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Martine Franck, photographe de grand talent

Mona Dortindeguey 7 février 2019
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© Joan Sanchez

Martine Franck est une grande photographe qui a marqué le 20e siècle par ses engagements et des créations singulières. Elle a permis à la Fondation Henri Cartier-Bresson de voir le jour en 2003. Aujourd’hui, ce lieu lui rend un magnifique hommage avec une grande rétrospective d’une artiste à découvrir absolument.

Parcours de vie singulier  

Martine Franck est née à Anvers en Belgique (1938-2012) puis a grandi en Grande-Bretagne et aux États-Unis, avant de faire des études d’histoire de l’art à Madrid, puis à l’École du Louvre. Elle a soutenu son mémoire, Sculpture et Cubisme : 1907 – 1915, car elle se destinait à être conservatrice de musée. Mais elle fait la connaissance d’Ariane Mnouchkine, figure incontournable du théâtre français. Avec elle, elle découvre la photographie au cours d’un voyage en Extrême-Orient, en 1963. 

Les voyages ont d’ailleurs été extrêmement importants pendant sa vie et ont alimenté son travail (Chine, Japon, Inde, Cambodge, Népal, Pakistan, Afghanistan, Iran…). Des albums photos, des journaux de voyage sont visibles à l’actuelle exposition qui retrace son œuvre. « La photographie est apparue par hasard dans ma vie. J’ai obtenu un visa pour la Chine et mon cousin m’a prêté son Leica en me disant que j’avais beaucoup de chance et qu’il fallait que je rapporte des images », confia a-t-elle à Roland Quilici en 2007. 

Autoportrait © Martine Franck

Ses débuts dans le domaine de la photographie

À son retour à Paris, elle travaille pour Time-Life et devient l’assistante de Gjon Mili et Eliot Elisofon, avant de devenir photographe indépendante. Puis Vogue lui commande des portraits. Suivront, entre autres magazines, Life, Fortune, Sports Illustrated et le New York Times. En 1970, elle épouse Henri Cartier-Bresson, artiste accompli, qui va l’encourager dans sa propre voie. Elle réalise et produit à la même période le documentaire What Has Happened to the American Indians (1970, 17 mn). 

D’abord membre de l’agence VU en 1970, elle fonde avec ses collaborateurs l’agence de presse Viva en 1972, avant de rejoindre Magnum en 1980, à l’âge de 42 ans. Cette agence, créée par Henri Cartier-Bresson, sous l’impulsion de Robert Capa, avec George Rodger et David Seymour, continue aujourd’hui de gérer des demandes de reproductions des photographies. 

« Le pèlerinage de San Isidro », 1993, Musée du Prado, Madrid © Martine Franck / Magnum Photos

De nombreuses expositions voient le jour dans les années 1980, en Angleterre, au Japon, en Suisse, en Allemagne, aux États-Unis, aux Pays-Bas, en Italie, mais aussi en France comme au Musée Nicéphore Niepce à Chalon-sur-Saône, avec Le Temps de Vieillir en 1981. Elle est décorée Chevalier dans l’Ordre national de la Légion d’Honneur en 2006 et réalise une grande exposition à la Maison Européenne de la Photographie à Paris, en 2011. Venus d’ailleurs présente une série de 62 portraits d’artistes, réalisés entre 1965 et 2010, saisis dans leurs ateliers parisiens (Michel Barcelo, Marc Chagall, Fernando Botero, Léonor Fini, Ousmane Sow, Zao Wou Ki…). Elle s’est éteinte en août 2012 à Paris.

Une photographe du détail 

C’est dans l’art du portrait qu’elle excelle, sans mise en scène. Elle prendra en photo de nombreuses célébrités comme la réalisatrice Agnès Varda, l’écrivain Hervé Guibert, le philosophe Michel Foucault… Elle s’amuse avec ces sujets en prenant également des personnes dans des expositions. Son regard bienveillant fait des merveilles quand elle prend des clichés de personnes âgées dans les hospices.

Hospice, 1978 © Martine Franck

Martine Franck s’attache aux détails, aux matières, aux éléments, aux reflets et aux ombres qui sont si éphémères : « J’ai toujours photographié les paysages par plaisir, par besoin. La prise de vue est le contraire de l’instantané ». Elle souhaite refléter la nature et ses voyages, en photographiant très souvent routes et chemins, qui semblent mener vers l’infini, vers tous les possibles. Elle prend le temps de se poser devant son sujet, de le penser. La photographe s’attache aux jeux de lumières qui font la beauté de son travail.

Plage Les Petites Dalles, Normandie, 1973 © Martine Franck

Photographe engagée 

Elle était une figure discrète à l’élégance naturelle, qui s’intéressait à de très nombreux sujets. En 1983, elle poursuit son travail consacré à la cause des femmes et au féminisme : « Pour être photographe, il faut un bon œil, le sens de la composition, de la compassion et un sens de l’engagement. »

Proches des artistes, elle les photographie dans leurs atelier, en mettant aussi en avant une réalité sociale à New York. Elle se lie d’amitié avec Pierre Alechinsky, Balthus, Pierre Boulez, Marc Chagall, Michel Foucault, Michel Leiris, Sam Szafran ou Paul Strand. Parallèlement, elle devient membre fondatrice du Théâtre du Soleil puis, photographe de la troupe d’Ariane Mnouchkine, qu’elle ne quittera jamais, immortalisant tout ses spectacles et dévoilant la vie quotidienne à la Cartoucherie. 

Henri Cartier-Bresson dessinant un autoportrait dans son atelier, Paris, 1992

Elle explique : « Je me sens concernée par ce qui se passe dans le monde et impliquée dans ce qui m’entoure. Je ne veux pas seulement “documenter”, je veux savoir pourquoi telle chose me dérange ou m’attire et comment une situation peut affecter la personne concernée. Je ne cherche pas à créer une situation et ne travaille jamais en studio ; je cherche plutôt à comprendre, à saisir la réalité. J’ai trouvé dans la photographie un langage qui me convient ».

Martine Franck et Henri Cartier-Bresson chez eux à Paris, 1980 © André Kertész

Rétrospective de la Fondation Henri Cartier-Bresson 

Avec sa fille Mélanie, Martine Franck a été à l’origine de la création de la Fondation Henri Cartier-Bresson, en 2003, afin de conserver ses œuvres et celles de son mari, ainsi que d’organiser des expositions d’autres photographes. Le Prix Henri Cartier-Bresson est décerné tous les deux ans par un jury international. Il est soutenu aujourd’hui par la Fondation d’Entreprise Hermès, et fournit une aide à la création de projets photographiques. Depuis 1989 dix lauréats ont reçu le prix : Chris Killip, Josef Koudelka, Larry Towell, Fazal Sheikh, Jim Goldberg, David Goldblatt, Vanessa Winship, Patrick Faigenbaum, Claude Iverné et plus récemment Guy Tillim. 

Depuis cette année, au 79 rue des Archives, le beau bâtiment fait de vitres et de métal se trouve dans une petite cour pavée. Ce nouveau lieu de plein pied permet une meilleure conservation et de plus grandes expositions. Cette fondation a en effet pour vocation à devenir un lieu d’échanges, d’éducation et de diffusion du savoir sur la photographie pour des publics variés. 

Martine Franck en Suisse en 1984, © Svizzera

En entrant, nous sommes devant les livres des plus grands photographes qui ont marqué le XXe siècle. Nous sommes accueillis par des projections. De grandes photographies tirées en gelatino-argentique rythment l’exposition, qui n’est pas organisée par ordre chronologique, mais par lieux de prises de vue. Cette rétrospective sera ensuite présentée à Lausanne du 20 février au 5 mai 2019 et à Anvers du 28 juin au 6 octobre 2019. Un magnifique livre a également été créé pour l’occasion, aux éditions Xavier Barral. Chaque exposition fait l’objet de conférences, d’un programme dense d’évènements.

C’est donc pour cette artiste exceptionnelle et son parcours unique que la Fondation Henri Cartier-Bresson lui a dédiée sa première exposition pour son déménagement. Une artiste à découvrir ou redécouvrir dans ce nouvel espace !

Mona Dortindeguey

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