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Sandrine Sananès : “Chaque personne a en elle la capacité de créer”

Chloé Vallot 11 août 2020
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© Sandrine Sananès

C’est à l’Atelier de Charenton que Sandrine Sananès exerce et prône l’expression de la créativité sans thème et sans modèle, selon sa méthode “Le Geste de peindre”.

 Pouvez-vous exposer votre parcours ?

J’ai d’abord vécu dans le sud de la France où je fréquentais des ateliers des Beaux-Arts de La Seyne-sur-Mer, dont j’aimais l’ambiance. Très jeune, j’étais consciente que l’école n’offrait pas cette liberté. Plus tard, après avoir exercé le métier de directrice de casting, cette préoccupation est revenue lorsque j’ai remarqué le peu d’autonomie laissée à mes propres enfants à l’école. Notamment, le manque de plaisir dans l’apprentissage. Je me suis demandée comment mes enfants pouvaient développer leur créativité ; j’ai fait le tour des ateliers pour enfants, jusqu’à comprendre ce que je voulais faire. Aujourd’hui je dirige l’Atelier de Charenton à Charenton-le-Pont, que j’ai créé en 2007, où j’y applique ma méthode Le Geste de peindre.

En quoi consiste cette méthode, Le Geste de peindre ?

Elle sert à développer le potentiel créateur sans donner de thème ou de modèle : je pense que chaque personne a en elle des capacités pour créer qui ne demandent qu’à être stimulées. Pour la plupart des gens, ce potentiel est simplement endormi, oublié ou brimé. Avec ma méthode, j’aborde la question de : “Comment enlever la peur de la création auprès des gens ?”. Je joins la bienveillance à quelques paroles. Toutefois, on ne peut pas parler d’art-thérapie, car il ne s’agit pas d’une pratique de soin ou de guérison.

© Sandrine Sananès

Que proposez-vous à l’Atelier de Charenton ? 

Je propose des cours, des stages et des formations avec ma méthode Le Geste de peindre. Lors des formations, je forme des personnes à mon travail, pour qu’elles puissent le proposer à leur tour via ma méthode soit dans des structures, soit dans des écoles, ou bien dans un établissement similaire à l’Atelier de Charenton. Cette proposition vise un public adulte, qui peut par exemple se trouver un peu désemparé face à une personne bloquée dans sa création. Grâce à ma méthode, qui donne un cadre, le travail d’éducateur en atelier peut s’avérer être plus simple.

Avec le confinement, avez-vous réussi à continuer vos activités ?

J’ai été contrainte de fermer l’Atelier de Charenton, avec une grande peine. Toutefois, je n’ai pas souhaité donner de cours en ligne car j’ai trouvé qu’ils n’étaient pas adaptés à mon activité ; tout dans Le Geste de peindre est fait dans l’encouragement, dans la présence physique et dans la relation qui se tisse autour. Je me suis retrouvée dans une petite impasse. Un soir, j’ai découvert une très belle photo avec pour sujet des Playmobil admirant de petits tableaux. Le lendemain à l’aube, j’ai alors eu l’idée de créer un manuel pédagogique de dix pages, que j’ai envoyé gratuitement à tous les intéressés. Ils m’ont renvoyé leurs propres photos de mini-expositions. Ce projet m’a passionnée et m’a offert des rencontres et des possibles que jamais je n’aurais pu imaginer.

© Sandrine Sananès

Que pensez-vous qu’une démarche artistique peut apporter aux enfants, comme aux adultes ?

Une pratique artistique favorise la concentration, l’autonomie et le passage à l’action, mais aussi la détente. Lorsqu’un élève n’a pas d’idée, je peux aider au passage à l’action en utilisant mes techniques pédagogiques, comme le fait de dire que l’élève “a le droit” de ne pas savoir quoi faire. La peinture ou le modelage sur argile peuvent apporter la confiance en soi et en ses capacités. Beaucoup de gens ont témoigné ressentir un sentiment d’exister. La personne peut également apprendre le développement d’elle-même au sein du groupe. Une belle phrase de Donald Winnicott (pédiatre et psychanalyste britannique du XXe siècle, ndlr) résume bien mon travail : “Il s’agit avant tout d’un mode créatif de perception qui donne à l’individu le sentiment que la vie vaut la peine d’être vécue”.

Avez-vous des projets pour le futur proche ?

Oui, plein ! Notamment, développer une mini-exposition à l’extérieur de l’Atelier de Charenton. Le but est d’ouvrir ma méthode à plusieurs publics et projets, en ma présence et avec mes compétences. Je pense également que ma méthode peut avoir une multitude d’autres débouchés et je souhaite en faire profiter le plus grand nombre, dans tous les milieux. J’applique ma méthode au modelage sur argile, en reprenant les essentiels et les fondamentaux comme le non-jugement, l’ambiance bienveillante. Et bien sûr, le côté manuel dont nous avons tous grandement besoin aujourd’hui.

Plus d’informations sur le site internet et le compte Instagram de l’Atelier de Charenton.

Propos recueillis par Chloé Vallot

 

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