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Speedy Graphito : « Carnet de voyage »

Dorothée Saillard 21 décembre 2018
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Crossroad of Extasy 2018 © Speedy Graphito

Speed Graphito, l’un des pionniers du Street Art en France, se confie sur ses influences, les lieux qui l’inspirent et sur Miami où il prépare actuellement sa nouvelle exposition à la Galerie Fabien Castanier.

 

Tu prépares aujourd’hui une exposition à Miami. Tu dessinais hier un logo pour la mission spatiale Altaïr. Tout t’inspire ?

Je raconte un peu ma vie, comme dans un carnet de voyage qui retrace mes émotions face au monde où je vis. De façon naturelle, je traduis mes impressions sur les pays, la politique, l’écologie, car je travaille d’instinct. Le tableau s’impose à moi et je me rends compte du sujet une fois qu’il est peint.

Tu apprends sur toi quand tu regardes tes tableaux après coup ?

Oui exactement. Je ne les regarde pas vraiment, car je suis toujours excité par le prochain. Mais, ces derniers temps, j’ai fait pas mal de rétrospectives et, avec le recul, j’ai justement décrypté un tas de choses que je n’avais pas encore vues. C’est comme une thérapie permanente. La toile est le miroir de l’artiste.

Annunciation 2018 © Speedy Graphito

Ton style a beaucoup évolué depuis tes débuts. Comment l’expliques-tu ?

Au début j’avais un style très marqué qui a rencontré un succès rapide, mais je m’en suis très vite détaché car pour moi le style est une prison qui enferme dans une écriture. J’ai donc utilisé le style d’autres artistes pour pallier à ça. Je préfère que les gens focalisent moins sur l’écriture et plus sur le mélange des styles et le sens du tableau. Et comme je suis dans le ressenti, j’ai l’impression d’être une sorte de filtre donc je capte tout ce qui m’entoure. Des artistes m’inspirent à certains moments parce qu’ils font écho à mes problématiques et c’est à travers eux que je vais peut-être trouver des réponses.

Tu lances des messages comme des rebus. C’est ta manière de te raconter ?

Oui, je raconte ma propre histoire, même des choses intimes qu’on ne voit pas forcément, mais chacun peut s’y retrouver. Des collectionneurs de ma génération m’ont dit vouloir être Speedy Graphito s’ils avaient été peintres ! On a traversé les mêmes choses, ils se reconnaissent dans mon travail et ont l’impression que je parle de leur vie. Le tableau est vivant : il se métamorphose tout le temps comme un miroir déformant et chacun peut le finir.

Wynwood 2017 © Speedy Graphito

Choisir un mur et le faire sien, c’est spécifique à l’art urbain. Toi, comment procèdes-tu ?

J’ai toujours utilisé les murs comme un miroir de l’atelier. J’aime travailler par thématique. Je suis inspiré par la ville où je peins et mes recherches ou la thématique de l’exposition du moment, mais c’est toujours très lié à l’atelier car j’ai envie de montrer où j’en suis dans mon travail. Je mets ensuite mon travail sur les murs.

 Que reste-t-il de tes voyages quand tu reprends le pinceau ?

Les voyages nourrissent mon travail parce que je mélange des perceptions de cultures différentes. Au Japon, j’ai retenu la présentation des œuvres, tellement différente : l’espace autour de l’œuvre est conçu pour la mettre en valeur. Une boîte de petits pois sur un socle sera magnifiée parce que rien, autour, ne vient perturber ce qui devient une sculpture. A Naples, les coulures de béton sur les murs, avec les tremblements de terre, le Vésuve, m’ont impressionné. Donc j’ai intégré des coulures de peinture dans mon travail.

An American Story 2017 © Speedy Graphito

Et ici à Miami, comment ton ressenti influence-t-il ton actualité ?

Pour la Galerie Fabien Castanier avec laquelle je travaille depuis longtemps, je développe une nouvelle série, un enchaînement de tableaux qui m’ont mené dans un univers nouveau pour moi.  J’habite ici et suis entouré de parcs, de feuillages. J’ai donc intégré la nature à mon travail. C’est le Miami que je ressens.

Propos recueillis par Dorothée Saillard

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