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Isabelle Pauvert : “Mon chemin sur la voie du bonheur devait forcément m’amener vers la culture !”

Élodie Pochat 17 novembre 2020
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© Zohair Bijaoui

Directrice du Festival Ptit Clap dédié aux jeunes réalisateurs de 15 à 25 ans, Isabelle Pauvert nous raconte tout sur sa création, ses valeurs et les spécificités de cette 11e édition.

Qu’est-ce qu’être directrice du festival Ptit Clap ?

C’est une grande passion ! C’est venir tous les jours en courant au bureau parce qu’on gère un sujet vraiment passionnant. Accompagner les jeunes réalisateurs, leur permettre de se mettre en lumière, découvrir des petites pépites du cinéma, c’est un vrai bonheur ! J’adore mon boulot !

Quelles ont été les grandes étapes de votre parcours professionnel ?

J’ai fait des études de Tourisme et un DEUG d’Anglais, puis j’ai décidé de partir travailler au Club Med. Pendant 5 ans, j’étais responsable du service qui accueillait les enfants. Je changeais de pays tous les 6 mois. De retour en France, je suis allée travailler dans un tour opérateur mais les enfants me manquaient et c’était trop conventionnel pour moi, ça ne me convenait pas. Alors j’ai enseigné pendant un an auprès d’adolescentes qui étaient déficientes en IMPRO. Cela m’a permis de préparer le concours d’Éducateur aux jeunes enfants, puis j’ai fait les 3 ans d’études. Après mon diplôme, j’ai travaillé en jardin d’enfants pendant 8 ans. Mais quand j’ai été maman, je me suis rendu compte que je dépensais toute mon énergie pour les enfants des autres, et pas pour le mien. J’ai rebondi en repassant des concours et je me suis retrouvée au Bureau d’Information Jeunesse pendant 10 ans. C’est dans ce cadre que j’ai créé ce festival de courts-métrages. J’ai rejoint le service culturel en 2014 avec le festival, 4 ans après sa création.

Vous avez un parcours atypique !

Chaque année nous accueillons des jeunes qui sont en grande réflexion sur leur projet professionnel et je commence toujours cette rencontre en leur parlant de mon parcours afin de leur expliquer qu’il n’y a pas de chemin unique qui mène à ce que l’on veut faire. L’essentiel c’est d’avoir un même objectif. Moi, mon objectif, c’est le bonheur en permanence ! Au-delà de ce parcours singulier, je baigne dans l’univers de la culture depuis toute petite puisque ma mère était bibliothécaire. J’ai aussi écrit un mémoire sur “L’impact de la littérature enfantine”. Je crois donc que mon chemin sur la voie du bonheur devait forcément m’amener vers la culture.

Vous avez donc dédié une grande part de vos activités à la jeunesse tout au long de votre parcours. Est-ce que la volonté de diriger le Festival Ptit Clap était le moyen de concilier l’accompagnement de la jeunesse et une passion pour le cinéma ?

Totalement ! C’est magique le cinéma : les grands réalisateurs et scénaristes sont avant tout de grands conteurs qui nous racontent de belles histoires ! Je suis foncièrement convaincue de l’impact positif de la culture sur une société intégrative et je pense que le cinéma est un outil essentiel. L’objectif de ce festival est double : accompagner les jeunes passionnés qui veulent faire du cinéma leur métier mais aussi faire découvrir aux plus jeunes des images de qualité par opposition à ce qu’ils peuvent parfois trouver sur le web.

De qui vient l’idée de ce festival ?

Elle vient de moi ! À l’époque je dirigeais le Bureau d’Information Jeunesse de la ville de Levallois. On accompagnait les jeunes qui avaient des projets et qui cherchaient des financements d’institutions partenaires. Parmi ces dossiers, on avait régulièrement des jeunes avec des projets de courts-métrages pour qui l’on arrivait en général à décrocher de belles sommes. Ils étaient ravis mais me faisaient part de leur tristesse de n’être que très rarement diffusés en festival parce qu’ils étaient jeunes et qu’ils n’avaient pas de réseau. Je me suis alors dit qu’il fallait donner un coup de pouce à ces jeunes passionnés. Je suis allée voir la municipalité de Levallois, pour laquelle je travaille, et je leur ai parlé de ce projet. Il a alors été validé immédiatement et on a pu mettre en place ce tremplin pour la jeune génération du cinéma.

Est-ce vous qui constituez le jury, en tant que directrice de ce festival ?

Oui ! Avec ma collaboratrice, nous réfléchissons aux personnalités du cinéma que nous souhaitons inviter. Les festivals sont alors des moments très importants. Ils nous permettent de faire des rencontres et de découvrir des professionnels du cinéma que nous aimerions accueillir. Nous voulons constituer un jury qui sera bienveillant avec nos jeunes réalisateurs et admiratif de leur travail.

Est-ce que le festival a évolué depuis sa toute première édition ?

Oui ! L’année de sa création il y avait 42 films, aujourd’hui avec toutes les compétitions confondues, c’est plus de 1000 films et cette année 33 pays différents qui ont participé. Ça n’a plus rien à voir. La première année, il n’y avait que la compétition officielle et depuis 2013 nous avons mis en place des prix décernés par la jeunesse. Nous proposons aussi deux fois par an des séances pour les tout-petits en crèche. Ils viennent découvrir un petit programme de films de 30-35 minutes bien différents de ce qu’on peut voir à la télévision. Ces films viennent du monde entier et présentent différentes techniques d’animation. Et de même pour les maternelles et les élémentaires. Ce sont des choses qui sont arrivées petit à petit, nous avons enrichi le festival en écoutant les remarques des enseignants. Nous regardons énormément de films car nous ne voulons pas nous tromper mais proposer des films de qualité avec lesquels les enseignants pourront mettre en place diverses activités et débats en classe.

Pouvez-vous nous parler du pôle d’éducation à l’image ?

Nous proposons différentes actions autour de l’éducation à l’image. En 2020, avant d’être confinés, nous avons proposé à des enseignants volontaires de travailler sur les métiers du cinéma. Nous voulions que les enfants puissent assister à un tournage. Nous avons fait appel à un jeune réalisateur, Marceau Uguen, qui est venu avec une équipe de tournage dans les classes et les élèves ont interviewé devant la caméra les différentes personnalités du cinéma. Il y a eu un réalisateur, une maquilleuse, une productrice, un ingénieur du son, un chef opérateur et une comédienne. À l’issu de ces petits tournages, ces vidéos ont pu être diffusées dans l’ensemble des écoles de la ville. Nous essayons chaque année de nous renouveler. Lorsqu’on est sur un territoire privilégié, on pourrait avoir tendance à penser que les enfants n’ont pas besoin de cet accès à la culture. Pourtant il y a un public tellement multiple que cet accompagnement par l’image ouvre des perspectives à tous les enfants.

Quelle est la particularité de cette 11e édition ?

Cette année, le festival ne se fait pas en présentiel. Le seul public que nous avons pu recevoir, ce sont environ 5000 enfants pour les séances avec les écoles. Mais pour la compétition officielle, malheureusement nous ne pourrons pas dans l’immédiat offrir une belle projection en salle de cinéma pour nos finalistes. Nous sommes bien tristes pour eux car leur permettre de découvrir leur film dans une salle de 400 personnes sur un grand écran est un moment magique mais la santé doit primer sur le reste. C’est pourquoi nous organisons un festival entièrement sur le web. Le public peut découvrir les 8 films finalistes sur notre site internet et voter pour son film préféré. Cela nous permettra de désigner le Prix du public 2020. De leur côté, les 6 personnalités du jury regardent les films chacun chez soi. La délibération sera le vendredi 20 novembre. Le samedi 21, nous annoncerons tous les résultats avec des vidéos sur nos réseaux sociaux en fin de journée. Il y a différents prix : le Grand Prix du Jury, le 2e Prix, le 3e Prix, les Prix d’interprétation féminine et d’interprétation masculine.

© Thibault Copleux

Ce Prix du public est là tous les ans ?

Oui. D’habitude ce sont les 400 spectateurs dans la salle qui votent. Cette année, il y a plus de participants ! Ce matin (10 novembre), il y a déjà 897 votes alors qu’il reste encore 10 jours avant leur clôture. Beaucoup de personnes ont déjà vu les films ! Cette mise en ligne du festival permet finalement de le faire découvrir à un plus grand nombre. Mme Le Maire, Agnès Pottier-Dumas, et l’adjoint à la culture, David-Xavier Weiss, trouvent que c’est une excellente idée qui pourra être prolongée dans les années à venir. Le Prix du public viendra donc à la fois du public en salle et en ligne.

Avez-vous eu des difficultés à mettre le festival en ligne ?

Nous n’y avons pas pensé avant car cela nous paraissait titanesque mais nous avons fait la connaissance d’une petite société, Trois Yaourts. Elle nous a accompagnés en très peu de jours pour mettre en place ce système de vote sécurisé. Il fallait éviter que les films ne soient téléchargés. Nous sommes très contents d’avoir collaboré avec cette équipe !

Le festival se déroule en général en juin. Comment avez-vous maintenu cette 11e édition ?

En mars, confinés, nous avons prolongé l’appel à films jusqu’à fin juin et décalé le festival à la rentrée, mais nous n’avions pas imaginé que nous serions de nouveau confinés. Notre objectif étant d’offrir une belle mise en lumière aux finalistes, nous voulons les rassurer : nous la ferons lorsqu’on aura le droit de se réunir de nouveau dans une salle de cinéma. Nous organiserons une projection pour présenter les films qui étaient arrivés en finale. Nous espérons faire la 12e édition le 6 juin 2021, mais nous respecterons les consignes données pour faire face à cette pandémie. Et s’il faut rebondir, nous l’avons déjà fait !

Quelles sont les qualités nécessaires selon vous pour exercer le métier de directeur de festival ?

L’enthousiasme et le sens de l’organisation. Il ne faut pas avoir peur de mettre la main à la pâte. Nous sommes un couteau suisse car nous faisons tout (de la manutention, du découpage, courir les festivals à la recherche d’autres films). Il faut avoir le sens des relations humaines pour aller vers les autres et les convaincre de nous suivre sur le festival ou de venir faire partie du jury. Notre citation fétiche est : “Il faut toujours viser la lune car même en cas d’échec, on atterrit dans les étoiles”, d’Oscar Wilde. C’est convaincre les jeunes qu’ils doivent croire en eux et les accompagner au mieux pour qu’ils puissent rejoindre les étoiles.

Quelle place donner à la culture dans cette période de confinement selon vous ?

La culture est une réponse clef à l’obscurantisme. Il faut donc permettre aux enfants d’être baignés dans le monde de la culture dès le plus jeune âge, notamment dans ce qu’on appelle le langage du récit (par opposition au langage factuel qui leur est plus familier, avec des phrases plus courtes). C’est donc essentiel que la culture soit mise en avant. J’espère qu’on continuera de tendre la main à tous les artistes.

Avez-vous d’autres projets dans le futur proche ?

Concernant le festival, nous allons continuer de chercher des pépites : c’est un projet qui nous prend énormément de temps chaque année ! Et plus généralement, je dirige aussi le service du mécénat culturel de Levallois et nous sommes en train de créer un fond de dotation avec la municipalité. Avec ma collaboratrice et en parallèle à notre travail, nous sommes en train d’écrire un livre sur l’importance d’amener les enfants vers la culture dès le plus jeune âge. De mon côté j’écris un roman jeunesse sur le devoir de mémoire.

Que de beaux projets en vue !

Retrouvez le Festival Ptit Clap sur Facebook

11e édition du Festival Ptit Clap

Votez pour votre film préféré jusqu’au vendredi 20 novembre ici : https://www.ptitclap.com/

Les résultats seront publiés sur les réseaux sociaux le samedi 21 novembre !

Propos recueillis par Élodie Pochat

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