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Le cinéma : entre genre et auteur

Quentin Coutanceau 9 février 2021
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Grave

Capture d'écran tiré de GRAVE, un film de Julia Ducournau

On entend souvent parler de films d’auteurs et de films de genre. Mais que représentent réellement ces notions, ont-elles un sens ?

Quand quelqu’un parle de cinéma, le discours n’est pas le même en fonction du film qu’il décrit. Lorsqu’il s’agit d’un blockbuster, d’un film d’action ou d’horreur, une gêne s’installe, comme si les apprécier était moins légitime. Comme s’il s’agissait d’un “plaisir coupable”, que ces films-là étaient hiérarchiquement inférieurs à d’autres. L’embarra n’est pas le même quand on dit apprécier le cinéma des frères Dardenne ou de Francis Ford Coppola. Une certaine fierté émane de parler d’un cinéma distingué, au mépris d’un cinéma trop accessible, jugé moins intéressant artistiquement parlant.

Pourtant, qu’est-ce qui différencient ces films-là des autres ? Qu’est-ce qu’il y aurait d’embarrassant à parler des films qu’on aime ?

Le cinéma et les genres

Les premiers sont des films de genre, dont la représentation repose sur une série de codes identifiables par un public. Par exemple, la science-fiction s’identifie par une fiction, dans un futur plus ou moins proche où la technologie très avancée donne un cadre à l’histoire et la narration. Le film comique repose quant à lui sur des situations drôles, burlesques cherchant à provoquer le rire chez le spectateur. Les genres peuvent bien entendu se mélanger entre eux et en donner de nouveaux. Alien de Ridley Scott, sorti en 1979, est un film de science-fiction horrifique.

Ces films sont traditionnellement produits dans une logique commerciale pour un large public. C’était souvent le cas à Hollywood dans les années 1930, à l’âge d’Or du cinéma américain.

Les auteurs dans le cinéma

Les seconds sont des films d’auteurs. Ils représentent par un style, une mise en scène, un esthétisme, la personnalité du réalisateur. À travers le cadre, la lumière, le montage, les dialogues ou la narration, le cinéaste cherche à exprimer sa vision et son point de vue. Le  film est donc l’œuvre d’un auteur, d’un artiste. La notion de film d’auteur est très subjective, il est difficile d’en donner un exemple concret. Mais on considère qu’Alfred Hitchcock et Stanley Kubrick réalisent des films d’auteurs.

Cette distinction avait un sens dans les années 1950-60, à l’époque où le terme d’auteur s’est imposé dans le monde du cinéma. Des réalisateurs français comme Godard ou Truffaut cherchaient à s’émanciper d’une industrie plus attachée aux profits qu’à la production artistique du cinéma. Le réalisateur n’avait qu’un statut d’exécutant la plupart du temps. Il devait simplement illustrer le contenu d’un scénario plutôt que de lui apporter une mise en scène et un regard particulier. Ce mouvement que l’on appellera la Nouvelle Vague française va concevoir la “politique des auteurs”, redonnant son statut d’artiste au réalisateur.

Les films industriels, plus attachés au genre, commencent alors à avoir mauvaise réputation dans les milieux artistiques. Pourtant aujourd’hui, la frontière manichéenne entre ces deux cinémas est de plus en plus floue, pour certains, elle n’a même plus lieu d’être.

Une frontière fragile

Alors que les films de la Nouvelle Vague reposent sur un financement beaucoup moins important, en opposition au cinéma commercial, le cinéma d’auteur aujourd’hui n’est plus représentatif du mouvement français en termes de production. Les films des plus grands cinéastes aujourd’hui, considérés comme des films d’auteurs, sont pour la plupart produits avec d’énormes budgets. Le cinéaste Quentin Tarantino, grand auteur de cinéma, a dépensé environ 100 millions de dollars pour réaliser Django Unchained en 2012.

À l’inverse, le cinéma de genre aujourd’hui n’est plus uniquement défini par son financement industriel. Beaucoup de réalisateurs produisent des films de genre avec de petits budgets d’exploitation (comparé au cinéma industriel). Par exemple, Julia Ducournau, réalisatrice de Grave en 2016. Qui plus est, ces films sont de vrais œuvres d’art qui font de leurs réalisateurs de vrais auteurs à part entière.

Les plus grands auteurs aujourd’hui sont aussi les réalisateurs des plus grands films de genre, comme Martin Scorsese et le film de gangster, sous-genre du film policier à la réalisation de The Irishman en 2019. Le genre et l’auteur ne sont donc plus opposés. Les techniques de financement et les représentations filmiques deviennent aussi nombreuses que les réalisateurs eux-mêmes. Chaque film possède d’une manière ou d’une autre son propre genre.

Une multitude de cinémas

Nous ne devrions pas catégoriser les films en fonction de leur créateur ou de leur production. Un film est avant tout une œuvre de l’esprit. Qu’elle repose sur une logique industrielle et commerciale n’enlève rien à sa personnalité ni à son style. C’est ce qui a différencié l’artisan de l’artiste au XVIIIème siècle. Le premier n’était qu’un faiseur répétant inlassablement les mêmes gestes et les mêmes produits. Le second celui qui crée quelque chose de nouveau, d’unique.

Comme le dit François Theurel (Le Fossoyeur de Films), doctorant en cinéma et auteur de contenu vidéo sur internet : “Même un cinéaste considéré comme un faiseur met de toute façon un peu de lui dans ses films […] On n’est jamais sur de la répétition pure”. Chaque film possède donc un auteur avec ses propres codes, aussi infimes soient-ils. Il n’y a pas de bons ou de mauvais films, il n’y a que des regards différents.

Plus d’informations sur le cinéma de genre sur la chaîne de François Theurel : Le Fossoyeur de Films

Propos de Quentin Coutanceau

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