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    Rencontre avec Alexandre Landre, commissaire-priseur à Beaune

    Charlène Paris 1 septembre 2020
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    Alexandre Landre est jeune commissaire-priseur. Il exerce à Beaune depuis le 1er décembre 2019, une date d’inauguration qui n’entache en rien son enthousiasme en dépit de l’épidémie. Dans son étude située en plein centre de la ville, il nous rappelle ce qu’est une maison de vente aux enchères aujourd’hui et nous livre ses spécificités face aux enjeux qui le tiennent à cœur.

    Pouvez-vous nous décrire ce que fait un commissaire-priseur ?

    En fait, un commissaire-priseur c’est quelqu’un qui organise des ventes aux enchères. Quand on dit ça on a tout dit, on n’a rien dit, en fait notre métier c’est, on pourrait dire, amateur d’art, chef d’entreprise, bateleur, acteur de théâtre. Ce qu’il faut bien comprendre c’est qu’il y a trois pôles dans une étude qui constituent l’aspect ventes aux enchères.

    À savoir un pôle logistique qui regroupe toute la manutention et le secrétariat : le transport, la manipulation des objets. Cette organisation est très importante parce qu’on a une réglementation qui est extrêmement lourde, elle constitue la base du flux intense des objets. Une vente c’est 300 lots avec parfois 100 vendeurs.

    Le deuxième pôle regroupe l’aspect expertise au cœur de notre métier. Il s’agit de l’engagement porté sur l’authenticité des artefacts. Il faut aussi savoir être humble, faire appel aux experts extérieurs lorsque c’est nécessaire.

    Enfin, le pôle promotion constitue le nerf de la guerre aujourd’hui. Et il faut être un peu sociologue pour trouver des acheteurs qui vont nous faire confiance pour acheter chez nous.

    En cette période post-confinement, que faut-il avoir à l’esprit de nos relations humaines pour les ventes ?

    Le fond de l’affaire, premièrement, c’est la fin du mode de vie traditionnel avec l’éclatement de la famille, avec la fin de la maison de famille et donc un retour vers un mode de vie plus nomade ; on revient un peu comme au Moyen-Âge où il n’y avait pas de meubles. Aujourd’hui c’est très simple, il faut voir parmi les gens qui ont un peu d’argent, les postes de dépenses ce sont des montres, des voitures, des voyages, du hi-fi.

    Il faut avoir une vision très très macro car on achète toujours un art qui nous ressemble !

    Quel conseil donneriez-vous avec l’usage d’internet ?

    Tout d’abord, il ne faut pas oublier l’apparition du numérique dans le monde des commissaires-priseurs exactement en même temps que la libéralisation de la profession ; ce nouveau cadre juridique est apparu avec la loi du 10 juillet 2000. Si internet a rendu tout le monde à peu près marchand avec Ebay, il ne faut pas oublier que pour tout objet son prix dépend du contexte dans lequel il est présenté. Vérifier les informations est un véritable travail, tout le monde a des informations qu’il n’a pas su nécessairement
    analyser.

    Comment le métier évolue-t-il ?

    Ce qui est certain, de toute manière, c’est que le métier va beaucoup changer et qu’il va falloir augmenter la qualité du service. Aujourd’hui, on est submergé par la camelote, on doit sélectionner la marchandise, et la bonne est plus rare qu’avant. Le but, comme toute entreprise, c’est de faire du profit, une fois qu’on l’a dit on est plus honnête, toute la question est de savoir comment.

    Et quelle est votre manière de faire ?

    Si on veut que gagner de l’argent, on ne fait pas commissaire-priseur ; on fait d’autres métiers qui rapportent beaucoup plus mais qui sont beaucoup moins intéressants intellectuellement. En France, on a du mal à comprendre ce que c’est d’avoir une vraie vocation culturelle. Parce que c’est assez étanche le public et le privé, c’est très cloisonné.

    Nous, dans notre métier, on a une vraie vocation culturelle qu’il faut assumer parce que, d’une part, ça nous plaît, et c’est agréable et, à long terme, c’est rentable. Voilà, par exemple, actuellement, je prépare une conférence sur Max Jacob (1876-1944). Comme j’ai un manuscrit inédit, je vais le présenter lors d’une prochaine vente de livres.

    Il faut intéresser les gens, il faut aujourd’hui pour parti construire le goût, ce que font beaucoup les galeristes.

    Quelles sont les clefs incontournables qui vous rendent spécifique ?

    Dans les hôtels des ventes, la scénographie aussi est très importante, l’espace s’impose à nous, d’où l’importance d’une organisation et d’une ambiance pertinente que je mets en place depuis le 1er décembre 2019 à Beaune.

    On doit être bien, ce doit être beau !

    Je dédie une personne du personnel à la communication car nous avons 3 à 5 000 ventes par an pour 15 000 à 20 000 pièces par an. Il faut aussi autonomiser, standardiser tout ce qui peut l’être, c’est-à-dire les infrastructures.

    Enfin, le but c’est d’être le plus personnalisé sur le reste, à savoir la relation client, la personnalité de la maison de vente – telle la marque de la galerie. Par exemple, la maison organise des événements cocktail socioculturels, des conférences avec des artistes vivants. Toutes ces activités sont très importantes, mais ce n’est pas dans les us et coutumes.

    En plus de l’expertise comment ça été fabriqué, à quoi ça sert, elles étendent les supports de contenu au-delà du catalogue. Face à l’effondrement de la culture générale et au marketing anti-amateur, si on pense à la marque Suprême, il faut avoir le courage d’y aller avec un idéal qui soit porteur, une ambition de cœur.

    La nuance de votre exigence réside dans quel trait de votre caractère ?

    Pour moi c’est l’enthousiasme.


    Propos recueillis par Charlène Paris

    Alexandre Landre – société de ventes aux enchères :

    https://www.alexandrelandre.com

    Retrouvez ses ventes sur :

    https://www.interencheres.com/commissaire-priseur/selarl-landre-et-alexandre-landre-472/

    https://www.drouotonline.com/Commissaires-Priseurs/1711/alexandre-landre

    https://www.invaluable.com/auction-house/alexandre-landre-axnslt4iu7

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