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2020 : Quand le “female gaze” envahit l’écran

Image tirée de la série Betty (HBO)

L’expression “female gaze” suscite de plus en plus de débats dans le monde de l’art. Mais qu’implique réellement ce “regard de femme” ? Trois séries télévisées qu’on a pu découvrir en 2020 en sont la manifestation parfaite.  

Cette année plus que jamais, les Français se sont tournés vers leurs télévisions comme source d’évasion et de réconfort. Parmi les nombreuses séries qu’on a eu l’occasion de découvrir, force est de constater que les réalisatrices ont dominé nos écrans en 2020. Sous le regard d’une femme, théorisé sous le nom de “female gaze” par la chercheuse et réalisatrice Laura Mulvey en 1975, les personnages féminins prennent une dimension trop peu explorée par le monde de l’audiovisuel. Les personnages et les corps de femmes ne sont pas filmés de manière à séduire une audience masculine. Qu’il s’agisse de sororité, de traumatisme ou de ménopause – sujets souvent absents ou abordés de manière peu réaliste – trois pépites du petit écran nous ouvrent la voix vers une meilleure représentation des femmes à la télévision.

1- Better things – Pamela Adlon, 2016

Vous aimez les récits humoristiques et les familles américaines décalées ? Si oui, Better things est faite pour vous. Racontée sous forme d’épisodes courts et anecdotiques qui ne semblent pas lier les uns-aux-autres, cette série dépeint le quotidien d’une actrice de cinquante ans, ancienne star de séries B et divorcée endurcie. Sam Fox, le personnage principal est joué par Pamela Adlon elle-même, donnant à la série une dimension clairement autobiographique. Mère de trois filles adolescentes qui réclament constamment son attention, elle navigue avec humour entre crises d’ado, jungle hollywoodienne et les différentes frasques de la ménopause.

Face à une industrie qui rechigne à faire travailler les actrices de plus de 30 ans, Better things est un ouragan de fraîcheur brisant les tabous et le mythe hollywoodien. D’abord écrite et réalisée en collaboration avec l’humoriste Louis C.K., Pamela Adlon a repris les rênes de la série à partir de la troisième saison. Plusieurs accusations de viol pesant sur Louis C.K., la réalisatrice et actrice s’est réapproprié la série et l’a transformé pour le meilleur. Plus radicales, plus profondes, plus drôles et plus féministes, les deux dernières saisons éclipsent de loin les deux premières. Diffusée en 2020 sur Canal+, la quatrième saison témoigne de l’assurance qu’a pris Adlon derrière la caméra et nous entraîne encore une fois dans l’aridité de Los Angeles avec poésie et humour.

2- Betty – Crystal Moselle, 2020

Quelque part entre 2010 et 2020, la jeune cinéaste Crystal Moselle se promène dans les rues de New York City et y rencontre un collectif de skateuses. Tombée amoureuse de leur énergie et de leur passion, ces jeunes skateuses deviennent ses muses. Elle réalise un court-métrage les mettant en scène pour la marque Miu Miu intitulé That one day (2016) puis un long métrage intitulé Skate Kitchen (2018), qui fera l’ouverture du Sundance Film Festival.

En 2020, le collectif new-yorkais se voit offrir sa propre série distribuée par HBO. Bien entendu, Crystal Moselle en est à la fois la scénariste, réalisatrice et productrice déléguée. Betty, un surnom désobligeant affublé aux filles qui tentent de percer dans l’univers très masculin du skateboard, permet donc aux fans de retrouver les actrices et les personnages si attachant.e.s de Skate Kitchen. La série n’est cependant pas la suite du long-métrage et peut-être visionnée sans avoir pris connaissance des œuvres citées précédemment. Plus ouvertement féministe que ses grandes sœurs, Betty aborde une grande variété de thèmes, comme le racisme policier ou les agressions sexuelles à travers ses personnages pétillants. Malgré la dureté de ces thèmes, Moselle pose sur ses héroïnes un regard doux, emphatique et presque poétique, sans jamais chercher à choquer. Privilégiant un style se rapprochant du documentaire ou du film slice of life (“tranche de vie”) à un scénario alambiqué, Betty est la série parfaite pour s’évader à New York. Finalement, c’est l’idée de sororité qui porte Betty au-delà des espérances. Ces jeunes skateuses, chacune confrontée à sa propre condition de femme et évoluant à sa manière dans un monde résolument masculin, se rencontrent par hasard et réalisent qu’elles ne sont pas seules.

3- I May Destroy You – Michaela Coel, 2020

Très acclamée par la critique, I May Destroy You est à juste titre une des meilleures sorties de 2020. Récit autobiographique vertigineux, sa créatrice et actrice principale Michaela Coel y raconte son viol et les conséquences de ce traumatisme sur sa carrière et ses relations avec ses proches. Sortie avec ses amis dans un pub londonien, Arabella, jeune écrivaine en plein essor est droguée et traînée aux toilettes par un inconnu. Le lendemain des faits, elle a oublié le visage de son violeur. Ce traumatisme va jusqu’à altérer sa perception de la réalité et du monde qui l’entoure. Déterminée à obtenir justice, Arabella tente à tout prix de trouver le coupable et de prendre le contrôle de cette situation qui lui échappe. Véritable thérapie pour sa créatrice, I May Destroy You est un témoignage bouleversant à la mise-en-scène sublime, mais surtout un récit de guérison porteur d’espoir. A voir absolument !

Propos de Marilou Etienne-Roussel

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