble de ce que nous faisons, mais tout en ne se fermant aucune porte individuellement. Au sein de notre collectif, nous avons toujours défendu une parole jeune qui se trouve souvent peu prise au sérieux… On veut vraiment montrer notre détermination à réaliser des projets solides.

Au sein de la compagnie, comment les projets se coordonnent-ils ? 

La compagnie se réunit souvent pour parler de ce que nous voulons faire ou bien encore discuter de notre organisation. Chaque fin de saison, nous nous retrouvons comme les équipes de théâtre afin de créer notre nouvelle saison, les dépenses à faire… Nous fonctionnons de manière organisée autour de chefs de projets. Ce qui permet d’articuler toute cette organisation de manière plus fluide. Chaque projet est constitué d’équipes avec en grande partie des membres du collectif mais aussi d’autres personnes extérieures. Nous discutons entre nous des possibilités que nous avons, comme participer à un festival ou bien organiser une date en entière autonomie. Nous ne privilégions pas une discipline collectivement mais plutôt individuellement. Certains préfèrent le cinéma, d’autres le théâtre.

© Émile Rivet

De ce que j’ai pu voir sur vos réseaux sociaux, chaque artiste est libre de développer le projet et le rôle qu’il souhaite… Vous pouvez tester ce qu’il vous plaît ou vous avez tout de même une ligne directrice ?

Oui c’est vrai que nous avons depuis le début décidé qu’il n’y aurait pas de rôle définitif. Un jour, tu es comédien.nne, l’autre tu es régisseur.euse… Ce fonctionnement n’est pas une nouveauté dans le théâtre. C’est déjà le fonctionnement du Théâtre du Soleil par exemple. Cela nous permet de tester nos limites et de comprendre là où nous nous sentons le mieux. On se ferme aucune porte, tous les projets sont à réfléchir. À partir du moment où un membre veut faire quelque chose, nous faisons tout pour que ça arrive. La seule limite dans nos projets est l’argent qui parfois peut devenir une difficulté… Mais pour le moment nous avons toujours réussi à faire ce que nous voulions ! On essaie de tout faire pour atteindre nos objectifs. Même pour nos lieux de représentations, on ne manque pas de créativité. Après tout, nous avons commencé en jouant dans une église.

Vous êtes pour la plupart étudiants… Comment arrivez-vous à trouver un rythme et vous l’imposer ? La passion suffit-elle ou il y a besoin de se fixer des règles ?

Dès le début, ça a été évident pour nous, étudiants en Arts du spectacle, de pratiquer ce que nous étudions. On s’accorde du temps pour ce que nous aimons et on fait notre possible pour garder une rigueur tout au long de chaque saison. L’idée est de ne pas s’imposer de règles, on sait pourquoi on est là. C’est très important pour nous de mettre de côté tout ce qui pourrait ralentir notre avancée. Nous sommes amis avant tout et c’est très important de le préciser… Nous nous connaissons très bien personnellement, ce qui permet de travailler avec respect de l’autre. C’est nécessaire pour aimer ce que l’on fait. On peut vraiment dire que notre passion nous permet un travail collectif et respectueux. C’est ça la clé.

La compagnie est composée de jeunes… Vous trouvez qu’il est important de s’investir dès que possible sur la scène artistique ? 

Nous pensons qu’il faut s’exprimer dès que nous avons quelque chose à dire. Et c’est vraiment ça notre élément moteur. Nous faisons des projets car nous avons la nécessité de parler. Nous avons aussi la volonté de travailler avec toutes les générations… Ce qui nous a permis de travailler avec des élèves du Lycée Jeanne D’arc de Caen à deux reprises. Et nous avons vraiment beaucoup appris de ses rencontres.

Pour vous les jeunes ont-ils une place dans ce milieu ou est-il encore compliqué de s’en faire une ?

Les jeunes n’ont malheureusement pas encore une place importante dans les rouages de l’art. Si nous prenons exemple dans le domaine théâtrale, les plus jeunes metteurs en scène subventionnés ont déjà plus de 30 ans. Dans l’art, l’âge pivot est généralement situer à la trentaine. C’est peu représentatif de la jeune génération dont on fait partie. La jeunesse est trop souvent associée à un manque de maturité. Pour nous, l’art se fait car il porte la parole, alors comment porter celle des jeunes si on ne les écoute pas ?

Avec cette période de confinement, la culture est obligée de se réinventer… Comment ça se passe pour la compagnie ? Est-ce le moment pour développer de nouveaux projets ?

Nous avons (comme la plupart du domaine artistique) été pris de court… Mais en s’organisant, on a mis en place des petites vidéos pour nos réseaux. Et puis c’est aussi pour chacun un temps de réflexion sur ce qu’il veut faire dans la prochaine saison, autant dans la compagnie que dans ses études. La plupart des membres ayant finis leur licence, c’est le moment de réfléchir à l’avenir. Nous décidons des projets de l’année prochaine, et nous pensons aux choses que nous allons remettre en place. Par exemple notre festival d’été à Fresnay-sur-Sarthe où nous devions faire notre deuxième édition cet été. Nous n’arrêtons pas de produire de nouvelles choses par le médium de l’écriture et de la vidéo pour préparer notre dé-confinement en beauté !

Pensez vous que le paysage culturel est en train de changer ? Qu’il y aura une nouvelle consommation de la culture post-confinement, notamment avec le spectacle vivant ?

On pense que oui. Il faut déjà trouver les arguments pour faire revenir les personnes au cinéma et au théâtre. Il faut aussi savoir si nous pourrons nous passer des normes sanitaires très strictes ou si nous devrons faire avec.  L’art risque de pâtir de cet arrêt, et la reprise ne risque pas d’être simple non plus… Mais nous retiendrons une chose, c’est que l’art divertit, instruit, et ouvre l’esprit, et donc qu’il est nécessaire à chaque période ! Nous serons là, à notre petite échelle, pour faire perdurer l’art sous toutes ses formes !

Avez-vous des bons plans pour avoir accès au théâtre pendant ce confinement ?

Le bon plan, c’est tout d’abord, notre chaine Youtube avec des captations de nos créations. Mais sinon, vous pouvez regarder sur tous les sites des Centres Dramatiques Nationaux et les Scènes Nationales, de nombreuses captations ont été mises en ligne gratuitement… Vous pouvez aussi lire des textes, sur des sites comme Libres Théâtre. Ou bien encore regarder tous les films et séries en retard sur vos listes avec Netflix, Disney+, Canal+ (et même le streaming mais on vous a rien dit hein !). Et rendez-vous sur notre Facebook et Instagram pour des petites interviews que l’on a fait de chez nous.

Il y a-t-il des nouveaux projets sur lesquels vous retrouver ou vous découvrir dès que possible ?

Beaucoup de théâtre pour la saison prochaine. Fin de partie de Thomas Cuesta a été sélectionné au Fous de la Rampe 2020. Il reviendra aussi certainement avec un autre spectacle. Moi-même, j’attends la poursuite d’un projet de réécriture avec les élèves du lycée Jeanne d’Arc de Caen. J’ai également un autre spectacle original qui ne va pas tarder à voir le jour… J’ai également eût vent de projets autour de Sarah Kane, des courts-métrages, des projets musicaux… À suivre !

Retrouvez les sur leur page Facebook et Instagram.


Propos recueillis par Apolline Erneste

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