0 Shares 2332 Views

Dog Pound – Kim Chapiron

25 juin 2010
2332 Vues
Dog_Pound_-_Kim_Chapiron

Dog_Pound_-_Kim_Chapiron::

 

Au milieu du film, une question taraude le spectateur. Sommes-nous dans une fiction ou dans la réalité ? C’est ici que réside la plus grande force de ce long-métrage. Au-delà du principe même de docu-fiction, Kim Chapiron et son coscénariste Jérémie Delon ont réussi à élaborer un scénario soigné et particulièrement vrai.

 

Quatre ans de travail

 

Après le succès de son premier long-métrage Shetan, Kim Shapiron se voit proposer par le producteur George Bermann le projet d’un long-métrage sur l’univers carcéral pour jeunes délinquants. Ce sera le point de départ de quatre ans de recherche intensive pour arriver à un film qui, comme l’affirme le réalisateur lui-même, ne cherche pas à être politique mais à faire passer des émotions plutôt qu’un message spécifique. Plus qu’un film de prison, il s’agit avant tout d’un film sur l’adolescence, thème qui a toujours fasciné et inspiré Shapiron, co-fondateur avec Romain Gravras du collectif artistique Kourtrajmé. Pour ce film, le réalisateur a fréquenté plusieurs centres de détentions situés dans le Midwest des Etats-Unis, dormant avec son coscénariste dans des motels miteux pour écrire au jour le jour cette histoire parsemée de détails aussi vrais que sincères.

 

Un casting sur mesure

 

Si cette impression de réalisme choque autant le public, c’est en partie grâce au casting composé de ces jeunes prisonniers que l’on suit pendant quelques jours. Par tous les moyens possibles, l’équipe du film est partie à la recherche d’adolescents issus de milieux difficiles pour composer ce groupe de détenus. Que cela soit dans de petites superettes à l’américaine, dans des agences de recherche d’emplois ou même dans des bars situés au fin fond de l’Amérique, tous ces acteurs non-professionnels ont été choisis sur mesure dans l’unique but de retranscrire au mieux la réalité des faits à l’écran. Le meilleur exemple en est le personnage de Banks, sorti véritablement d’un centre de détention pour mineurs la veille du tournage. Comble de cette pratique, l’acteur principal du film Adam Butcher, interprétant le rôle de l’impulsif et violent Butch, a lui-même été incarcéré à plusieurs reprises au cours du tournage.

 

Butch, Davis, Angel et les autres

 

Trois vies qui se croisent dans des circonstances presque identiques. Trois voyous pris à la charge de l’Etat qui vont vivre les pires instants de leur vie et vont devoir se défendre et se souder pour survivre. Outre quelques références à Full Metal Jacket de Stanley Kubrick ou encore aux Evadés de Frank Darabont et des œuvres de Larry Clark, la force de Chapiron est de ne pas se laisser dépasser par son sujet et de réussir à garder un regard neutre et précis sur ce monde impitoyable. Si le personnage de Butch semble être le point névralgique de cette prison, ces jeunes apparaissent à nos yeux identiques malgré leur différence de caractères, de milieu social et d’origine. Parmi tous ces personnages, le gardien Goodyear est certainement le plus intéressant. Avec sa voix rauque, son regard perçant et son comportement austère, ce puritain cherche tant bien que mal à faire respecter l’ordre dans cet univers présenté sous forme de huis clos. Comme le lui rappelle son supérieur, il s’agit aussi de ses propres enfants qu’il doit surveiller, laver et soigner. La lumière blanche du cadre souligne sans défaut cette notion de rigidité et de pureté, opposée à la saleté et la méchanceté des êtres qui la compose.

 

Semblable à des chiens enragés que l’on enferme dans une cage et qui sont près de s’entredévorer, Dog Pound propose une vision noire et négative du monde carcéral nous renvoyant à notre propre réalité : un sentiment d’enfermement et de précarité. Dans un autre genre, le film allemand L’expérience d’Olivier Hirschbiegel tentait de faire le même constat mais avec le réalisme en moins.

 

Edouard Brane

 

 

http://www.cinedouard.com

 

 

Dog Pound – Kim Chapiron

 

{dmotion}xbut0b{/dmotion}

 

Sortie le 23 juin 2010

 

En ce moment

Articles liés

“Carnets du Sous-sol” : L’adaptation captivante de l’œuvre de Dostoïevski à la Comédie Saint-Michel
Agenda
147 vues

“Carnets du Sous-sol” : L’adaptation captivante de l’œuvre de Dostoïevski à la Comédie Saint-Michel

Une adaptation des Carnets du Sous-sol, un seul-en-scène sans filtre, du pur Dostoïevski, démesuré et jouissif. C’est un homme d’une quarantaine d’années, pétri d’amour-propre et de ressentiment, vivant depuis trop longtemps seul dans son “sous-sol, qui sort exceptionnellement de...

Alix Logiaco vous fait découvrir son dernier album au Studio de l’Ermitage le 18 février !
Agenda
125 vues

Alix Logiaco vous fait découvrir son dernier album au Studio de l’Ermitage le 18 février !

Le Studio de l’Ermitage accueille Alix Logiaco, son trio et ses invités à l’occasion de la sortie de son dernier album “From Sand To Land”  À propos de l’album From Sand To Land Alix Logiaco Trio a sorti, le...

“Le Bal des voleurs”, une comédie familiale à ne pas manquer au Funambule
Agenda
813 vues

“Le Bal des voleurs”, une comédie familiale à ne pas manquer au Funambule

Trois voleurs maladroits se déguisent pour piéger une riche lady… Mais le destin va en décider autrement. Une comédie familiale et déjantée pleine de péripéties rocambolesques, de danses effrénées et de transformations de personnages ! Trois voleurs peu dégourdis,...